"VIIIèmes journées sur le Ganado de lidia"
compte-rendu de Jean-François Coste

Université Publique de Navarre, Pamplona, 23 et 24 novembre 2012-11-28

 

Roger Merlin et Jean-François Coste ont participé à ces Journées qui se tiennent tous les deux ans.

L’auditoire, d’environ 75 personnes, était en diminution de 25% par rapport à la version précédente, crise oblige. Des professionnels et des aficionados de toutes les régions d’Espagne, ainsi que quatre français, y ont assisté.

Ce déplacement a permis des rencontres dont un représentant de l’UPFTE (Unión de Presidentes de Plazas de Toros de España), sujet d’actualité à la F.S.T.F., des aficionados, des ganaderos et des vétérinaires.

Dans les lignes qui suivent, sauf exception, on ne reprendra pas les présentations qui font l’objet d’un recueil à la disposition des lecteurs, mais les sujets traités lors des « colloques » ou séances de questions/réponses qui ont suivi.

Contact pour commander le recueil (15 Euros+frais) : jamendi@unavarra.es

Cinq sessions à thème constituaient le programme

 

1. PAC et alimentation

1.1. Le ganado de lidia devant la nouvelle PAC 2013 (Carlos Buxadé)

Les ganaderos sont inquiets par les dernières négociations sur le budget européen – orienté en forte baisse - et son incidence sur la Politique Agricole Commune, qui aujourd’hui finance à environ 25% le coût d’un toro de combat. Celui-ci représente en moyenne 4500 € pour un toro cuatreño ; les ganaderos prétendent qu’ils ne peuvent plus baisser le prix de vente des toros, mais que c’est aux toreros de faire un effort financier sur leurs émoluments….

A signaler l’importance de la surface utilisée : La PAC favorise les propriétaires de terrain extensif.

1.2. Alimentation pratique du Ganado de Lidia (Angel Fernández)

Un groupement de ganaderos, de différents encastes, ont mis au point et testé, avec des entreprises d’aliments pour bétail, des piensos spécifiques correspondant aux besoins en nutriments et vitamines pour toutes les étapes de la vie d’un toro : sur la vache pendant la gestation, pour le sevrage, les añojos, erales, utreros et toros. Comme tous ces éleveurs se sont groupés et ont négocié les prix, ces différents piensos disponibles aujourd’hui sur le marché en Andalousie, ne sont pas plus chers que les autres. Certains ganaderos extremeños et portugais les utilisent aussi.

Ces mixtures peuvent être adaptées aux encastes.

A noter que pour le bon développement des cornes, les éléments indispensables sont le zinc et la biotine. Le foin et les fèves sont les aliments essentiels. L’idéal pour le Toro dans sa 4ème année est 75% de pienso et 25% de paille (autre que la paille de blé).

 

2. Aspects sanitaires

2.1. La dernière transhumance dans le ganado de lidia (Manuel Gascón)

Le sujet traité était le cas unique de la ganaderia de César et Alicia Chico, qui parcourt deux fois par an le trajet de 400 km entre les provinces de Jaén et de Teruel. De nombreuses images ont été projetées montrant le travail des mayorales et vaqueros, des chevaux et des chiens. Ces toros montrent en lidia des pattes solides, cependant ils manquent de références car ils ne se vendent que dans des pueblos.

2.1. Contrôle intégral de la santé dans le ganado de lidia (Lucas Domínguez)

Il s’agissait de sensibiliser les éleveurs aux règlements sanitaires imposés par l’appartenance à l’Union Européenne. Il est vrai que pendant longtemps en Espagne, le plus grand laxisme a prévalu en matière sanitaire….

Les mécanismes de transmission des pathologies ainsi que les règles souvent élémentaires d’hygiène ont été rappelés.

Les analyses périodiques (saneamientos) requises font appel à des méthodes dont la fiabilité est estimée à 80%. Elles sont à faire actuellement tous les 6 mois en Castilla et Salamanca, et peuvent être ramenées à une fois par an en Andalousie.

Le coût d’un saneamiento en Espagne est de 3,5 € par tête de bétail et est pris en charge par les Provinces ; ce qui n’est pas le cas en France, où les ganaderos les paient.

 

3. Importance de la Fiesta

3.1. Présent et futur des toros au Pays Basque (Alfredo Casas)

Les interrogations sont dues à la décision qu’a prise bien seul le Maire de San Sebastián, membre du parti indépendantiste Bildu, de ne pas renouveler la location des arènes municipales d’Illumbe en 2013. Il est rappelé la grande tradition tauromachique et le nombre important de spectacles dans les trois provinces basques (40 !).

A noter que pendant la séance de questions, l’auteur a prononcé une diatribe injustifiée et hors de propos contre la France taurine : regrettant que les empresas espagnoles soient remerciées au profit d’une gestion française, affirmant que les toros et toreros français sont mauvais et regrettant un protectionnisme français. Au fait qui dans l’affaire serait protectionniste défendant une situation monopolistique qui a duré des lustres…

3.2. La Fiesta des Toros en Catalogne, avant et après l’I.L.P. (Luis Maria Gibert)

L’auteur se disant frustré pour lui-même et ses enfants après la prohibition des corridas en Catalogne en 2010, est l’instigateur de l’Initiative Législative Populaire, une loi espagnole qui prévoit qu’un sujet vienne en discussion au Parlement s’il a recueilli un nombre minimal de signatures de citoyens. L’I.L.P. en faveur de la Fiesta a rassemblé en un peu plus d’un an, 660 000 signatures. Le texte devrait être examiné par le Parlement Les Cortes au printemps 2013.

3.3. Le cheval dans la ganaderia brava et dans le ruedo (Mercedes Valera).

Pour le cheval de picador, les races les plus utilisées aujourd’hui sont le croisement hispano pur / breton (ou percheron). Les percherons ont plus de force et de puissance et les croisements avec pur hispano, ou pur lusitanien ou pur anglais, présentent davantage de mobilité.

Le cheval de rejoneo provient en général des races pures espagnoles, portugaises, ou anglo-arabe et hispano-arabe. A chaqu’un des tercios de la lidia correspond une de ces races idéales.

3.4. Préparation et soins du cheval de rejoneo (Paco Ganuza)

On peut retenir que le maximum de stress et de fatigue pour le cheval de rejoneo est occasionné par les transports même si les camions se sont beaucoup améliorés : abreuvoirs, air conditionné, caméras de surveillance actives pendant le transport, etc… Souvent, dans les dépendances des arènes (patio de caballos), les rejoneadores regrettent le manque de place nécessaire pour permettre l’échauffement des chevaux. Les blessures en cours de lidia, même occasionnées par des cornes « arrangées » peuvent provoquer des contusions, hémorragies internes.

 

4. Préservation de la biodiversité dans l’élevage

4.1. Biodiversité de la ganaderia de lidia (Daniel Reinoso)

Le souci des aficionados et autorités espagnoles est de conserver la diversité des encastes dans une période où fleurit le « monoencaste ». L’auteur a établi des organigrammes de filiation des élevages au cours du temps, distinguant les castes (originelles), les encastes spécifiques (plus originaux, exemple Cuadri) et les génériques qui ont acquis une réputation par eux-mêmes….L’U.C.T.L. a acquis les résultats des travaux de l’auteur.

4.2. Intervention d’un ganadero (Ricardo Fraguas)

Adolfo Martín invité dans le programme initial, était excusé en raison de la grave blessure qu’il a reçue au campo, et dont il se remet lentement chez lui. Il a été remplacé comme témoin ganadero par Ricardo Fraguas

La famille Fraguas, navarraise, avaient deux ganaderias : l’une d’encaste vazqueño, achetée en 2002 à Wenceslada de Paz, qui dut être éliminée totalement l’an dernier suite à une épidémie de tuberculose.

L’autre, navarraise de pure souche, est contrôlée par des tientas régulières, sans pour l’instant lidier en spectacle piqué.

Miguel Reta, navarrais également, dispose de deux élevages, l’un inscrit à l’U.C.T.L. et l’autre à l’A.G.L. Il ne prévoit pas de disposer de toros lidiables avant au moins deux ans ; actuellement, pour avoir des résultats plus rapides, il tiente des añojos (…).

La réalité des éleveurs navarrais est que leur fond de commerce est assuré par les très nombreux festejos populares de la province, ce qui ne leur donne aucune pression pour investir fortement dans le ganado bravo.

 

5. Défense de la Fiesta

Ce que représente la Tauromachie en Espagne, selon Vidal Pérez Herrero qui tient les informations de La Mesa del Toro ; un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros, avec 13000 spectacles célébrés dans 5600 communes. Il se vend 40 millions de billets, le secteur taurin génère 3,7 millions de journées de travail. Il existe 1200 ganaderias qui occupent 500 000 hectares de terres dans lesquelles le biotope est conservé.

5.1. En défense et en appui de la Fiesta (William Cárdenas)

La présentation sur le projet espagnol d’inscription de la Tauromachie au Patrimoine de l’UNESCO n’a pas été très convaincante. Nos voisins doivent d’abord inscrire la corrida au Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) de leur pays ; ce qui n’est pas très simple avec les spécificités des communautés autonomes. Les festejos populares devraient être incorporés au sein du PCI. Puis, l’Asociación Internacional de Tauromaquia (AIT) aura l’intention, avec l’appui des pays latino-américains et du Portugal, de présenter le dossier à l’UNESCO. A noter qu’un grand nombre de villes espagnoles, portugaises et latino-américaines ont déclaré la corrida à leur propre PCI.

5.2. La Fiesta vue par un empresario et ganadero (José-Luís Lozano).

L’auteur s’est présenté comme un authentique aficionado. Il a fait état d’une crise taurine et d’une société décadente (animalistes, etc…).

Il a constaté que les figures « durent » beaucoup plus longtemps aujourd’hui qu’autrefois. Ce qui provoque la répétition des carteles des ferias importantes. Le « mundillo » critique toujours les acteurs extérieurs (presse, aficionados, etc…) mais jamais ceux de l’intérieur. Pas d’autocritique et carteles répétitifs font que les aficionados se lassent (« se aburren », « où est l’émotion, le risque, la competition ? »). Qui est responsable ?  Quand il gérait de grandes arènes, il demandait aux figuras et aux ganaderias de « faire un effort »….

Il souhaite que les aficionados et les toreros soient plus impliqués dans les actions de communication en faveur de la Fiesta.

Concernant le processus qui a conduit à la prohibition en Catalogne, il affirme que les premiers responsables ont été les dernières empresas Balaña et Matilla.

En tant que ganadero, il a rappelé que sa ganaderia Alcurrucén a été fondée dans les années 70’s par l’achat de 120 vaches, sementales, utreros, etc.. à Carlos Núñez, d’origine Rincón / Mora Figueroa. L’objectif est de maintenir cette origine, de conserver le type « Rincón » et la faculté d’ »embestir ». Il déclare que les « trapios » et « hechuras » sont faits pour des arènes de 1ère catégorie.

 

6. Hommage à Juán José Padilla

Le torero est très aimé par les aficionados et le public de Pamplona qui se rappellent en particulier de ses prestations et blessures face à des Miuras lors des San Fermines. Sa volonté et son désir de revenir après sa terrible cornada de Zaragoza en octobre 2011 sont également appréciés.

La cérémonie a commencé par la projection d’un film montrant toutes les facettes de sa vie publique et privée, avec des images parfois très réalistes (blessures ouvertes) comme les aiment les espagnols, et un commentaire particulièrement dithyrambique, à la charge de deux vétérinaires taurins andalous.

Une photo de Padilla parmi les coureurs de l’encierro lui a été remise par des représentants des divinos et pastores de la Pamplona matinale.

Prochain rendez-vous en novembre 2014 !