Libres propos...

7 novembre 2008

Attention ! Ces libres propos que nous avons inaugurés le 30 octobre 2008, n'engagent pas la Fédération mais seulement leurs signataires qui sont, bien entendu, des aficionados fédérés mais qui prennent l'entière responsabilité de ce qu'ils écrivent. Toutefois, le Comité de Rédaction de ce site refuse de publier des propos qui seraient injurieux ou attentatoires aux libertés publiques ou individuelles ou aux bonnes mœurs.

De l’indulto dacquois à « toréer sans la mort ?  »

par Jean-Jacques Dhomps

Ces libres propos font suite à ceux du 5 novembre.

Je suis persuadé que si un autre indulto, genre dacquois du 7 septembre, était intervenu dans une tout autre arène française en 2008, il aurait recueilli la même désapprobation de la part la Fédération. Cette condamnation fustige, certes, le non respect de l’article 84 du Règlement Taurin Municipal Français mais va bien au delà ! Dans cette affaire, le but n’était pas de contrarier le public dacquois mais de l’inviter à s’interroger en même temps que l’ensemble des aficionados français. C’était tirer une sonnette d’alarme !

Selon l’excellent blog « L’œil contraire » (voir), il y a eu 18 indultos en Europe, en 2008 et la plupart dans des arènes de 3ème catégorie.

Cette multiplication des indultos flatte l’ego d’organisateurs irresponsables, exalte à bon compte un public encouragé par les ridicules délires d’une certaine presse taurine, mais va, aussi, sans qu’elle en ait l’air, dans le sens souhaité par les adversaires de la corrida... Elle prépare insidieusement les esprits à la suppression pure et simple de l’estocade. Combien de fois n’avons-nous pas entendu  : « Moi, j’aime bien les corridas mais je n’aime ni les piques, ni la mort ». Quand des spectateurs, excités par les insupportables voix bêlantes montant du callejón, emportés par un élan panurgien d’anthropomorphisme, partagent la grâce accordée à un taureau dans une contagieuse jubilation collective, il ne faut plus en tuer aucun  ! Même si c’est pour les achever dans les corrals, comme au Portugal ! Si la grâce est progressivement accordée par une majorité de spectateurs à tous les toros jugés bons avec le concours d'un bon maestro, cela revient à considérer que seuls les jugés mauvais et/ou mal toréés seront tués aux yeux de tous. Nous serons passés du transcendant sacrifice rituel au châtiment public infamant, ce qui est un contresens insoutenable ! Ce renversement de perspective est ce qui nous arrive de pire !

Je n'exagère pas, la preuve ? Voici que s’annonce à Paris, pour les 4 et 5 décembre prochains, un « colloque international » sur le thème "Toréer sans la mort ?". La nouvelle a déjà été commentée par des journaux quotidiens comme je l’indiquais le 5 novembre en reproduisant le petit article que « L’Indépendant » y consacrait. Pour en savoir plus, consulter le site de la Fondation Calouste Gulbenkian.

Ci-après, recueillie sur le site en question, la liste des intervenants qui participeront au colloque, elle comporte des gens très connus, des personnalité de premier plan  :

Jean François Auby, juriste Maria Frédérique Bacqué, psychologue Eric Baratay, historien Bartolomé Bennassar, hispaniste Vinciane Despret, philosophe Dominique Fournier, ethnologue Elisabeth Hardouin Fugier, historienne

Eric Hamraoui, philosophe Claude Maffre, professeur de littérature Jean Baptiste Maudet, géographe Sébastien Mouret, sociologue Jean-Baptiste Navarro, théologien Jacqueline Penjon, professeur de littérature Anne-Marie Quint, professeur de littérature

Jacques Rou, sociologue Frédéric Saumade, anthropologue Patrick Vassort, sociologue Anne Vonesch, théologienne J.B. Jeangène Vilmer, philosophe Nathalie Zaccaï-Reyners, philosophe François Zumbiehl, anthropologue Et des professionnels de la corrida

Entre parenthèses, il faudrait connaître les noms et qualités des "professionnels de la corrida"  annoncés et savoir dans quel esprit ils vont participer à ce colloque.

Ce « Toréer sans mise à mort » est organisé par : Jocelyne Porcher, I.N.R.A. (Institut national de recherche agronomique) et Carlos Pereira, université de Paris III-Sorbonne Nouvelle. Il va se dérouler dans la filiale parisienne de la Fondation Calouste Gulbenkian, fondation qui a son siège à Lisbonne et qui, parmi une multitude d’actions et de projets, du plus haut intérêt, verrait assez bien la « corrida portugaise » se développer en France.

Bien entendu ces gens ne vont pas obtenir d’un seul coup la fin des mises à mort, même si beaucoup d’entre eux sont hostiles aux corridas espagnoles et se recrutent chez les « amis des bêtes ». Mais insidieusement l’idée chemine et si des lobbies intellectuels anti-taurins commencent à s’en mêler, ce n’est pas très bon ! Dans tous les cas, cette attaque sournoise est très bien préparée et conduite ! J'espère que notre Observatoire est en alerte !.

La mort est la clef de voûte de la corrida. Elle constitue sa mystérieuse justification métaphysique et ce qui lui impose une éthique exigeante. Si cette mort dans l’arène était supprimée, tout l’édifice s’écroulerait. Les spectacles taurins qui n’impliquent pas la mort du bétail en piste se poursuivraient probablement et pourraient être régis très correctement par des fédérations sportives. Mais l’une des multiples et puissantes sources auxquelles s’abreuve notre culture universelle serait tarie. Après cet acte irrémédiable de vandalisme, les professionnels se reconvertiraient dans le nouveau show-biz. Un Observatoire des Cultures Taurines n’aurait plus sa raison d’être ! Les associations d’aficionados non plus ! Nous serions privés, nous taurins, d’une bonne part de ce qui paricipe à notre art de vivre, ce qui est inacceptable !

Puisse le mauvais point délivré par la Fédération des Sociétés Taurines de France nous inciter à réflechir !