Quel plaisir d'assister à une novillada sin caballos dont l'affiche a permis de remplir les arènes de Bouillargues sous un chaud soleil d'automne avec un public connaisseur comptant beaucoup de jeunes dans ses rangs.

La peña taurina LA EMBESTIDA a pris à la lettre l'adage selon lequel sin toros no hay corrida. Pour cet événement participant au Trophée Occitanie soutenu par la FSTF elle a eu recours à des erales de 6 élevages français différents qui ont répondu aux attentes des aficionados.

Les erales sortis en piste étaient de fort belle présentation, bien armés, avec du fond et beaucoup de caste mais aussi de la noblesse à l'exception du sixième, manso. Ils ont occupé l'arène laissant peu de place aux piétons, novilleros bien sûrs (mais aussi aux péons expérimentés), qui ont dû faire avec leur courte expérience et leur courage d'où des difficultés à conclure à la suerte suprème et la perte de trophées qui auraient été mérités si...

« Lunero » de la ganaderia Alain TARDIEU s'est distingué emportant le trophée du meilleur eral. Fort, très présent et même exigeant, il aurait même pu être piqué. Chez les hommes, c'est Dorian CANTON d'Adour Aficion qui est sorti vainqueur de la confrontation malgré les difficultés à l'épée.

 

Á l'issue du paseo une minute de silence célèbre la mémoire des toreros, novillero, éleveurs et forcados morts depuis le début de l'année. Puis un prix est remis à la famille LAUTIER pour commémorer le 70ème anniversaire de la ganaderia François ANDRE.

 

Dylan RAIMBAUD a combattu le lot le plus compliqué. Son premier « Jugador » de chez François ANDRE, bien fait, montre d'emblée sa puissance et met au défi le novillero qui cède du terrain à la cape sans démériter. Après le quite d'El Rafi et les banderilles posées par les péons, il se fait désarmer d 'entrée, la muleta étant toujours touchée par l'eral qui le bouscule et prend la main. L'affrontement prend fin d'une épée imparfaite et basse. Applaudissements à l'arrastre et salut au tiers.

Ce sera encore plus compliqué pourlui avec le toro de l'après midi, « Lunero » d'Alain TARDIEU, un eral avisé et encasté qui désarme Dylan à la cape le poursuivant jusqu'à la barrière. El Rafi est bousculé pendant son quite avant qu'il en soit de même pour les banderilleros. Lunero ne passe pas ou se retourne comme un chat, un clone de Victorino. Il s'améliore en début de faena en acceptant d'allonger ses charges puissantes jusqu'à ce qu'il blesse Dylan à la cuisse. Celui-ci revient courageusement en piste en boîtant, il cadrera difficilement l'eral qui démarre avant toute sollicitation. Il tuera mal en quatre gestes dont une entière trasera et contraire après avis et conclue cette faena d'émotion d'un descabello rageur.

 

El RAFI doit faire avec « Indeciso » de TURQUAY qui entre en piste en rematant aux planches. Il le maîtrise à la cape avant de poser les banderilles pour lesquelles il est applaudi. L'eral se révèle tardo, peu réactif et sur la réserve avec quelques rares signes de faiblesse. Le novillero lui sert un toreo délié et dans le sitio sans bouger qui par manque de dominio se terminera par une bousculade sans conséquences. El Rafi le reprend et le couche en trois gestes dont une épée entière d'effet rapide. Vuelta.

Il sera moins à son avantage devant « Avatares » de chez GIRAUD, un eral vif qui se campe au centre de l'arène et dominera à la cape comme à la muleta, coupant les terrains. El Rafi le banderille puis sert des passes sur le passage sans pouvoir peser. Difficile à cadrer l'eral subira un bajonazo donné sur le passage lui aussi avant une deuxième épée trop verticale posée après le deuxième avis. Quelques applaudissements à l'arrastre.

 

Dorian CANTON reçoit avec décision et efficacité « Cazador », un DURAND, haut et vif qui remate violemment aux planches. Après le quite de Dylan Raimbaud et les banderilles où El Santo saluera, Dorian déroule une faena propre et bien construite bénéficiant de la charge et de la noblesse de son adversaire en prenant plaisir à allonger ses gestes. Il multiplie les changements de mains avec autorité. Il perdra les trophées à la mort qui nécessite trois tentatives et une série de descabellos. La présidence refuse d'accéder à la pétition de vuelta pour l'eral et accorde la vuelta au novillero.

Pas de chance pour Dorian avec un eral de la Paluna de Vincent FARE, « Bromeo », qui fait impression un court instant avant de se cantonner dans un rectangle de 100 m2 près du burladero n'acceptant d'en sortir que pour mieux y revenir. Après plusieurs tentatives infructueuses, Dorian se contraint à toréer dans la querencia avec autorité au moyen de méritoires séries dominatrices avant que l'intensité ne tombe, l'eral allant a menos. Il le tue après avis d'un pinchazo et d'un trois quart d'épée conclu par cinq descabellos. Á noter que malgré sa blessure à la cuisse Dylan Raimbaud a tenu à faire un quite à l'eral de son collègue.

 

 

En l'absence de trophées les résultats sont trompeurs puisque le bétail a été de qualité et les novilleros présents même s'ils ont connu des fortunes diverses. Bravo aux organisateurs donc. La réussite de la journée méritera d'être analysée pour en distinguer la recette du succès populaire.

Il s'agissait de la dernière NSP du Trophée Occitanie dont les lauréats meilleur novillero et meilleur éleveur seront connus prochainement.