Apprendre à bien juger les picadors

 

1) Céret 15 juillet 2012 puyazo au 2e toro - Source de la photo inconnue

Nous voyons le taureau, n°41, du nom de Caralegre, 2ème Escolar Gil échu à Fernando Robleño lors de sa fameuse encerrona du 15 juillet 2012 à Céret, il est piqué par Gabin Rehabi

Elle a inspiré au Dr Vétérinaire Yves Charpiat le commentaire suivant :

1/ Le cheval est placé perpendiculairement à la charge du toro, lequel va s'écraser contre un véritable mur.
2/ Cependant le picador a piqué bien avant que le toro n'atteigne le caparaçon.
3/ En grossissant l'image, on distingue parfaitement les ailes de la cruceta qui permettent de vérifier que la pique est portée sur la ligne dorsale du toro.
4/ Malheureusement, l'impact est situé bien en arrière du morrillo, et même en arrière de la cruz, blessant muscles thoraciques et peut-être même cartilages de conjugaison des omoplates.

Et pourtant Gabin Rehabi est apprécié comme un bon picador. Il faut dire que ce Caralegre, manso con casta, grattant le sol de ses pattes avant, "cabécéant" dans l'étrier, ou sortant seul, très long à répondre aux cites du cavalier, ne s'y résolvant qu'à regret et par à-coups (sauf sur la troisième et ultime pique, la plus forte, dont il ressortira "escobillé" !) ne lui avait pas facilité la tâche et que Gabin très brillant cavalier, même s'il avait piqué trois fois trop en arrière, avait globalement satisfait les spectateurs et été très applaudi.

Voir une vidéo de cet épisode en cliquant ici.

2 ) Céret, 11 juillet 2010, le 4ème puyazo au 6ème novillo de Fidel San Roman - Deux photos successives de Patrick Constantinidès.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Personne n'a oublié qu'en ce 11 juillet 2010, le 6ème novillo de Fidel San Roman, n'était autre que l'un des novillos du siècle, dont l'afición retiendra le nom d'Oyemucho pour l'éternité !

Le picador est Carlos Prieto Herrera qui reçut un prix pour sa prestation face à Oyemucho.

Voici les réactions que ces deux images ont provoquées chez les experts requis par Marc Roumengou, et d'abord chez lui-même :

" Ces photos permettent de faire le constat détaillé suivant :
- Coup de pique bas, à la limite arrière du morrillo et sans doute en séton (2 vérifications faire à l’abattoir).
- Il est donné sur le côté droit du taureau, c’est-à-dire le volume de celui-ci s'interpose entre le cheval et cet emplacement ; si ce volume était encore plus important, la pique glisserait sur le cuir du taureau, sans pouvoir pénétrer. Mais ici elle a pénétré et sa trajectoire va vers l’omoplate.
- Le picador ne donne pas la sortie au taureau, mais au contraire il l’enferme : voir la main gauche qui tire sur la rêne droite et voir aussi la position de l’encolure du cheval.
- Sachant que le photographe n’a pas pu bouger, on constate qu’entre les deux photos, le cheval s’est beaucoup avancé (largement de la longueur de la banderole de Los Pitones), ce qui est prouvé par sa différence de position entre les deux clichés. On a donc ici 2 temps d’une même fermeture de la sortie du taureau, d’une même carioca.
- Le sang sur le garrot et en arrière de celui-ci, est la preuve qu’un ou plusieurs coups de pique antérieurs étaient placés plus en arrière. "    
   

Marc Roumengou

" Marc a entièrement raison ; la carioca est manifeste et maintenue par la main gauche. L'épaule gauche signe le sens de l'engagement du cavalier au-delà de la pression du corps légitimement portée sur la vara ; le résultat est probant quand on constate l'inclinaison du cheval dont tout le poids de l'effort repose sur son épaule droite et quand l'antérieur droit retrouvera le sol l' équipage aura encore gagné du terrain au détriment du taureau. "

Dominique Valmary

" Les photos montrent que la pique est sur le côté du morrillo :
« Sur les côtés du morrillo : les muscles lésés ne sont qu’accessoires, alors qu’on risque en revanche de provoquer des fêlures, voire des fractures, des omoplates. »
En ce qui concerne ces deux photos d'une même pique, je ne peux que souscrire à ce qu a écrit Marc Roumengou. Si elle n'est que très légèrement trop en arrière, la pique est "tombée", dans l' épaule, et il est certain que l'omoplate ne restera pas indemne d'un tel traitement.
Mais surtout, elle est donnée de manière scandaleuse par le picador qui, comme il le dit très bien, refuse la sortie au toro en tirant sans retenue sur la rêne droite avec sa main gauche. C’est une pique crapuleuse, sciemment destiné
e à diminuer le toro, tant au plan physique que moral.
Je suis particulièrement heureux que l’on parle de carioca à propos de cette manœuvre. Trop souvent, en effet, les gens pensent qu'il n'y a carioca que lorsque le toro est "coincé " entre les planches et le cheval, ce qui est totalement faux.
"                                                    

Dr Vétérinaire Yves Charpiat

Ces photos et leurs commentaires montrent, combien nous, public torista de Céret, apprécions les toros mais ne savons pas juger les picadors.
Nous ne déchiffrons les piques qu'au travers de la bravoure et de la force du taureau.
L'exceptionnel Oyemucho à offert un prix à Carlos Prieto Herrera alors qu'il a piqué, de manière "crapuleuse" selon Yves Charpiat, dans l'intention, compréhensible, mais pas excusable, selon moi, d'amoindrir le novillo pour protéger le trop tendre novillero qui lui était opposé, José María Arenas.
N'eût-il obtenu un meilleur résultat, pour laisser un novillo encore boyante (prospère) et peut-être plus facile à toréer, s'il avait donné six piques de manière exemplaire au lieu de ces quatre "scandaleuses" ? Eut-il fallu encore que nous ayons été capable, nous, public cérétan d'élite, de comprendre.

Voir ici une vidéo qui montre Oyemucho et son comportement, ce 11 juillet 2010 à Céret, pendant son entière lidia. Le novillo est exceptionnel au premier tercio, mais ensuite ? Je veux bien qu'Arenas lui donne des défauts en se montrant incapable d'occuper le bon sitio, de se croiser, "d'allonger la main", mais il apparaît, pourtant, que l'animal baisse de ton, raccourcit ses charges et devient plus défensif qu'offensif..

En mai 2012, à Madrid, j'ai eu, après une corrida du cycle isidril, l'occasion de rencontrer Faustino Herranz González "El Rosco", le héros du tendido 7, au restaurant "La puerta Grande", et d'engager avec lui une conversation difficile, vu la piètre qualité de mon espagnol. Je peux, toutefois la résumer à peu près ainsi :

Moi - Nous avons, en France, une grande admiration pour l'afición du "tendido 7".

Lui - Je le sais, sachez que nous avons, au tendido 7, une admiration réciproque pour l'aficion française.

....

Moi - Le "Tendido 7" proteste bruyamment, à juste titre, quand les toros présentés manquent de tamaño (taille), de cornes, de forces, mais rarement quand ils sont mal piqués et, en particulier, trop en arrière et carioqués. Pourquoi ?

Lui - C'est vrai, les taureaux sont très mal piqués à Madrid mais le public s'en moque. Vous êtes en France, pour la compréhension du premier tiers, en avance sur nous.

...

Ainsi, "El Rosco" s'est montré diplomate et tout à fait aimable mais il m'a conforté, néanmoins, dans l'idée que si nos publics aficionados savent parfaitement analyser et apprécier la lidia des toreros à pied, ils ne savent pas juger les insuffisances ou les mérites des varilargueros, à plus fortre raison quand leurs adversaires manquent de bravoure ou, pire, n'ont pas la force de l'exprimer.

Nous avons trop tendance à considérer que le premier tiers ne sert qu'à voir et juger le taureau et à oublier que mal exécuté, trop souvent, il le détruit.

Durant la prochaine temporada, les corridas "Taureaux de France" se poursuivront, la Fédération continuera à patronner des prix à leurs meilleurs picadors. J'espère que de très nombreux aficionados prêteront attention à cette démarche

Jean-Jacques Dhomps


Une pique au temps où les picadors étaient des vedettes,
leurs précieux chevaux ni aveugles, ni enmaillotés, ni éventrés,
et les capeadores à leur service.