Attention ! Ces libres propos que nous avons inaugurés le 30 octobre 2008, n'engagent pas la Fédération mais seulement leurs signataires qui sont, bien entendu, des aficionados fédérés mais qui prennent l'entière responsabilité de ce qu'ils écrivent. Toutefois, le Comité de Rédaction de ce site refuse de publier des propos qui seraient injurieux ou attentatoires aux libertés publiques ou individuelles ou aux bonnes mœurs.

Libres propos...

5 novembre 2008

Vers le toro (?) de demain !

par Jean-Jacques Dhomps

Un premier emprunt à André Viard, la conclusion de son éditorial, du 16 août 2008 sur le site « Terres taurines », consacré à la corrida des toros de « El Tajo » de Joselito, la veille, 15 août à Bayonne, intitulé  : BRAVOURE MODERNE

BRAVOURE MODERNE

 

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"Le résultat est probant : leur tonicité, leur mobilité, leur fond et leur souffle font des domecqs de Joselito - du moins ceux lidiés hier à Bayonne - les prototypes du toro moderne que nécessite le spectacle contemporain si l'on veut éviter à celui-ci de dériver vers cette mièvrerie que personne ne défend et que certains condamnent. Puisse son exemple être suivi.André Viard

Et, autre emprunt, une information diffusée le 5 novembre 2008 sur le même site :

BOYCOT IMPLICITE CONTRE LES TOROS DE JOSELITO

Récompensés par plusieurs prix ou accessits fort mérités pour leur sortie de Bayonne le 15 août dernier, les toros de Joselito pourraient bien ne pas revenir en France la saison prochaine bien que diverses empresas en aient conçu le projet, aucun torero de premier plan ne semblant décidé à accepter de les combattre : trop encastés, trop durs, trop éprouvants selon ce que plusieurs d'entre eux ont déjà répondu aux empresas qui les leur proposaient. Il n'est donc pas impossible que les lots retenus soient libérés si la seule possibilité reste d'engager face à eux les toreros habitués des corridas dures...

Si nous en croyons cette dernière nouvelle, puisque les « prototypes du toro moderne » ne leur conviennent pas, il semblerait que nos figuras soient à la recherche du toro postmoderne. Mais, pour ne créer aucune confusion et ne pas interférer dans le jeu de ceux qui, ayant emprunté cette notion à la danse, l'utilisent désormais à toutes les sauces, nos penseurs, philosophes, intellectuels, artistes, journalistes…eux-mêmes devenus « postmodernes » - ce qui leur confère un coup de vieux - j’utiliserai l’expression plus triviale de « toros à venir » Victoriano del Rio semble sur la voie avec un savoir-faire certain du « toro à indulter » modèle standard, un taureau gentil se passant de pique et d’une noblesse inlassable. Pourtant, ce type de toro provoque encore trop de blessures quand il est affronté à nos formidables « aguantistes ». J’appelle "aguantistes" les toreros qui ont fait de l’aguante leur technique principale et leur fonds de commerce et, parmi eux, les trois grands, Tomás, Castella, Perrera. Ces toreros, plus ou moins consciemment, compensent la fadeur de la majorité de leurs vis à vis en payant d’eux-mêmes, en s’exposant avec un courage suiccidaire, certes ! Mais après ? Personnellement, le « trémendisme » ne m'a jamais passionné et je ne vais pas aux arènes pour voir couler le sang des toreros. J’aime mieux ceux qui, par leur technique et leur art, « El Cid », « El Fundi »…, toréent véritablement et complètement. Toréer véritablement c'est dominer le taureau, peser sur lui, maîtriser sa charge et lui imposer des trajectoires. Toréer complètement, c'est être présent dans les trois tiers, en partculier le premier, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le toro soit prêt à être cadré et pas au delà, jusquà parachever, du mieux possible, par ce qui doit rester la suerte suprême, une faena qui aura pu être brève mais intense. Bien qu'ils affrontent en général du bétail plus présent et souvent plus pointu que nos "aguantistes", ces matadors savent ne pas s'exposer inconsidérément et sont moins souvent blessés. Autant l’indulto d’un toro, pour moi contresens absolu, me navre, autant je suis heureux quand les matadors sont « indultés » par les toros.

Mais, pour accompagner le "sens de l'Histoire", il semble devenir impératif que nos ganaderos travaillent à rendre ce toro « à venir », calibré pour corrida sans picador et voué à l’indulto systématique (voir annexe en bas de page), moins dangereux, noble, noble, encore plus noble ! Restent les cornes, nous savons qu'un toro afeité peut tuer. Une solution radicale serait de remplacer les cornes par des prothèses parfaitement imitées, astifinas, en caoutchouc-mousse flexible et léger.

Cette corrida « à venir », je l'imagine :

Plus de piques ! Mais un tercio de banderilles, inmanquables parce qu'elles seront à prises garanties velcro, sera maintenu et se prêtera à constituer très rapidement le clou du spectacle.

D’immenses affiches new look risquent de prendre l'allure suivante :

GRANDES CORRIDAS DE INDULTO

Du 1er janvier au 31 décembre 2011 :

Mickey presents :

dans nos magnifiques et confortables arènes en plastique gonflable qui interdisent tout choc douloureux,

à

Eurodysney,

Marne-La-Vallée (Paris),

deux fois par jour, à 10h et 16h :

superbes corridas bovines garanties sans piques et sans une goutte de sang.

Avec les maestros :

X ... Y... ..Z ...

N.B. En prélude à la course, défilé triomphal de Mickey dans son rôle d’alguazil, suivi des toreros et de nos six magnifiques bovins, dressés et affectueux, distribués à égalité entre femelles et mâles, héterosexuels et homosexuels, diversement colorés, immangeables, destinés à mourir le plus tard possible, de mort naturelle, parce qu'il est devenu srictement interdit, car politiquement incorrect, de complaire, aux sexistes, aux homophobes, aux racistes, aux carnivores, aux très vilains spécistes, tous dans le même sac ! Nos chers bovins, êtres sensibles comme nous, ont été baptisés des prénoms de nos nouveaux aficionados les plus aboutis * :

Brigitte, Renaud, Nathalie, Hubert, Geneviève, Nicolas.

Après la course, les enfants sont invités à descendre en piste pour caresser les gentils ruminants et les récompenser de poignées de fourrage distribuées par Mickey. - 3 € la poignée - Les sommes ainsi récoltées serviront à financer des maisons de retraite pour animaux du troisième âge.

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* Brigitte Bardot, Renaud Séchan, Nathalie Kosciusko-Morizet, Hubert (pas Vaudoux) Reeves, Geneviève de Fontenay, Nicolas (ne confondons pas) Hulot.

Ce sera superbe, mais attention ! Nos actuelles figuras se seront tirées une balle dans le pied. Quand, d’ici deux à trois ans, au train où nous allons, ce type de spectacle prévaudra, elles n’y trouveront plus leurs places. D’autres figuras, bien que de moindres statures, auront émergées, elles se recruteront dans des troupes de enanos toreros.

Et puis, dans cette sublime époque taurine "à venir", toute proche , de quoi allons-nous traiter sur le site de « Terres Taurines » et sur celui-ci ?

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Annexe... et deux questions fondamentales au Bureau de l'Observatoire National des Cultures taurines

1) Annexe

Ce qui suit a été relevé dans le quotidien "L'Indépendant" du samedi 1er novembre par Jean-François Coste.

Texte intégral :

"Toréer sans mise à mort : l'exemple portugais"

Le Centre Culturel Calouste Gulbenkian, dont l'objectif est de mieux faire connaître la culture portugaise en France, organise les 4 et 5 décembre à Paris, un colloque international autour de la question "toréer sans la mise à mort?" Le colloque organisé en partenariat avec l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) prévoit de réunir des "professionnels de la tauromachie" à pied et à cheval, "des opposants à la violence envers les animaux, des éleveurs et chercheurs" de divers horizons pour débattre "de la place de la mort dans le travail tauromachique et plus largement dans le travail avec les animaux". L'un des axes de réflexion portera sur "la critique de la corrida comme élément d'une critique plus large de l'élevage et de toute forme d'utilisation des animaux, à la différence que la corrida met en évidence une souffrance animale assumée par ses partisans". Philosophe, psychologue, sociologues, prêtre et théologien animeront les débats.

Au Portugal, où la corrida est essentiellement équestre (tourada), le taureau n'est pas mis à mort dans l'arène. Il peut être transporté à l'abattoir ou bien ramené dans son élevage pour servir de reproducteur. En Espagne, Amérique Latine ou France, le taureau est mis à mort dans l'arène. Il peut être exceptionnellement gracié pour sa noblesse (sic).
Ceci sent à plein nez l'âcre fumée du feu mal éteint qui subsiste des rencontres "Animal et société". Et nos aficionados "modernes", grand amateurs d'indultos, ne se rendent même pas compte qu'ils soufflent sur les braises !

Si quelques-uns, parmi nos lecteurs, possédaient d'autres renseignements sur ce colloque international "Toréer sans mise à mort ?" des 4 et 5 décembre à Paris, nous les prions instamment de nous les faire connaître : fstf@torofstf.com

2) Deux questions subséquentes au Bureau de l'Observatoire National des Cultures taurines :

Le Bureau de l'Observatoire considère-t-il que la propositon de " toréer sans mise à mort " rejoint sa conception de notre fiesta brava ?
Le Bureau de l'Observatoire estime-t-il que la progressive multiplication des indultos sert la culture taurine qu'il entend défendre?