Arles, Feria du Riz, 12 et 13 septembre

 

Depuis quelques années, la partie corrida espagnole strictement pédestre de la feria du riz se rétrécit. Elle mettait en piste cette année, 10 toros, 4 le samedi et 6 le dimanche et 6 novillos le dimanche matin. La corrida goyesque reste le spectacle majeur de cette feria, le seul à remplir les arènes.

Les orages redoutés ravagèrent les Cévennes ou Nice mais épargnèrent Arles, si bien que tout se déroula sous un demi-soleil ou un ciel plombé, parfois sous une atmosphère pesante, mais sans pluie.

 

Samedi 12 septembre, 17h30, “La Goyesque d’Arles 2015” 

 

Corrida mixte avec 2 toros de Los Espartales et 4 toros de Parladé pour Pablo Hermoso de Mendoza, Julián López “El Juli” et Jean Baptiste Jalabert “Juan Bautista”

Scénographie de Marie Hugo, avec Cecilia Arbel soprano, Nicolas Gambotti ténor, et chœur de l’Escandilhado.

Le travail de Marie Hugo ne m’a pas déplu et pour que le lecteur puisse s’en faire une idée, je lui livre le reportage de Robert Papin et Xavier Schuffenecker tel qu’il a paru sur France 3 :

 

Les chanteurs et musiciens déployèrent un répertoire assez kitch allant d’airs d’opéra à Luis Mariano en intercalant le Dios te salve rociero, Edith Piaf et enfin, heureusement, de temps à autre, des pasodobles taurins.

Il y eut quand même, aussi, des toros et des toreros.

Du rejón, je ne dirai pas grand-chose car je n’y connais rien. J’ai simplement constaté que Pablo Hermoso de Mendoza avait coupé une oreille à chacun de ses opposants, le premier étant mobile et donnant du jeu mais long à mourir, son second  (quatrième à sortir) bon faire-valoir également mais ralentissant ses charges, occis par un rejón de muerte bien placé. Lors de ses deux combats, le cavalier a emballé le public par successions d’hermosinas. J’ai rappris sur l’excellent “Torobravo” de Patrick Colleoni la définition suivante : “Pablo Hermoso de Mendoza a inventé « la Hermosina », une suerte qui consiste à galoper en appuyers en templant la charge du toro tantôt sur une corne, tantôt sur l’autre.” A y être j’ai aussi empruté le lien vers une vidéo qui illustre cette suerte. Les hermosinos ne sont visibles que dans le dernier tiers de cette  courte vidéo, quand Pablo Hermoso  tient une deuxième banderille. À déclencher ci-dessous :

Répété tout au long de deux faenas, à moi qui n’y comprends rien, ça m’a paru monotone

El Juli reçoit le premier Parladé, un negro mulato, de 570 kg, aux cornes relativement modestes, né en janvier 2011, par de bonnes véroniques.
Première pique légère sans pousser de part ni d’autre, seconde réduite à un simulacre. Quite intercalaire par chicuelinas et rebolera
Banderilles faciles. Brindis au public.
Doblones pour gagner le centre.
Tout paraissait bien aller jusqu’ici, mais voilà que le maestro semble décontenancé de découvrit maintenant un toro sans caste, sans charge à gauche, une seule série de trois naturelles aidées laborieuses.
Il procéda donc par derechazos en “rématant” par changement de main et pecho gaucher. Et tout va a menos sans que les généreux airs d’opéra de la soprano n’y changent rien.
Il fallut se résoudre à tuer. Vilain metisaca dans les côtelettes, suivi d’un julipié produisant une demi-épée, contraire, basse et biaise, descabello au deuxième essai.

Le troisième taureau, premier pour Juan Bautista, est un superbe colorado, de 535 kg, mieux encorné que le précédent, né en février 2011.
Véroniques, puis chicuelinas serrées conclues par une larga serpentina.
Première pique en arrière et “carioquée”, seconde légère.
Rafael Viotti se distingue aux banderilles. C’est à la fin de ce deuxième tercio que l’animal se blesse à l’antérieur gauche.
À la muleta, la boiterie se révèle et Juan Bautista s’évertue à le toréer sur la gauche à mi-hauteur. Mais le handicap s’accentue, un cantique à la Vierge entonné par la cantatrice n’y fait rien et, avec l’approbation du  public, l’arlésien en finit par une entière en avant et tombée suivie d'un descabello.

Le cinquième, second d’EL Juli, est un castaño de 540 kg, convenablement présenté peu intéressé par les capes. Il fuit en manso la morsure de la première pique, puis va sur le picador de réserve qu’il renverse avec violence et prend enfin une troisième pique relativement brève du picador de turno.
Quite par trois belles véroniques et demie de Juan Bautista.
Vuelta de campana lors du placement pour la première paire de banderilles.
El Juli ne passera pas à coté de cet animal noble et mobile qui révèle toutes ses qualités au troisième tiers. La faena débutes par aidées par le haut, se poursuit par derechazos “templés”, s’épanouit en longues naturelles allongées et ralenties, mais ridiculement accompagnées de “L’hymne à l’amour” de Piaf que l’orchestre et les chanteurs introduisent ici comme un cheveu sur la soupe. Le Maestro s’interrompt donc pour demander le remplacement de la chanson par une musique plus adéquate. Le Chef accède à sa demande et entreprend le classique pasodoble Agüero.
El Juli reprend avec la même veine, main basse et alternant de belles séries sur les deux bords, parsemées de jolis changements de mains et molinetes. Il donnera cinq derechazos à genoux couronnés d’un pecho et terminera par dosantinas parfaitement circulaires avant un vétitable volapié selon les normes (et non un julipié) qui laissera une épée profonde efficace. Deux oreilles.

Le dernier Parladé, pour Juan Bautista, est un sérieux negro bragado corrido de 550 kg. Il reste en retrait à la cape mais va se révéler à la pique. Sur la première, il pousse avec bravoure et force, déplace le groupe équestre sur une vingtaine de mètres et obtient la chute. Il va sans se faire prier vers une seconde pique et pousse encore avec force. Nous aurions aimé en voir une troisième mais Juan Bautista, de sa propre autorité, sans même avoir entendu les clarines, signifie au picador fortement applaudi de quitter la piste. Il fait aussi réduire les banderilles à deux paires.
Muleta en main, il double bien vers le centre et entreprend un combat qui vaudra par son intensité. L’animal, qui aurait mérité une troisième pique, n’a rien d’anodin et pèse dans la muleta d’un Juan Bautista qui ne veut pas rompre. Désarmé sur un pendule, il s’applique à rééditer la suerte. Il alterne, avec courage, séries de derechazos et de naturelles aidées, livrant un combat tendu, parfois heurté, mais sérieux et méritoire. Final par manoletinas et couronnement par un recibir de toute beauté laissant une épée contraire et entière en bonne place.
Deux oreilles.
Le taureau aurait mérité une vuelta.

Ceux qui ne sont pas fans du rejón, ont pu se satisfaire de deux très bons toros sur quatre ce qui n’est pas si mal.

Il est avéré que certaines musiques, excellentes par ailleurs, comme “l’hymne à l’amour” ici ou “les chariots de feu” de Vangelis le dimanche précédent à Bayonne, sont à interdire d’arènes.

La présidence, composée de Jacky Boyer assisté de Sandra Monteils et Frédérique Fernay, tous trois superbement costumés en goyesques, assuma parfaitement sa mission principale qui était de faire joli. 

 

Dimanche 13 septembre à 11 h, novillada de Robert Margé

 

Six novillos de Robert Margé pour Lilian Ferrani, Manolo Vanegas, Andy Younes

Le temps n’est pas désagréable et l’arène contient à peine 1500 à 2000 spectateurs. Que les gens ont tort de bouder les novilladas !
Celle-ci a été rendu tout à fait plaisante par la qualité des novillos de Margé. Physiquement hétérogènes, les quatre premiers un peu trop petits, mais tous bravitos, mobiles, nobles, donnant du jeu et tenant la distance.
Le public a ovationné Olivier Margé appelé à saluer à la fin de la course.

Le premier novillo, Calabrun, petit mais bien présenté, fin et joli, est un negro bragado listón, né en janvier 2012.
Il met bien la tête dans la cape de Lilian Ferrani, rouge et or, puis prend deux bonnes piques bien dosées.
À la muleta, il a une longue charge compliquée par des coups de tête en fin de passe. Ça ne le rend pas très facile. Lilian se bat, réussi quelques bonnes naturelles, mais a du mal à bien terminer ses passes. Il achève par manoletinas, subit un désarmé, termine par une bonne épée entière aux prix d’un petit puntazo à la cuisse droite qui déchire sa taleguilla. .
L’arrastre est applaudi, comme le seront les suivants, si ce n'est que la musique accompagnant sytématiquement les arrastres oblitère souvent les réactions des spectateurs.
Le novillero, lui aussi très applaudi, fait la vuelta.

Le deuxième, Bourgogne, né en janvier 2012, est encore petit et joli, de couleur castaño et convenablement encorné.
Manolo Vanegas, bordeaux et or, instrumente par véroniques “templées” en gagnant le centre.
Le novillo  pousse avec courage sur une première pique mal administrée puis va en chercher une seconde au picador de réserve.
Les banderilles sont réduites à deux paires comme ce sera la règle.
À la muleta, entame allurée en allongeant le bras, puis naturelles de qualité. Le toro est noble mais un peu fade et devient tardo. La fin sera “incimiste” sans épée. Estocade contraire tendue après pinchazo.
Une oreille.

Le troisième, Cabri, pour Andy Younes, bleu et or, est un castaño avec de belles cornes. Il est reçu par parones et demi-véronique.
Une pique suivie d’une seconde plus brève.
Quite de Ferrani par tafalleras.
Banderilles réduites à deux paires.
Andy gagne le centre par passes allurées. Il enchaîne avec apparente aisance sur les deux mains mais sans réellement poser son toreo, en restant électrique. Quand l’animal réduit ses charges, ça participe d’un “encimisme” brouillon par circulaires inversée et manoletinas.
Pinchazo suivi d’une entière contraire.
Deux oreilles protestées, une seule aurait largement suffi.

Le quatrième, Palunié, pour Lilian Ferrani,  se distingue par une rare robe peinte en colorado berrendo et chorreado. Il est né en février 2012 et arbore de jolies cornes.
Il est reçu par véroniques puis s’échappe pour aller prendre une pique au réserve. Il en supportera une brève seconde. Vanegas intervient par chicuelinas et rebolera.
À la muleta, Lilian entame par trois cambios por la espalda très serrés et poursuit par des passes de la droite qui le seront moins car sa large envergure lui permet d’utiliser une grande muleta et de rester distant.
Néanmoins, une demi-lame très bien placée couche le novillo et fait tomber l’oreille.

Manolo Vanegas reçoit le cinquième, Figares, un noir, né en février 2012, un peu plus gros que les précédents, par farol de rodillas suivi de bonnes véroniques.
Sur la première pique, l’astado obtient la chute du groupe équestre et pousse aussi sur la seconde.
Banderilles encore réduites à deux paires. À quoi sert la présidence ? Sa seule utilité serait-elle de distribuer généreusement des oreilles ?
Manolobrinde” à ses apoderados, Didier Cabanis et Philippe Cuillé,
La faena démarre bien à droite, est plus difficile à gauche. Quand le novillo raccourci sa charge, Manolo cite de près, muleta à la hanche et allonge la passe en arrière par le jeu combiné de sa souple ceinture et de son poignet. Il n’évite pas un désarmé et quelques accrochages.
Cadrage long et difficile.
Une entière en arrière efficace.
Deux oreilles, encore une de trop.

Le dernier, Signoret, est une negro burraco, né en mars 2012, relativement costaud et bien présenté.
Andy Younes se fait arracher la cape sur un farol de rodillas à deux mains qu’il répètera avec succès. Il continue par véroniques et rebolera marginales.
L’animal pousse bien sur une première pique trop en arrière, pousse aussi sur une seconde plus brève.
Bien entendu, seulement deux paires de banderilles.
Brindis au public.
L’animal d’une exquise noblesse permet à:Andy de se faire plaisir en récitant sa tauromachie, sans chercher à dominer, sans trop d’efforts, mais en nous imposant celui de retrouver le vocabulaire spécialisé et de l’accompagner d’indispensables dithyrambes : splendides derechazos, limpides et pures naturelles, longs pechos parfaitement aboutis, trincherillas et molinetes gracieux et bienvenus, jaillissante et surprenante arrucina, toreo culero à répétition par dosantinas superfétatoires, … N’en jetez plus !
Estocade entière, contraire, d’effet rapide.
Deux oreilles. Encore une de trop probablement.

Ce n’est pas parce que ces novillos offraient leurs oreilles qu’il fallait leur en enlever autant.

Lilian Ferrani à encore à apprendre et doit gagner en expressivité.
Manolo Vanegas est le plus avancé des trois. Aujourd’hui, il a eu le novillo le plus terne, son premier, et le moins facile, son second. Il s’en est pas mal tiré dans les deux cas.
Andy Younes, le vainqueur au nombre d’oreilles, a de belles qualités mais doit encore s’affirmer. Il n’a pas parfaitement maîtrisé son premier novillo et a eu la chance de tomber sur un second qui réellement s’offrait au toreo de salón. Attendons-le devant des adversaires plus conséquents.

La palco, généreux d’oreilles et avare de banderilles, était présidé par Michel Vion, assisté de Grazellia Bortolin et Gérard Mas.

 

Dimanche 13 septembre à 17 h, corrida de Cebada Gago

 

6 toros de Cebada Gago pour Fernando Robleño, Alberto Aguilar, Mehdi Savalli

Cette ultime corrida du Riz 2015, rassembla sous un triste ciel noir et venté, un public réduit à moins du quart de l’arène.

Corrida très dure, très difficile, pénible à suivre. .
Les toros  étaient respectables d'aspect et armés en pointe. La plupart prirent, au moins, deux fortes piques.
Les premier, deuxième et quatrième présentèrent une sournoise sauvagerie et se montrèrent particulièrement dangereux, le cinquième était dur mais plus toréable, les troisième et sixième abordèrent la muleta complètement arrêtés et se défendant sur place.
La présence de trois taureaux sur six s’approchant des 6 ans d’âge, laisserait supposer que ce lot a été composé selon l'opportunité de se débarassr de fonds de tiroirs plutôt qu'en s'appliquant à composer un lot homogène digne d'une grande arène française de première catégorie.

Fernando Robleño tombe sur un negro listón de 520 kg né en  février 2010, donc âgé de 5 ans et 7 mois, qui se révèle difficile dès la cape. Deux fortes piques, une intervention d’Aguilar par chicuelinas.
Fernando double bien genoux fléchi, arrive à placer des derechazos et quelques naturelles méritoires mais ne domine pas la situation et abrège par une épée contraire tendue suivi d’un descabello réussi au deuxième essai.

Le quatrième, un cárdeno, né en février 2011 (4 ans et 7 mois) est difficile à fixer. Il prend une première pique sévèrement pompée, va en chercher un deuxième au réserve, encore appuyée mais dont il sort seul, comme des deux ou trois picotazos qui suivront.
À la muleta, ça débute à gauche par des naturelles aidées égrenées pénibement. À droite, l’homme est souvent obligé de rompre. Très dignement, il poursuit en alternant sur les deux bords mais ne parvient pas à s’imposer. Il entendra un avis et tuera difficilement de six pinchazos et un descabello au deuxième essai.
Il parait n’être plus dans la condition que nous lui avons connue mais il a fourni, devant ces toros que beaucoup d’autres n’auraient même pas voulu voir, un effort respectable.

Alberto Aguilar reçoit un negro entrepelado de 500 kg, né en novembre 2010 (4 ans et 10 mois), aux charges incertaines. Il le fixe par véroniques et le fait piquer très durement par deux fois.
Mehdi Savalli intercale trois chicuelinas et une demi-véronique.
À la muleta, le toro est violent et donne des coups de tête tous azimuts.
Alberto est accroché à gauche mais poursuit à droite avec courage.
La fin est catastrophique par une série de pinchazos, un tiers d’épée inefficace, un metisaca, des descabellos, et enfin une entière qui couche la bête à la quinzième minute, juste avant le troisième avis. Ouf !

Le cinquième est un negro de 525 kg, né en janvier 2010 (5 ans et presque 9 mois) qui montre une certaine noblesse exigeante dans la cape d’Alberto.
Il soulève le cheval durant une forte première pique, en prend une seconde tout aussi dure.
Au troisième tiers, Alberto double bien, commence prudemment puis gagne en confiance et parvient à allonger les passes pour enrouler de longs derechazos électriques mais bien adaptés aux charges vives de la bête. Il parviendra même à intercaler deux courtes séries sur la difficile corne gauche
Épée entière en bonne place et efficace, une oreille.

Mehdi Savalli accueille convenablement de cape un negro bragado meano de 500 kg, né en mars 2011 (4 ans et 6 mois).
Il sera bien piqué par Marc Raynaud.
Mehdi banderille très bien, de poder a poder, puis par sesgo por fuera et violín.
Bon début de faena par derechazos mais le toro s’arrêta rapidement et refusa toute poursuite du combat.
Fin par metisaca et descabello.

Le sixième, un negro bragado corrido de 550 kg, né en en novembre 2009 (5 ans et presque 10 mois) est reçu par spectaculaires largas afaroladas de rodillas
Il se blesse à la patte avant gauche et est rapidement remplacé par un sobrero noir du même fer, pesant 545 kg.
Belles véroniques dont un joli quiebro, deux bonnes piques de Bertoli.
Brindis à Paquito Leal
Puis plus rien, le taureau est sans charge.
Mehdi le tue d’une bonne entière précédée d’un pinchazo.
Applaudissements d’un public compréhensif.

La corrida était présidée par Serge Louis assisté de Bernard Para et Jacques Garcin.

 

Jean-Jacques Dhomps