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Adischatz

 

Ça y est les lumières s'éteignent, les arènes vont rentrer en Automne, puis en Hiver,rangés les drapeaux, démontés les immenses bacs à fleur, les décos, l'arène va s'endormir d'un sommeil lourd, laissant là les fantômes de l'été, toros et toreros se confronter les nuits de pleine lune.

La course du jour n'a pas été la piste aux étoiles prévue...Ni Fu Ni Fa comme le disent les Ibères, et pas les plus rigoureux (je sais, je sais, mais que voulez-vous j'aime la faire celle là)

Pourtant lors du repas réparateur du midi, commentant les oreilles et queue d'Arles, on s'était dit qu'on allait essayer de les battre un peu comme il y a vingt ans, après les neuf oreilles de Bayonne, on avait fait tomber onze oreilles et une queue ici, à dax, la corrida du siècle.

Le cartel est prometteur, Pererra qui indulta le premier torito à Dax, Luque qui marche sur l'eau, et Pablo Aguado qui fit pleurer Séville....les toros des Algarra, pur Domecq, et oui, encore....on les sait faibles, Noblons à souhait...

Je serais mauvaise langue, je dirai que ça devient une habitude, les figuras si un toro d'exception ne sort pas, ne font qu'un seul toro sur deux...vous savez, salut et montera à la main, un molinete en l'air, semblant dire celui-ci n'était pas collabo, alors on verra au suivant....j'ai même vu Rafaellillo, le pauvre, le faire à son deuxième toro...c'est dire....

Bon alors les trois premiers sortent bien, puis se dégonflent comme un sale type que je connais qui dénigre tout le monde dans son dos et surtout ses amis, mais quand il leur fait face, se fait parmi...les toros aux cornes fragiles (sic) gambadent puis s'arrêtent au peto, prenant le fer, immobiles et sans réaction, puis s'agenouillent, ici on est pas à Lourdes....ça sent le fracaso, le coup de tabac, la bronca majeure, en bas, sous la présidence la commission taurine s'affaisse les têtes descendent presque invisibles derrière la talanquère....

Puis sort le quatrième, Pererra se poncéise, se fend en deux, et avec une muleta "grande comme un morceau de ciel" dixit Francis, l'homme qui pense que les toros rêvent d'Andalousie, ça passe loin, mais ça passe, allez une puis deux oreilles ouf....le costume reste blanc, mais la course est lancée. 

Daniel Luque est ici chez lui, dans le Sud Ouest et c'est vrai qu'il est bien en ce moment et ce, depuis Vic...mais voilà la faena n'emballe pas grand monde, quand soudain un type (les mauvaises langues disent qu'il a été payé pour ça, laiss tomber du haut du gradin, quelque chose comme "Daniel, ce toro mérite mieux..." Daniel vient de mettre les doigts dans la prise, il s'habille en Kimono de soie, ceint le bandeau blanc des Samourais, et se jette dans un spectacle créatif et récréatif, la double Luquesina, il a inventé une nouvelle passe, le toro lui tourne autour comme un ado tourne autour de sa copine de Lycée avec qui il ferait bien le coup du stylo sans capuchon...mais dis ils sont plusieurs ou quoi, la muleta vole d'une main l'autre j'ai compté cinq passages sans bouger les pieds, en réduisant la distance...le peuple est debout, ça commente sec, mais voilà notre Samourai ramasse l'épée et pinche, il blémit, il va pas se faire Hara Kiri tout de même? De Samourai, il passe à Kamikaze, il file recta, enfonce l'épée, jette la muleta au sol et le toro va s'allonger sur le tissu rouge, c'est émouvant, prenant, et malgré le puntillero maladroit qui relève un toro déjà mort et qui retombe sur la toile, deux oreilles.

Pablo Aguado, sort, digne il torèe le plus mauvais toro du lot; la jambe est toujours en avant, il est puesto, les pieds ancrent le sol de mes ancêtres, la main se fait légère, le poignet est exceptionnel, la pureté même...pas de fioritures, pas de trucs, il torèe, séries courtes, profondes, il laisse respirer l'animal faiblard qui met des coups de tête...il est le plus jeune, l'aficion comprend mais le public lui?

Ça sera une oreille, une de poids disent les chroniqueurs qui en savent plus que moi, les deux collègues sortent à Hombros, mais Dieu que ce torero est intéressant à suivre.....

On se salue, avec nos voisins, c'est la dernière soirée, on est entre potes, on a pas battu Arles, ça sera pour l'année prochaine...on quitte les gradins, bises, serrages de main, discussion encore là dehors...voilà, c'est fini....déjà un brin de nostalgie vite gommé par la superbe soirée à venir, les projets, Madrid sans doute...

C'était la Der des Der...demain boulot...

Adischatz les amis, à l'année prochaine

CHF