Libres propos :

Attention !
Ces libres propos que nous avons inaugurés le 30 octobre 2008, n'engagent pas la Fédération mais seulement leurs signataires qui sont, bien entendu, des aficionados fédérés mais qui prennent l'entière responsabilité de ce qu'ils écrivent.
Toutefois, le Comité de Rédaction de ce site refuse de publier des propos qui seraient injurieux ou attentatoires aux libertés publiques ou individuelles ou aux bonnes mœurs
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De Céret, du morrillo, des cariocas…

par Jean-Jacques Dhomps

Ma dernière intervention sur ce site « Apprendre à juger les picadors » a pu susciter des malentendus que je n'avais pas prévus et que j’entends dissiper en m'efforçant de continuer à élargir et à élever le débat, tout en n'y engageant que ma seule responsabilité, d'où le format "Libre propos",

J’ai souvent dit et écrit, et je répète, que Céret est un laboratoire dans lequel l’ADAC avait pratiquement réussi toutes les expériences qu’elle y avait entreprises depuis deux ou trois dizaines d’années. 
Le résultat est que Céret est devenu une plaza de référence tant en Espagne qu’en France, une plaza qui fixe désormais le cap vers l’avenir de la corrida de toros. Au retour d’un « Céret de toros », nous sommes rassurés sur l’avenir de la corrida. Elle est loin de sa fin contrairement à ce que prêchent les perpétuels prophètes de malheurs que j’entends, pour ma part, depuis les débuts de ma fréquentation des ruedos, depuis 1952.

La base de la réussite cérétane réside dans le choix de l’essentielle matière première, le taureau. En sortant des sentiers battus, les cérétans ont remis en lumière des élevages oubliés qui n’avaient plus de place dans les circuits commerciaux car leurs produits sont élevés pour être forts et autant que possible braves et non pour "servir" docilement.
C’est une chance pour la France taurine que les aficionados puissent s’y faire organisateurs comme à Céret, Vic, Parentis, Saint Martin de Crau, Orthez, bientôt Carcassonne à nouveau … et j’en passe.

Les taureaux de Céret sont toros de premiers tiers comme je n'en avais jamais vu autant avant de découvrir Céret, aux tous débuts de l'ADAC. Les premiers tiers ont pris tout naturellement à Céret une importance dont nous avions tous la nostalgie, une importance qu’ils n’ont nulle part ailleurs. Piquer est très difficile, bien piquer est extraordinairement difficile, nous avons trop souvent tendance à l’oublier. À Céret les picadors, qui ont à cœur, plus qu'ailleurs, de bien faire s'emploient au plus grand péril de leur vie. Ce sont des héros vêtus de lumières qui méritent que leurs noms soient affichés dans l’arène. Ils ont droit à notre considération et à notre très profond respect.
De plus en plus d’arènes imitent Céret. J’ai été heureux d’apprendre, très récemment, que dorénavant il y aurait un seul picador en piste à Vic et que deux arcs concentriques y seraient tracés, au bon endroit et aux bonnes distances, pour y remplacer l’étroite bande circulaire ridiculement décorative.

Reste à aller encore vers une meilleure pratique du tercio de pique et pas seulement à Céret. La FSTF vise, parmi ses objectifs, un rôle d’animation et de pédagogie auquel elle ne peut se dérober. L’année dernière  à Vic, ce n’est pas n’importe quelle arène, la FSTF a eu l’occasion de rappeler aux aficionados que la pique devait être présentée au taureau dans le bon sens, face plane vers le haut, notion qui s’était à peu près perdue de vue et qui laisse encore incrédules quelques éminentes personnalités de l’UVTF.

Nous avons procédé ici à un rappel historique des différents modèles de pique pour montrer que la partie pénétrante était allée en s’allongeant. Les vétérinaires tant français qu’espagnols (voir ici pour ceux qui lisent l’espagnol) répètent sans relâche que les piques actuelles seraient satisfaisantes si elles étaient appliquées dans le morrillo, trop destructrices quand elles sont appliquées, comme presque toujours, hélas !, autre part.

Il faut donc aborder cette affaire du morrillo, ce morrillo qui fait souvent dire n’importe quoi. J’ai même, entendu  : « Le morrillo est un muscle trop dur pour se laisser pénétrer par une pique ».

Il est souvent difficile de trouver des photos de piques car trop de photographes répugnent à les prendre. Il est vrai que ce qu’elles montreraient ne serait pas joli. A Céret, cependant, il est impossible de ne pas photographier des piques qui constituent un spectacle magnifique. Nous trouvons donc plus de photos de piques de Céret que dans d'autres endroits.
Les photos documentées par le trio Roumengou, Charpiat, Valmary, étaient un exemple opportun pour aborder la question du morrillo et de la carioca. Piques traseras ou mal placées et cariocas sont tellement dans les habitudes et les mœurs qu’elles peuvent se rencontrer, moins qu’ailleurs mais parfois aussi, à Céret. Songeons que d’après l’étude effectuée en 1998 durant la San Isidro, à Madrid, par les vétérinaires de l’UCTL, seulement 13 des 276 impacts des puyazos étudiés étaient localisées dans le morrillo, Soit moins de 5 p 100, moins de 1 sur 20 !
Comme l’avouait Michel Bouix, « piquer dans le morrillo est difficile », j'ajouterai : surtout si l'on n’en a pas l’habitude.

Les photos  présentées dans mon précédent article n’étaient pas pour diminuer les mérites de Céret, mais pour alimenter le débat. J’ai retrouvé l’origine de celle qui représentait Caralegre et Gabin Réhabi. C’est une photo d’André Viard qui a été reproduite sur divers sites comme, par exemple, Del toro al infinito
Il est intéressant de voir qu’elle est précédée de deux photos de cette même rencontre prises à une ou deux secondes d’intervalle ce qui donne la séquence complète  :

Ces trois photos, qui constituent un petit film, illustrent très bien ce que Jacques Durand écrivait dans "Libération" le 15 juillet 2010 :
« La pique, Céret l’aime comme il se doit : le picador et son cheval à l’opposé du toril ; le toro loin ; le cheval de face et pas perpendiculaire ; le picador la pique en avant pour accrocher le toro avant qu’il ne vienne taper contre le cheval et accueillir et templer ainsi sa charge dans son bras sûr et précis .Si les toros le permettent. »

Même si la pique impacte légèrement trop en arrière, il est certain que Gabin a fait du mieux qu’il pouvait et méritait amplement le prix qui lui a été décerné.

Un autre aspect est la carioca, image tirée de cette danse brésilienne où le danseur fait le tour de sa cavalière front contre front, voir ici.  En termes taurins, la carioca, quand elle n’est pas rendu nécessaire par la mansedumbre du taureau, permet de prolonger la durée de la pique, cornes contre peto, et s’accompagne souvent de mete y saca (effet de marteau piqueur, "pompe").
Les explications de nos, Roumengou, Charpiat, Valmary,  à propos de l’action de Carlos Prieto Herrera sur Oyemucho, montrent que l’on peut utiliser le terme de carioca dès que le picador ferme la sortie au taureau, même s’il ne fait pas tourner son cheval autour de lui.
C’est ici que les aficionados accomplis qui excellent à analyser les qualités de la main gauche des matadors, doivent apprendre aussi à mieux regarder et à déchiffrer les effets des rênes d’appui impulsés par la main gauche du cavalier.

Le débat est donc ouvert sur "morrillo" et carioca et vos réactions, Chers Lecteurs, peuvent être toujours déposées sur le forum de ce site.

Selon moi, en effet, cette large discussion sur le premier tiers ne se réduit pas à un conciliabule réservé à quelques sommités de la FSTF ou autres solennités.
J'invite le public, le plus large possible, à y participer de manière décidée mais, bien sûr, toujours courtoise..