Céret 2017, bon anniversaire l'ADAC !

 

Faire plaisir n'est pas toujours chose aisée. Pour honorer son fidèle public, la communauté de l'ADAC a mitonné pour ses 30 ans une affiche alléchante composée de trois corridas et d'une novillada. « Cerise sur le gâteau », s'il est permis d'utiliser l'expression, un effort a été fait sur le papier côté élevages avec des Miura, les Raso de Portillo déjà vus à leur avantage à Vic, des Saltillo et pour conclure les pupilles de Pepe Escolar, le tout sous les caméras de Taurocast avec les commentaires de Manolo Molès, secondé par José Luis Palomar. Á noter aussi la présence du club taurin de Madrid en la personne notable de « el Rosco ».

La réussite aurait pu être complète, malheureusement le feu d'artifice du 14 juillet a été terni par l'explosion des six paires de cornes des Miura en autant de bouquets d'esquilles et « astillas », ce qui ne donne pas une bonne image de l'éleveur qui ne pouvait pas ne pas savoir. Alors afeitado, aréglage ? 100% des cornes concernées cela fait beaucoup ! Souhaitons que l'ensemble des prélèvements puissent être analysés pour essayer de comprendre...

Mais ne boudons pas notre plaisir avec une bonne novillada, une corrida à l'ancienne offerte par les Saltillo et des confrontations entretenues avec les Escolar Gil. Du plaisir encore avec la confirmation d'Octavio Chacon qui est selon moi le meilleur liliador de cette féria. Du plaisir aussi au premier tiers lors de certaines prestations remarquées grâce à une cavalerie allégée et mobile pour qui sait ou veut en exploiter les qualités ; ont été distingués : David Prados Martin, Oscar Bernal et Gabin Rehabi. Du plaisir enfin avec trois quasi no hay biletes et un trois quart plein pour la novillada du matin. Merci l'ADAC et si l'affirmation de Clémenceau se vérifie - Tout ce que je sais, je l'ai appris après avoir eu trente ans – nous avons de bonnes « tardes » devant nous.

 

14 juillet – corrida - 6 MIURA 6 pour L. A GASPAR « PAULITA » - Octavio CHACON – Pepe MORAL

 

Les pensionnaires de Zahariche accusent de 610 à 650 kilos, sont longs et hauts dans le type de la maison. La présentation sera inacceptable comme déjà signalé, ils seront sifflés et protestés, le cinquième étant changé et remplacé par un Yonnet qui se casse la corne suite à un appel d'un péon et sera remplacé par un deuxième Yonnet. 16 piques en venant de loin sans logique dans la gestion des distances, dommage.

PAULITA salue au tiers après une épée entière donnée al encuentro à un taureau, court de charge, jouant de la tête, mieux à gauche qui le désarme à la muleta et qu'il doublera à sa sortie et lors du cadrage final.

Il tuera mal son second qui a une bonne charge et présente une noblesse certaine.

Octavio CHACON va au bout de ses gestes en étirant ses passes. Il torée juste avec souplesse et dominio avant de coucher son adversaire d'un ¾ d'épée basse et plate, un avis et trois descabellos. Salut au tiers.

Il profite du sobrero de Yonnet pour réaliser une faena de qualité sur les deux cornes à un taureau noble et présent. Après un final encimiste il conclue d'un pinchazo et d'une entière engagée et décisive après avis qui lui vaut une Oreille. Applaudissements à l'arrastre.

Pepe MORAL est aux abonnés absents. Il n'assume pas devant son premier, un taureau difficile sur les deux rives et qui a la tête chercheuse. ½ épée, 3 descabellos, sifflets et idem à l'arrastre.

Á son second, la faena laborieuse se termine par 2 pinchazos et une entière basse et en avant.

15 juillet – novillada - 6 Raso de Portillo pour Mario PALACIOS – Daniel GARCIA NAVARRETE – Maxime SOLERA

La matinée a été chaude et légèrement ventée pour les ¾ d'arènes et surtout les jeunes plus ou moins prêts à affronter les Raso de Portillo conformes aux spécimens combattus à Vic mais qui ont eu un comportement différent ; y-a-t-il des Raso des jours de pluie et des Raso des jours de canicule ? 18 piques données toutefois dans des styles différents. La novillada a été forte et applaudie dès l'entrée, en particulier Ulano sorti en cinquième position et qui était formé comme un véritable taureau de quatre ans. Côté des hommes très peu de gestes novérils exceptées les deux porta gayola de Maxime Solera, aucun des trois ne posera les banderilles ou n'effectuera le moindre quite.

Mario PALACIOS n'ira pas chercher ce novillo sauteur, en particulier à la pique, qui a la tête chercheuse et de ½ charges. Il le tue en trois gestes d'une demie épée portée en arrière de la croix.

Son second remate aux planches subit des piques sévères et baisse de ton. Après avoir été doublé il donne un avertissement à Mario qui semble hésiter, se fait désarmer et écourte la faena d'un 1/3 d'épée nécessitant un descabello.

Daniel GARCIA NAVARRETE mérite d'être revu même s'il n'a pas totalement convaincu. Il entame à main gauche devant un bicho qui demande de la vigilance tout en étant noble, alterne sur les deux cornes. Il saluera après avoir peiné à la mort qu'il délivre en quatre gestes.

Le picador est applaudi avant que les banderilleros soient contraints à effectuer quatre passages pour parfaire leur œuvre. Prenant acte d'un avertissement le novillero déroule un toreo appliqué avant de se faire surprendre et se faire bousculer dans le dos (blessure sans gravité ayant nécessité son évacuation à l'infirmerie). Palacios se défait de cet adversaire exigeant en deux gestes.

Maxime SOLERA a fait montre de courage et de générosité comme il l'avait fait à Boujan, son registre étant encore limité. Il accueille les deux exemplaires a porta gayola, le second sautant au dessus de lui. Son premier se défend en se retournant sur le leurre. Le corps à corps génère de l'émotion. Maxime tue d'une entière tendue posée en arrière ; sa particularité n'est pas un avantage : bien que gaucher, il manie l'épée de la main droite et le descabello de la main gauche.

Bis repetita à son second qui après l'avoir sauté à la sortie le désarme à la cape. Le tiers de pique fera se lever l'arène pour une prestation remarquable de Gabin Rehabi, montant un cheval qui ne lui est pas habituel, donnant quatre piques à un novillo à la charge très puissante. Dans son style Maxime gagne du terrain en baissant la main avant une série de naturelles méritoires. Il se fait désarmer, subit une voltereta et conclue d'une épée de gendarme. Vuelta au novillero et vuelta au novillo.

Gabin Rehabi cumule les prix du club de Bruxelles et de l'ADAC, fait la vuelta (la première d'un subalterne sous l'égide de l'ADAC) et salue en dédiant son succès à la mémoire de Jean Louis Fourquet.

 

15 juillet – corrida 6 Saltillo 6 pour Francisco Javier SANCHEZ VARA – Manuel Jesus PEREZ MOTA – Gomez del PILAR

Ce fut une corrida à l'ancienne avec du bétail difficile à dominer par sa mansedumbre et son genio. 14 piques pour les cinq premiers et une douzaine pour le manso sorti en sixième position.

SANCHEZ VARA fait preuve de métier pour lidier Vendaval qui jette les pattes en avant et met la tête dans la cape. Gabin Rehabi aura fort à faire avec la charge violente et désordonnée du bicho, « un diable », qui l'empêche de bien poser les piques et a failli le désarçonner ; il finira blessé à l'épaule. Le maestro réussit à faire baisser la tête et à réduire les hachazos. Il le tue d'un pinchazo et d'un bajonazo.

Il hérite ensuite d'un adversaire exigeant qu'il banderille lui même en compagnie de Raul Ramirez Rodriguez au saut à la perche. Ce taureau tardo sera celui d'une seule série et de gestes isolés, il tombera d'une entière. Vuelta pour le torero.

PEREZ MOTA n'est pas au mieux se montrant hésitant et prudent il sera blessé légèrement à la gorge par le Yonnet qui supplée le titulaire changé pour un problème de motricité peu évident. Sanchez Vara le tue d'une vilaine épée.

Son second provoque un batacazo d'anthologie et fait rouler le cheval d'Oscar Bernal ; il pousse mais sort seul et accule cheval à la barrière. Hormis cela il sera impossible de lier des passes. Epée entière contraire et delantera suivie d'un descabello.

GOMEZ del PILAR est un inconnu, il mènera une faena trop longue et laborieuse heureusement précédée d'un bon tiers de pique à l'avantage de David Prados Martin. Le taureau avisé et sans charge ne concède que des passes isolées. ½ épée après un avis et deux descabellos.

Impossible sera Ruiseño aussi bien à la cape qu'aux piques et aux banderilles. La cuadrilla n'essaye pas de le mettre en suerte d'où une série de puyazos donnée en accompagnant le taureau au toril. Peut-être le chef de lidia aurait'il dû intervenir ! Après une poignée de passes de muleta arrachées il consent de laisser sa vie par une épée en arrière et tendue suivie de deux descabellos. Salut au tiers.

Les prix de la Muleta d'Arles et du club de Bruxelles sont attribués à David Prados Martin, celui de l'ADAC à Oscar Bernal.

 

16 juillet corrida – 6 Escolar Gil 6 pour Fernado ROBLEÑO et Alberto AGUILAR

Ce mano a mano a vu deux toreros au comportement différent mais qui ont en commun de se rassurer en hurlant quelles que soient les circonstances ; c'est pénible à supporter. Le bétail présentait des ramures de grande qualité et a été protégé par le péonage (Sergio Aguilar et Ivan Garcia entre autres) qui se sont appliqués dans les tâches qui leur revenaient ; les banderilleros salueront trois fois.

Fernando ROBLEÑO réussit à dominer un taureau bien présent qui charge droit et baisse la tête même s'il est moins aisé à main gauche. Il perd un trophée à la mort mal conclue d'un pinchazo et d'un bajonazo. Salut au tiers.

Son deuxième a une bonne charge plus à droite qu'à gauche et il alterne sur les deux cornes. Mauvaise conclusion avec deux pinchazos, un ¾ d'épée contraire en arrière et deux descabellos.

Son troisième ne se livre pas, tourne court en donnant de la tête. En liliador Fernando le contraint en fin d'une faena qu'il conclue d'un pinchazo et d'une entière tombée après avis.

Alberto AGUILAR accueille une vrai bombe superbement armée qui se révèlera avisé et dont il ne pourra se défaire. Il abrège la confrontation d'une épée un peu basse et plate suivie de quatre descabellos.

Plus aisé de cornes son deuxième concède une faena agréable à suivre avec de belles séries de naturelles. Epée contraire après avis. Applaudissements à l'arrastre et une première Oreille.

Muni d'une armure large et ouverte son troisième s'engage dans le cheval avec les deux cornes et pousse. Brindis à son compagnon. Alberto déploie de belles séries à droite et sur interpellation confirme à gauche. Il le tue d'une entière à une Oreille et vuelta pour Sevillano le meilleur du lot.

La morale de cette histoire : pour gagner il faut marquer !

Les prix au meilleur picador ne sont pas attribués.

 

« Quand on a vingt ans, on pense avoir résolu l'énigme du monde ; à trente ans, on commence à réfléchir sur elle et à quarante, on découvre qu'elle est insoluble »(August Strindberg). Bon vent à l'ADAC !