Ainsi, Iván Fandiño vient de trouver la mort ce samedi 17 juin dernier, dans nos arènes d’Aire sur l’Adour.

Dès dimanche, Dominique Valmary a exprimé ici notre tristesse, a assuré tous les proches du maestro de notre compassion

Par ailleurs, comme à l’accoutumée, les réseaux sociaux servent de cloaque à des donneurs de leçons qui se réjouissent de cette tragédie. D’autres s’autorisent à tourner l’affaire en farce, profitant de l’inculture du public pour laisser croire que le taureau homicide a été pendu.

Il ne sert à rien de polémiquer avec ces individus en déni d’humanité mais il ne nous est pas interdit de rappeler calmement pourquoi nous approuvons que des hommes risquent leur vie à affronter des taureaux pour les tuer et pourquoi nous assumons la mort de ces taureaux.

La question la plus sérieuse est la suivante : L’intérêt que nous portons au spectacle de l’arène et les plaisirs intellectuels et esthétiques que nous y prenons valent-t-ils que des hommes risquent leurs vies pour nous les procurer ?

Qui ne s’est interrogé après les morts tragiques de toreros contemporains, de José Falcón, de Paquirri, d’El Yiyo, du banderillero Manolo Montolíu, du picador José-Antonio Muñoz, de Rodolfo Ródriguez “El Pana”, du novillero péruvien Renatto Motta de Victor Barrio et aujourd’hui d’Iván Fandiño ?

Depuis le XVIe siècle, les points de  vue ont été, au cours du temps, contradictoires :  

Le  pape Pie V, déplorant les centaines de victimes anonymes des corridas de rue, tenta, en vain, de les prohiber.

En 1805, la reine-consort Marie-Louise, effrayée et scandalisée par la mort de José Delgado “Pepe Hillo” dont elle avait été témoin le 11 mai 1801 dans les arènes de Madrid, obtenait du roi Charles IV, son époux, l’inopérante interdiction de la corrida.

La mort de Manuel García “El Espartero”, en 1894 dans les arènes de Madrid, servait de prétexte aux tenants de la génération de 1898 pour réclamer, en vain, la fin des corridas et du flamenquisme, mais c’était surtout parce que, pour eux, ces coutumes rétrogrades déshonoraient une Espagne attardée refusant la modernité.

En 1934, au contraire, la mort tragique du torero Ignacio Sánchez Mejías, était magnifiée à jamais par le chant profond de l’écrivain, dramaturge, poète et musicien, Federico García Lorca, le plus illustre des représentants de la génération de 1927.

En 1947, intervenant après les folies meurtrières qui de 1936 à 1945 avaient ravagé d’abord l’Espagne, puis l’Europe, puis le monde, la mort de “Manolete” devenait transcendance de courage et d’ascétisme, presque signe de résurrection. Le « Nous avions faim mais nous avions Manolete » avait servi Franco mais résonnait aussi au-delà. C’était alors que la corrida, enfin retrouvée avec l’ouverture des frontières espagnoles, bénéficiait d’une forte sympathie hollywoodienne qui contribuait à sa promotion internationale.

Il est dans la nature humaine de courir des risques et, par exemple, les alpinistes qui escaladent des sommets difficiles ou les skieurs friands de hors-piste dans la poudreuse sont très nombreux à y laisser chaque année leurs vies, en apparence pour rien, si ce n’est pour accomplir un exploit, pour le formidable plaisir de triompher d’un risque mortel… Quant aux rallyes automobiles, ils tuent non seulement des pilotes mais aussi des spectateurs.

Ces morts tragiques ne choquent pas nos biens pensants mais ils ne peuvent supporter que des aficionados courent avec femmes et enfants pour voir des toreros risquer leur vie, se réjouissant s’ils la perdent, à affronter des taureaux pour les tuer, ce dont ils ne se consolent pas.  Et en plus, argumentent-ils, la victime désignée de cette insupportable “mort-spectacle-public”, le taureau, n’a jamais donné son avis. Nous osons ajouter qu’il ne le donnera jamais.

Ce taureau de combat, est comme tous les animaux que, depuis le néolithique, l’homme élève, sélectionne, façonne et crée à ses besoins et à sa fantaisie, utilisant, au début sans le savoir, des processus de l‘irrépressible évolution-créatrice. Il a créé ainsi des animaux de trait et de boucherie, des chevaux de course et de loisir, des oies et canards aux foies succulents, des poules pondeuses, des chiens de chasse et de berger, de ridicules chien, dits de race, à habiller chez les grands couturiers, tous les animaux de compagnie, poissons rouges et canaris inclus, sans préjuger des crocodiles, des boas, des iguanes et des arachnides maintenant devenus aimables…

Les végans tentent d’enclencher un terrible engrenage. Ils prévoient que, pour peu que nous adoptions leurs principes alimentaires et écologiques, la plupart des animaux domestiques et de compagnie qui nous entourent ne vont plus servir à rien et ne sont pas capables de vivre librement. Donc, pour qu’ils n’aient pas à supporter nos mauvais traitements ou une fin éprouvante, il suffit de ne plus les faire naître. Dans une logique comparable, pour les partisans les plus extrêmes de l‘écologie profonde, il faudrait supprimer l’humanité pour préserver la terre-mère de ses méfaits. Par la suite, très probablement dans quelques centaines de milliers d’années, l’irrésistible évolution des espèces en ferait émerger une nouvelle, peut-être parmi les insectes, redevenue dominante et assez sophistiquée pour compter dans son sein des écologistes profond, pourquoi pas à physionomie de cloportes, qui demanderaient à nouveau l’élimination de leur espèce au profit du demeurant, et ainsi de suite, jusqu’à ce que, fin de la plaisanterie, dans quelques milliards d’années, cette fois-ci, le soleil, dans la dilatation qui précédera son extinction, ne crame la terre et tout ce qu'elle contient, taureaux, aficionados, véganiens, écologistes et cloportes compris.

En attendant, nous allons continuer, bien entendu, à manger des viandes d’animaux, fabriqués pour ça et tués à l’abattoir, et à voir tuer des taureaux de combat, fabriqués pour ça, considérant que la mort des seconds est, selon notre point de vue, beaucoup plus belle, signifiante, indispensable, que celle des premiers.

Quant aux toreros qui sont morts dans l’arène, quant à ceux qui vont encore y mourir, ils méritent notre affectueuse admiration, ils sont entrés ou entreront dans un somptueux panthéon d’où ils ne seront jamais délogés.

 

                                                                                Jean-Jacques Dhomps

 

  • CHF sam, 06/24/2017 - 10:20

    Texte profond, intelligent, et incontournable, de ceux que l'on aimerait avoir écrit.

     

  • Charles Crépin sam, 06/24/2017 - 10:29

    Admirable !
     

  • Portrait de LO TAURE ROGE
    LO TAURE ROGE sam, 06/24/2017 - 13:14

    La mort tragique d'Yvan Fandino a frappé de stupeur l'Aficion ; celle-ci a rendu un immense hommage au Maestro. Que des personnes n'aiment pas la Tauromachie, les matadors et les aficionados c'est leur droit. Mais lorsqu'on entend sur une radio nationale en l’occurrence France Inter, Frederic Fromet chanter grassement sur la mort du Maestro durant plus de deux minutes - accompagné par des rires - et finir applaudi par les participants à l'émission « si tu écoutes, j'annule tout » il y a de quoi être révolté… c'était le cas vendredi dernier 23 juin,  vers 17 heures.

    Nous avons le sens de l'humour, mais non de l'abject ! L'UVTF, l'ONCT, la FSTF vont saisir qui de droit… et que l'on ne vienne pas nous parler de censure… le monde taurin la subit suffisamment dans les médias. Les paroles de cette chanson sont infamantes vis à vis de la famille d'Yvan Fandino et des centaines de milliers de personnes qui sont dans la peine. Exigeons excuses et droit de réponse !

    Lien vers l'ignominie : https://www.franceinter.fr/emissions/la-chanson-de-frederic-fromet/la-chanson-de-frederic-fromet-23-juin-2017

    - adresse médiateur de Radio France : http://mediateur.radiofrance.fr/contact/mediateur/

    - vers le CSA : http://www.csa.fr/Services-en-ligne/Formulaire-pour-signaler-un-programme

     

     

    La mort tragique d'Yvan Fandino a frappé de stupeur l'Aficion ; celle-ci a rendu un immense hommage au Maestro. Que des personnes n'aiment pas la Tauromachie, les matadors et les aficionados c'est leur droit. Mais lorsqu'on entend sur une radio nationale en l’occurrence France Inter, Frederic Fromet chanter grassement sur la mort du Maestro durant plus de deux minutes - accompagné par des rires - et finir applaudi par les participants à l'émission « si tu écoutes, j'annule tout » il y a de quoi être révolté… c'était le cas vendredi dernier 23 juin,  vers 17 heures.

    Nous avons le sens de l'humour, mais non de l'abject ! L'UVTF, l'ONCT, la FSTF vont saisir qui de droit… et que l'on ne vienne pas nous parler de censure… le monde taurin la subit suffisamment dans les médias. Les paroles de cette chanson sont infamantes vis à vis de la famille d'Yvan Fandino et des centaines de milliers de personnes qui sont dans la peine. Exigeons excuses et droit de réponse !

    Lien vers l'ignominie : https://www.franceinter.fr/emissions/la-chanson-de-frederic-fromet/la-chanson-de-frederic-fromet-23-juin-2017

    - adresse médiateur de Radio France : http://mediateur.radiofrance.fr/contact/mediateur/

    - vers le CSA : http://www.csa.fr/Services-en-ligne/Formulaire-pour-signaler-un-programme

  • Bernard Desvignes dim, 06/25/2017 - 09:58

    Quand on entend cet individu plastronner devant sa petite cour de lèche-bottes, on se dit que l'adjectif abject a été créé avec raison ; et quand on voit le comportement de certains hommes (?), on se dit que ceux qui préfèrent la compagnie des chiens ont parfois leurs raisons.

    En termes de réaction envers France Inter et envers Radio France, je suis partagé entre

    - soit faire part de notre indignation via la Fédération ;

    - soit adopter un comportement "en creux" : le silence comme témoin du mépris.

    Bernard Desvignes