ARLES 2015, PÂQUES AUX TISONS

Si le temps resta au sec, la  fraîcheur puis le froid recommandaient de s’installer au soleil d’autant plus que le mistral s’est invité pour faire d’un dimanche pascal un dimanche hivernal, et c’est peu de dire, quasiment glacial.

Malgré l’hommage annoncé à Manzanares père, les cartels ne faisaient pas rêver mais il est toujours difficile de ne pas céder aux charmes de cette ville et de renoncer aux retrouvailles entre amis.

Vendredi  - LOS DOS HERMANAS pour Frascuelo, Curro Dias et Roman Perez. 1/3 d’arène. Beau temps.

En préalable, hommage était rendu aux hommes et femmes de taureaux disparus récemment et lecture était faite d’une déclaration d’attachement aux cultures locales, dont la corrida espagnole, en présence des reines d’Arles et des présidents des confréries et associations représentatives.

                                                                      Hommages et déclaration

L’ouverture réunissait un Frascuelo faisant sa présentation dans l’amphithéâtre romain et le premier pupille de Patrick Laugier, dénommé « Bonito ».

Les taureaux  sont bien présentés quoique de morphologie et d’armures disparates. Ils seront relativement homogènes en comportement avec une noblesse évidente mais une faiblesse récurrente à la pique et au troisième tiers. Plusieurs seront malgré tout applaudis à l’arrastre.

Carlos Escolar Martín, dit « Frascuelo », paraitra un ton en dessous de sa prestation de Céret. La fluidité de ses gestes, la souplesse du haut du corps, la fermeté élégante de son poignet ne sont pas parvenues à compenser les limites dans ses déplacements. Il reste toutefois un exemple pour les aspirants avec des faenas  de poder, l’économie des interventions et un nombre limité mais juste de passes. Il brinde son premier adversaire au public et le second à l’éleveur. A noter une belle main gauche à son premier avant de tuer de deux estocades, une demie lame puis une entière contraire après avis lui valant quelques applaudissements. Des hésitations à son second, un joli quite après la deuxième pique ont marqué une faena un peu heurtée qu’il conclue d’une demie lame précédant une mort trop lente. Vuelta.

   

Curro Dias n’est pas un perdreau de l’année ; il hérite d’un taureau qui remate aux planches et se défend dans la cape avant de subir les deux piques  sans force et en s’affaissant. La pose des banderilles sera bâclée. Brindis au public et toreo par le haut pour maintenir un taureau qui s’affaisse plusieurs fois. Un mete y saca précède une entière tombée. Applaudissements du maestro et plus surprenant de l’arrastre.  Son second s’emploie dans la cape, s’engage à la pique avant de faire une vuelta de campana lors des banderilles. Sa charge désordonnée permet toutefois des séries liées à droite mais il a moins de charge à gauche. Le taureau présent jusqu’à la fin du combat conclu par une entière traversante qui doit être retirée suivie d’une demie lame posée en avant en passant par les Lices… Silence et applaudissements à l’arrastre.

Roman Perez, le local, accueille un premier taureau massif qui est applaudi à sa sortie. Il s’applique à la cape et lors des mises en suerte. Le taureau s’affaisse à la pique avant que Marco Leal ne salue aux banderilles. Brindis à Madame, la faiblesse et le manque de charge conduit à un chapelet de passes extraites aux forceps d’où un manque de fluidité et d’élégance. La mort intervient après une demie épée tombée et tendue qui se révèle efficace. Applaudissements. Le dernier de la soirée est moins fait mais possède une armure respectable. Il s’emploie à la première pique. Salut de Morenito d’Arles aux banderilles. Brindis au public. Devant un adversaire faible mais montrant un  fonds de caste l’Alésien torée sur le passage avec envie mais sans peser et sans élégance. Il le couche d’une entière de belle facture qui lui vaut l’attribution de la première oreille de la féria.

Samedi matin – 6 REHUELGA 6 pour Martin Escudero, Lilian Ferrani, Ginès Marin. Beau temps, 20% d’occupation.

La novillada est superbe mettant à l’épreuve des hommes qui n’ont pas su tirer la substantifique moelle de leurs adversaires particulièrement homogènes en présentation et en comportement. A noter le peu de gestes noverils et aucune banderille ne sera posée  par eux, à l’exception de l’échange de quites.

Martin Escudero montre ses aptitudes à son premier sans convaincre totalement. Deux épées avant les applaudissements à l’arrastre et salut au tiers. Il sera dominé par un quatrième novillo très présent et collant qui ne lui permet pas de briller. Silence et quelques applaudissements à l’arrastre.

Lilian Ferrani effectue son retour après l’accident subi au campo. Il fera montre de beaucoup d’envie devant un taureau aux charges moelleuses et nobles. Une belle estocade lui vaudra une oreille. Particulièrement remonté il tente une porta gaiola où le novillo ne le voit pas. La faena plaisante et variée, l’estocade al encuentro lui valent deux oreilles complémentaires.

Partie de cache-cache pour Lilian  Ferrani                       LF      Derechazo                      Vuelta pour le novillo

Ginès Marin lasse le public par ses commandements bruyants devant un novillo avisé et engagé qu’il tue d’une demi-lame d’effet rapide. Salut au tiers. Son second faible et de peu de charge ne permet de construire une faena qui se prolonge trop longtemps dans un relatif silence de sa part. Deux gestes seront nécessaires pour en finir.

Samedi AM – 6 DOMINGO HERNANDEZ 6 pour Finito de Cordoba, Juan Bautista et José Maria Manzanares. ¾ d’arènes, ciel de traîne.

Finito de Cordoba ne convainc personne, ses faenas trop longues se déroulent sans esprit ni émotion et se concluent de façon approximative  par des épées peu convaincantes.

Une véritable competencia oppose Juan et José.

Juan Bautista multiplie les gestes (largas de rodillas, mises en suerte appliquées, cambiadas…) pour affirmer son ambition du jour. Il réussira mieux avec son second, andarin, qu’il parviendra à capter et à fixer avant de tenter un recibir qu’il doit renouveler après avoir pinché. Sa conclusion par naturelles main gauche, bien sûr, et main droite aussi, se termine en jetant la muleta à terre. Bilan deux oreilles. Son premier sort faible des piques multipliera les chutes. Il le couche d’une belle épée entière et décisive. Partage d’opinion et salut au tiers.

JM Manzanarès doit saluer avant d’actuer. Son premier, fort cornu, le désarme à la cape ; il sort seul de la deuxième pique et effectue une vuelta de campana lorsqu’il est doublé. Par le travail effectué, la faena va à mas avant un pinchazo et une entière hémorragique. Salut au tiers.  L’Alicantin relève le défi lancé par l’Arlésien à son second, petit et peu armé. Celui aussi sera andarin mais la cuadrilla aide le torero à le fixer. Il multiplie les circulaires, les cambiadas étalant la facilité apparente de son toreo. Pour conclure il tente et réussit un recibir à sept ou huit mètres. Deux oreilles et la queue.

                       José Maria Manzanares naturelle                                      JMM derechazo

Les deux derniers taureaux ont permis aux toreros de se mettre en valeur par un travail de soumission intéressant à voir. Les trophées accordées sont au-delà du raisonnable, mais les moments d’émotion artistique ayant été rares jusqu’alors…

Dimanche AM – 1 MURUBE 1 – 6 MONTALBO 6 pour Manuel Manzanares et Sébastien Castella, Ivan Fandiño, Daniel Luque.

La soirée commence avec la prestation de Manuel Manzanares qui, monté sur de superbes chevaux marqués du fer de PH de Mendoza, doit composer avec un taureau de Murube peu collaborateur. Il pose deux rejons de châtiment, sept paires de banderilles dont trois courtes et le rejon de mort qui sera décisif.

Sébastien Castella fait son retour en pays  d’Arles après plusieurs années d’absence. Le taureau, brocho comme ses frères, est présent dans la cape jusqu’à désarmer le diestro lors de la media. Il subit deux picotazos avant un quite d’Ivan Fandiño. Il se révèlera fade et faible ne permettant rien de significatif. Final encimiste. Entière trasera après avis. Salut au tiers. Son second pousse à la première pique. Castella le met en suerte pour la première paire de banderilles. Il l’accueille assis sur l’estribo. La faena sera relativement allurée et construite ; final par monoletinas et cambiadas. Estocade après avis d’une entière légèrement tombée. Une oreille. A noter les faiblesses montrées par la cuadrilla, le départ de Javier Ambiel sera-t-il préjudiciable ?

Ivan Fandiño, crucifié huit jours avant, était en Arles pour obtenir sa rédemption, voire sa résurrection. Le résultat est entre les deux. Basque il est, donc apparemment peu marqué de sa désillusion madrilène. Il entame son premier combat en menant son taureau au centre de l’arène. Les banderilleros salueront. La faena sera agréable parce que rythmée. Le maestro fait preuve d’envie ; final par manoletinas. Il tue d’une entière légèrement tombée mais il s’entête à attendre une mort qui tarde beaucoup trop. Un trophée a très certainement été perdu à l’occasion. Deux avis sonneront. Salut au tiers. Applaudissements à l’arrastre.  Son second est astifino mais à l’armure étroite. Il désarme le torero en fin de travail à la cape. Deux piques poussées. Intéressant malgré quelques faiblesses le taureau s’éteindra rapidement. Pinchazo et entière tombée après avis. Salut au tiers.

Daniel Luque sert une faena gentillette à un taureau sans charge et noblito. Malgré une belle épée, il ne recueille que le silence. Le septième est astifino mais avec peu de tête. Cape sans génie. Deux piques avec le cheval acculé aux planches. Le public, saisi par le froid, se pique d’enthousiasme pour se motiver devant un taureau sans charge et une rencontre fade et sans aucun relief. Mete y saca , épée traversante qui ressort, trois descabellos feront l’affaire.

Sébastien Castella obtient le prix du meilleur matador.

D Valmary