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ADIEU L'AMI

Agur Jaunak

 

“L’Agur“ fait rouler ses tambours.

Un orage qui monte dans le ciel noirci et gronde sur un coteau de Chalosse.

Un éclair de musique qui nous zèbre le cœur.

La musique s’amplifie, comme quand à l’automne les oies obscurcissent notre ciel épuré, et le prennent en otage de leurs immenses vols.

Les yeux s’embuent, les cœurs se serrent.

On se mord la lèvre, ivres de fatigue, de bonheur et des cinq jours de fête.

Cinq jours à communier, même tenue, même envie d’être heureux.

Les cuivres résonnent, emplissent l’espace nous prennent par le cœur.

Là, brillait le soleil, là courraient des toros, là nous étions joyeux.

Là riaient nos amis.

Leurs sièges sont vides de n’être plus à eux.

Et ils nous manquent.

On les entend rire pourtant dans “l’Agur“ éclatant, de ce rire clair des jours de folie, quand la fête était belle et eux étaient vivants.

De là haut, ils nous disent, n’ayez pas peur, nous sommes là, rien n’est terrible.

Ni la vie, ni la mort.

Dansez, dansez sur la margelle.

Et profitez.

Pagnol avait raison, bien sur que l’on ne pleure pas, on transpire des yeux.

Un peu.

On surprend des costauds, ils passent sur la paupière bleuie par les veilles tardives une main épaisse.

L’un froisse l’épaule du copain d’à côté, la serre contre lui, se donner chaud au coeur.

“L’Agur“ est un hymne, que l’on reprend du fond d’une gorge tremblante.

Pour un fils, une femme, un ami et puis deux…

 

Dehors, les grands écrans retransmettent les images, l’émotion est partout.

L’amitié, cette communion qui fait que plus jamais ceux qui l’ont vécue, n’oublieront.

Parce que de dedans nos arènes, monte la plainte sourde des femmes et des hommes, portée par les bandas qui ont animé la ville, et pleurent leurs accords de leurs yeux rougis.

Et l’Agur se termine dans un coup de tonnerre.

A l’an prochain mes amis,

Nous reviendrons bien sur, si Dieu nous prête vie, et si celle-ci consent à nous laisser heureux.

Dansons encore, et encore sur la margelle.

Et chantons une dernière fois aux noms de ceux qui ne le peuvent plus.

Juste dire qu’on les aime.

Agur Jaunak.

 

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