Chaque année l'alternative pascale ouvre la possibilité française d'opter pour un périple de pueblo en pueblo en Sud Ouest toriste. Au delà de la convivialité et de la bonne humeur habituelles et fort appréciées il y a la certitude que les organisateurs font tout ce qui est en leur pouvoir pour présenter de « vrais taureaux » avec du sérieux dans la présentation et la maîtrise des affaires qui vont avec. Du sérieux donc, cela se sait et ça marche puisque les aficionados du Sud Est n'hésitent pas à s'engager dans le pèlerinage taurin qui mène pour Pâques à Aignan le dimanche et à Mugron le lundi sans compter sur les suiveurs espagnols. Les présents qui emplissaient les gradins pour de belles affluences n'auront rien à regretter des prestations offertes.

01 – 04 – 2018 - Aignan, ce n'était pas l'heure du poisson, on y a vu des toros et des hommes.

En novillada sans picador, passage de témoin entre Dorian Canton dont c'était la dernière prestation à ce niveau et Yon Lamothe jeune postulant. Le bétail du fer Camino de Santiago proposé par Jean Louis Darré est de belle présentation avec des armures bien en pointe et harmonieuses, il a permis aux deux prétendants de montrer leur niveau de préparation et leur envie de toréer. De la noblesse il y en eut avec cependant des séquelles de faiblesse qui n'ont pas été préjudiciables puisque les érales ont été applaudis à l'arrastre, le quatrième bénéficiant d'une vuelta généreuse. Dorian bénéficie du meilleur lot et coupe deux oreilles, Yon a plus de mal à s'imposer même s'il dispose d'un poignet intéressant et tuera mal. Deux réserves doivent être formulées : aucun des deux ne pose les banderilles et ce tiers se limite trop souvent à deux paires.

 

Le desafio Concha y Sierra /Valverde a autant intéressé pour les taureaux superbement présentés par leur tamaño et leurs armures hormis le dernier Valverde qui dénote mais aussi par la présence de toreros motivés avec un bémol concernant la prestation de Pepe Moral.

La présence de taureaux a permis de voir de bonnes prestations à la pique données à la régulière pour un total de 17 rencontres. Il fallait de la technique et beaucoup d'envie pour arriver au bout, ce que confirme l'engagement au moment de la mort avec de très beaux gestes : huit épées dont six entières et engagées.

Les Concha y Sierra ont étonné malgré des charges courtes alors que les Valverde ont été en dessous de ce qu'ils avaient montré à Orthez. Le travail engagé peut être désormais mesuré même si le chemin sera encore long, de quoi mobiliser les aficionados pour la sortie de l'unique corrida Valverde en juin prochain.

Octavio Chacon a investi son rôle de chef de lidia et montré le sérieux de l'approche du taureau ayant de la noblesse, son premier, nécessitant les forceps pour extraire quelques passes à son second démesurément cornu. Salut au tiers puis oreille.

Pepe Moral n'a pas convaincu le conclave mieux à son premier et écourtant à son second pour un salut au tiers suivi d'un silence.

Manolo Vanegas a de la volonté et de la technique malgré son petit nombre de contrats. Désarmé à la première passe de muleta il se reprend et s'acharne à vouloir lier les passes. Il conclue sa prestation d'une entière dans la croix. Son second désordonné au cheval et avisé ne lui permet pas de dominer son sujet qu'il a occis en trois gestes. Oreille et silence.

 

02 – 04 – 2018 – Mugron ou la difficile quête de trophées. 

NSP le matin, les erales Alma Serena sont de comportements très différents. Le premier permet à Yon Lamothe, mieux en vue que la veille à Aignan, de triompher. Il est d'une grande noblesse et l'aide à s'exprimer en se relâchant. L'épée entière sera hémorragique. 2 Oreilles et la vuelta à l'eral. Ça fait beaucoup.

JJ Villa « Villata » devra composer avec un opposant manquant de force, violent dans ses réactions, s'avisant (manso con casta) jusqu'à bousculer le novillero. Après quelques gestes d'autorité appréciables, il le tue d'un vilain bajonazo. Vuelta.

Déclaré vainqueur Yon Lamothe combat le troisième eral noble mais manquant de force. L'envie de l'homme dépasse les possibilités du bétail ce qui peut expliquer l’attribution d'une oreille.

Trois erales de comportements différents donc pour deux novilleros que l'on doit revoir au fil de la saison.

 

Les novillos de Pincha pour la novillada piquée de l'après-midi ont été retenus après le succès d'un de ces produits à la corrida concours de Saint Perdon en 2017. Il est difficile de résumer son ressenti face à des novillos moches de tête et au comportement indéfinissable. Plusieurs vueltas de campana, ils fléchiront en cours de faena et empêcheront de toréer en rond.

Carlos Ochoa, s'il n'a pas triomphé a montré ses possibilités. Devant le sobrero, son titulaire ayant dû être puntillé en piste, il délivre des séries inachevées faute de force et s'engage à la mort ce qui lui doit une oreille de pétition largement minoritaire.

Il ne soigne pas les mises en suerte au cheval à son second qui s'échappe mais il lui sert une faena de poder nécessitée par ce manso con casta qu'il tue mal.

El Adoureño va passer un après-midi loin de ses ambitions. Il sera bousculé à plusieurs reprises donnant l'impression de tenter des gestes approximatifs, sans construction et avec une technique insuffisante. Il tuera mal. Peut-être est-ce la pression de sa présentation en piquée dans le Sud Ouest. De toutes les façons on est appelé à le revoir.

Dorian Canton a réussi son examen de passage avec l'envie, le calme, la distance qui le caractérisent. Il se montre novillero en toréant de rodillas à la cape puis à la muleta, en initiant la faena assis sur l'estribo. Il salue au tiers à son premier qui tolère les imprécisions. Son second, totalement permissif lui permet de s'affirmer, d'entraîner le public qui l'accompagne dans sa quête réussie de deux oreilles. Attention toutefois à la facilité et à un toréo bien trop profilé.

Dommage enfin qu'aucun des cinq novilleros n'ait esquissé la moindre pose de banderilles.