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béni des dieux

Béni des Dieux
 
¡Cuenten, cuenten! ¿Les gustó Manzanares o no?
 
Gaston Ramirez Cuevas est aficionado, practico, revistero, et mon ami.
Gaston m’a posé la question, il veut savoir.
Hier j’ai écrit rapidement pour tenir l’information et mon opinion de ce toros y Salsa.
Aujourd’hui, à cause de la question je me dois de reprendre le sujet.
Rembobinons.
 
Les gens s’émeuvent toujours du soin que prend mon fils à me faciliter les choses, comme ça par de petits gestes surs.
Avec l’âge, et il n’est évidemment pas canonique, et les quelques lésions laissées par des années de fureur du merveilleux jeu de Rugby, j’ai perdu un peu d’autonomie, et parfois mes Sens me jouent des tours (vous savez les cinq Sens).
Donc il m’aide à déchiffrer, lettres ou phrases dites quand le brouhaha est trop fort, ou il pousse une chaise, prend soin de mes affaires, bref des trucs qui comblent un père.
Etant petit (il mesure plus d’un mètre quatre vingt) il voulait faire mon métier, c’est à dire: pour lui, c’était voyager en écoutant de la musique. 

Bizarrement, c’est ce qu’il fait. Mon fils est un bon fils et je l’aime. Lui, me le rend bien, même si je l’énerve parfois avec mes habitudes de vieux Ronchon et mes colères méditerranéennes de feu de paille (on ne maitrise pas toujours un sang basco- Italien).
Bref, nous avons des relations fusionnelles, il me manque souvent, et lui, m’envoie des petits SMS (je ne Facebook pas, ni ne twitte) comme ça, juste me dire qu’il va bien, qu’il a vu ça ou entendu ça, me fait écouter des nouveautés musicales, ou me propose des films…ou qu’il voyage sur telle terre de la planète.
Bref.
Quand les Espagnols sortent le Dimanche, c’est le plus souvent en famille, grands-parents, parents, enfants, tous ont plaisir à se retrouver ensemble, et le mot famille me paraît plus profond chez eux que chez nous. 
Le côté Sud sans doute. 
Comme me le dit mon sixième SANS (cherchez pas c’est privé) ils aiment les gens.
 
Manzanares, est magnifique. 
Elles ont la prunelle qui s’allume, au moment du paseo.
Manzanares : c’est le musée du Louvre tout entier qui vient à toi, elles n’ont d’yeux que pour lui.
 
Avec lui, je ne me sens pas lésé, ou trompé. Non, il n’est pas de mon monde c’est tout.
Mais son élégance, naturelle me plait : il ne se cambre pas exagérément, ne donne pas de coups de mentons, ne crie pas, ne fait aucun cinéma, et surtout, il tue pour de vrai.
 
Je ne suis pas fan de son toreo, quand il recule la jambe pour entamer une ronde sans intérêt pour moi, mais qui soulève les foules. 
Vous aurez compris, que j’ai vu moult fois son papa toréer (retour au second paragraphe, ah le grand âge)
Je crois, que lui-même disait : “celui qui torèe en reculant la jambe, n’est pas torero“. 
Bon.

Mais de toutes les figuras (Morante et José Tomas mis à part pour d’autres raisons), c’est le seul, pour qui je n’ai pas de véritable antipathie, taurine s’entend.

 

Il a eu ce fils, et j’imagine les liens étroits entre eux.

Petit, on voyait l’enfant derrière le burladero, au callejon, et tout le monde a,  maintenant en rétine, la photo du père et du fils la main dans la main lors d’une vuelta, c’était à Dax.

On imagine la filiation dans les gènes, et la fameuse phrase dite un jour : “ Quiero ser torero“

L’enfant a pu estoquer tôt, toréer beaucoup, à tout âge.

On imagine la fierté du père, les angoisses de la mère.

Et l’on imagine aussi combien de fées, se sont penchées sur son berceau.

 

Voilà, José Maria doit se faire une réputation. Il a le prénom et le nom du père.

Il le fait.

Il devient figura, et il dégage un parfum “d’intouchabilité“ et de “gentillesse“.

Dur, d’être un prince inaccessible, sans tomber dans les excès.

Sa beauté plastique, est un atout, même si je le répète souvent, en blaguant, quoi que : la beauté n’est pas un critère tauromachique.

L’esthétique, en revanche, oui.

Et un Urdiales au sommet peut devenir beau, enfin, pour l’aficionado s’entend.

 

Dimanche, sous un ciel souris, l’un de ses dix costumes noirs sur le dos, José Maria a fait frissonner la gente féminine.

Sa facilité, l’entraine parfois vers le superficiel.

Et le Deuil, vers un ennui profond.

 

Son père lui manque, d’évidence, et il n’est pas une de ses sorties, sans ce petit geste fait au ciel.

 

Celui de Dax n’a pas pleuré, du moins pas pendant la course, ou plutôt, pas pendant ses toros.

Les fées, sans doute ?

Entre deux clopes, fumées en cachette dans le callejon, un large sourire a barré son visage (le premier vrai sourire que je lui vois de la saison) pas de ces sourires contraints des épaules de triomphe, non, un vrai, celui des instantanés de bonheur.

 

Sa corrida a été limpide. Vous savez un de ces jours, ou tout s’enchaine dans le bon sens, et que tout ce vous faites est empreint de sérénité.

Les “non piques données“, un geste, simple, et la canne se relève, un poisson d’argent et de sang qui gigote en silence.

Applaudissements

Les banderilles posées, justes, sans torsion au toro, l’aérer un peu, lui redonner moral.

Salut aux banderilleros

 

C’est cela que l’on a vu, la justesse absolue, un patron en piste, attentif à son entourage, jamais dédaigneux et précis dans ses ordres.

 

Ses deux toros, adaptés à son toreo, et dont le premier comportait quelques ressauts délicats à surmonter, avec ses coups de tête intempestifs, n’étaient que partenaires sérieux, pas de ces toros sans tête ou sans charge, que l’on peut voir souvent, les pattes en X.

 

Ça n’était pas non plus des monstres, mais on sait ce que l’on va voir quand l’affiche des cartels est donnée.

La Pietà de Michel-Ange, est de marbre de Carrare, il ne saurait en être autrement pour façonner l’œuvre.

 

Soyons clairs, Manzanares n’a pas avancé la jambe, mais il ne l’a pas reculée, non plus.

Sa ceinture est montée sur roulement à billes, et son temple : Un vol de colibri.

Aérien, léger, aspirant en douceur la charge de ses toros.

 

Certes sa muleta est une voile, large, emplie de vent.

Mais aussi pleine du souffle de son père, une main cristalline, et ferme.

Certes le costume noir ne se souille pas, mais on n’en est déjà plus là.

Il résout l’énigme, avec calme et précision.

 

José Maria ne monte pas au son du piolet, il est grimpeur à mains nues, le chaussons épousent la paroi, ne la griffent pas.

Pas de cris.

Des chuchotements au toro.

“Viens mon ami, nous avons des choses à nous dire, en secret, loin des humains.

Glisse toi dans le pli, comme au chaud.

Epouse le tissu, en harmonie, et suis mon poignet, celui des épures divines.

Ecoute, tu le sais, nous sommes ici pour cela, parce que nous devons tous mourir un jour, que celle-ci soit dans la gloire, et dans le son des musiques.

Je t’offre mon corps, et ma peur, ma beauté et mon humanité.

D’égal à égal.

 

Cette gifle donnée, n’est jamais un adieu, juste le dernier coup de burin qui dessine l’œuvre dans la pierre qui restera pour l’éternité

Le “recibir“, est la foudre qui tombe.

Et se meurt l’animal le temps d’un battement de cils.

Et la beauté sereine est fêtée par tous.

 

Le doigt levé au ciel.

Papa !

 

Il a juste été “énorme“ comme dit mon fils, dans son style.

Parce que les toros, certes “adaptés“ n’étaient pas que des faire-valoir

Son triomphe a été modeste, mais pas par lassitude, ou habitude.

Non, je crois qu’il était heureux simplement, parce qu’il savait que ces deux faenas, et ses deux épées étaient justes, la dernière hors norme.

 

Il a levé ses deux poings, déplié les doigts, et repliés ceux-ci sur la paume, comme les enfants lorsqu’ils font un “coucou“ aux adultes.

Un peu puéril, mais l’est-on vraiment quand on est matador, et sans doute le tueur le plus précis du circuit.

Je me fiche du nombre d’oreilles, je me fiche d’un tas de choses, je me suis levé pour l’applaudir, c’est rare diront mes amis. Mais ce dernier recibir est le plus beau sans doute, et le plus sincère que j’ai vu depuis mes cinquante années à racler la pierre des arènes, de mes jeans.

 

José Maria a passé la grande porte, le brouhaha s’amplifie, on se dit adieu, à l’année prochaine, on quitte avec le sourire et un peu de peine, ce cercle ou l’on est hors du temps, les amis, les copains, les voisins dont on ne sait au final pas grand-chose.

 

On imagine, le retour dans la limo, le jet privé.

La descente d’adrénaline, et les souvenirs qui remontent en surface au milieu des papotages qui l’entourent.

Cette joie du devoir accompli, teintée de cette peine que l’on ne surmonte jamais vraiment.

Quelques gouttes de pluie zèbrent le pare brise.

 

Les fées assises en cercles autour de José Maria père, entament la reseña.

Des louanges qui le comblent.

 

Que dire de plus : “il est béni des Dieux“

 

CHF