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ADICHATZ

ADICHATZ

 

 

L’homme s’est penché vers l’enfant.

Dans la soirée qui s’étire, les lumières jouent sur les ors de son habit grenat.

Il a un bouquet de fleurs à la main.

Ce qu’il dit au petit, seul le petit le sait, mais il y a de l’émotion, la vraie, celle des colosses au cœur grand comme ça, face à l’innocence d’un enfant.

Ils se parlent, la musique joue, les enroule, comme une écharpe autour d’eux.

Le colosse parle au petit.

Le gosse semble écouter, il opine de la tête, et entoure de ses bras à peine trop grands, le cou du colosse.

Sous les applaudissements ils sont au bord des larmes.

L’enfant serre de ses bras menus une légende et quelqu’un de si familier.

Que se sont il dit ?

Qu’il arrêtait vraiment, que le gosse n’aurait plus jamais à avoir peur.

On le voit dans les yeux du colosse, il semble lui dire, tu verras, maintenant je vais être ton père, tout le temps.

L’enfant l’embrasse, le serre fort, l ‘émotion est immense.

Ramunchito vient de signer ses tous derniers écarts, plus jamais l’odeur des vestiaires, celle du bétail frôlant le corps, les conseils, les mots d’encouragement, les victoires et les hontes bues.

Plus jamais, les “tumades“ ces coups reçus avec violence, que l’on masque sous un rictus et que l’on soigne une fois seul, auprès des proches, loin des spots, et des bravos.

Plus jamais, les bras levés, en signe de victoire.

Derrière lui, les onze trophées de champion de France, Ramunchito vient d’arrêter sa carrière, ici à Pomarez, sous les accords de la Cazérienne, longtemps hymne à la course landaise, avant que n’arrive “l’encantada“ que les jeunes générations préfèrent.

Le Jubilée de Ramunchito vient de se terminer sous les ovations.

La légende ne “tournera“ plus les vaches de son ami Labat, il a droit à une retraite bien méritée, nous sommes en 1990.

 

Dans le TGV qui vous ramène du “Nord“  c’est à dire au moins de Bordeaux, si vous vous asseyez face à la marche et côté droit, presqu’arrivés à Dax, vous allez les voir paître dans leur prairies.

Ce sont les fauves de la ganaderia Labat.

Il est déconseillé à quiconque de non initié de s’avancer sur ces pâtures gagnées années après années sur le sable noir des Landes de Gascogne.

Ces tâches noires, qui ont l’air bien paisibles, sont en fait des machines de combat, qui chargent pour faire mal.

La ganaderia est protégée, d’un bord par l’Adour, et de l’autre par les corps de bâtiment de la ferme Labat.

Elle a eu son heure de gloire télévisuelle, quand Léon Zitrone et Guy Lux, opposaient les villes du Nord à celles du Sud, avec les fameux jeux d’Interville.

 

L’élevage, loin des télévisions, fournit chaque année son lot de vaches à écarter dans les grandes arènes du Sud Ouest de la France, et possède sa propre cuadrilla d’écarteurs et de cordiers, dont Ramunchito faisait partie.

 

Ce matin, le journal vient d’annoncer le décès de ce grand champion, qui souffle la bougie d’une époque bientôt effacée.

 

A la retraite, Guillaume VIS ne cessa jamais de suivre sa passion, et on le voyait prodiguer conseil et soutien aux petits jeunes qui se lançaient dans le défi de leurrer l’animal sur une simple feinte du corps. Sa carcasse auréolée de ses onze titres, derrière la talanquère.

 

Adichatz, Ramunchito, ce weekend ou que ce soit, quand retentiront dans les fêtes l’Encantada ou la Cazérienne, un souffle léger soulèvera le sable des arènes de Pomarez, ceux qui seront là te verront tourner éternellement sur toi même, écarter les cornes d’or du vent.

 

Un immense torero ne meurt jamais, il entre juste dans les mémoires.

 

CHF