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“ADIEU“ MONSIEUR LE PROFESSEUR

Adieu monsieur l’instituteur.

 

Personne ne sait comment finira la course de Barcial, un fracaso ? un triomphe ?, mitigée.

Je sais que Marcel, aura, lui, un pincement au cœur.

Mélange de soulagement et de tristesse.

L’homme aura la larme à l’œil, mais il vous dira que c’est qu’il “transpire des yeux“.

Il est gascon, il en est fier.

Il le revendique.

Son Gers brille à quelques lacets de Vic

Mais Vic, c’est chez lui, il y a grandi, il a couru les ruelles au petit matin quand les lourds camions ahanant venaient déposer leur cargaison d’animaux chimériques.

L’ancien instit rigole, en voyant les jeunes femmes qu’il a fait “sauter sur ses genoux“ dit-il en un clin d’œil.

Peu à peu investi, il a partagé une co-présidence agitée, puis une rupture, à la gasconne, sans concessions.

Une blessure jamais vraiment refermée.

Départ vers les voisins d’Eauze, chez nous, comme disent les vicois un brin provocateurs.

Et le retour, toujours à la gasconne, fleuret à la main, des prises de position, de bec, et de fonction.

Ca râle dans le landerneau.

Le club taurin fait comme le bon vin, il s’ouvre enfin un peu aux jeunes, pas trop mais tout de même un mélange de vivacité et d’expérience.

Une première féria ratée sous l’eau, déluge de glace et de froid.

L’aficion se recroqueville, il y aura quitus.

Cette année c’est mieux, une grande course de Cebada Gago, et le combat dantesque d’Alberto Lamelas, une féria réussie.

De quoi partir dans une pirouette.

L’homme est “coquin“ comme on dit par chez moi, il intrigue, on l’aime, on le hait, jamais il ne laisse indifférent.

Il a plusieurs facettes, le festayre, l’aficionado, l’instit, le grand-pére…

Au campo, les Espagnols le savent bien quand ils vont à “BIC PEZENSAC“ pas la peine d’essayer d’entourlouper, les types savent lire les toros dans les champs.

T’as beau les mettre dans l’herbe haute au sommet d’un monticule pour les faire croire plus grands, les types savent.

Bien sur Jean Jacques le veedor n’est plus.

Mais discutes avec Marcel, il reste calme, il t’enduit, te repeins, t’englues.

Il a le calme des gens de son âge, puis, le mot dur si il le faut.

Je me souviens être allé à son domicile pour les derniers coquillas.

“Non“, me dit-il “c’est une connerie“

J’explique, j’argumente, je lui explique…

Il me regarde sous sa paire de lunettes, je suis un spoutnik.

Il nous appuiera indirectement, avec discrétion.

On le hait.

Maquignon, tricheur, Vic piège à ci ou à ça…

Mais quand il passe dans le bourg endormi le reste de l’année, on le salue bien bas.

On l'aime ou on le respecte

C'est comme ça, un personnage

Que serait Vic sans ses arènes, ses grands toros, sa statue ?

Un bourg endormi, à l’instar de milliers d’autres.

Le dernier patas blancas mort, Marcel passera la main.

Il va d’abord s’occuper de lui, de sa famille, il est grand-père.

Puis il va regarder fonctionner le CTV, donnera la main si nécessaire.

Il ira “aux“ toros.

Il se lèvera au petit matin voir l’équipe qui partira chercher ce qui devra être la féria prochaine, il leur dira peut-être comme ses prédécesseurs :“n’oubliez pas, il faut des pattes et des cornes“…

Adichatz monsieur le professeur.

 

CHF