Samedi 14 juillet 2018, 18h – toros de SAO TORCATO -

La féria de Céret 2018 s'est ouverte le 13 juillet avec un élevage inédit en France n'étant pas sorti en corrida à pied depuis des lustres. On a retrouvé là l'esprit de découverte commun aux membres de l'ADAC. Les toros portugais, Sao Torcato, sont d'origine Pinto Barreiros, ils se distinguent par leur volume et des défenses particulièrement développées mais pas franchement belles. Ont accepté de les affronter Fernando Robleño, l'habitué des lieux, Javier Cortès, repêché grâce à l'aficion française, venant de bénéficier de trois contrats à Las Ventas et Juan Leal qui devait être revu après sa prestation istréenne devant les Curés de Valverde, sujette à moult discussions.

Fernando ROBLEÑO doit faire avec un toro de 500kgs qui prend 3 piques sans trop pousser et d'une corne et suit aux banderilles. Brindé au public la confrontation débutera oar des doblones méritoires précédent des séries droitières. Un seul essai sera tenté sur la corne gauche qui s'avère délicate. Retour à droite pour un final des deux mains montrant la noblesse du taureau qui sera occis d'une entière légèrement tombée mais efficace. La pétition minoritaire permettra l'attribution d'une Oreille.

Son second de 480kgs, remarquable par son encornure, est applaudi à son entrée en piste. Il sera conduit au cheval par trois fois sans s'y employer. Fernando délivrera des séries de passes sans peser, se montrera violent dans ses toques et usera de la voix pour porter sur le public. Le bajonazo qui le couchera entraînera un silence respectueux...

Javier CORTES « bénéficie » d'un cornu au berceau ouvert et généreux qui sera difficile à fixer et joue de la tête. Méfiant, il est délicat à mettre en suerte et va mollement au cheval pour trois rencontres où il se défend. Sournois aux banderilles, il poursuit les hommes jusqu'aux barrières. Une séries de trincheras puissantes le conduira au centre pour une démonstration de maîtrise de la fougue sauvage commencée sur le côté gauche et restera constant dans son comportement jusqu'à cet encuentro opportuniste suivi d'une entière engagée portée en avant ; une Oreille.

Belle prestation à la cape à son second avant trois assauts au cheval, la première pique carioquée, la deuxième ratée et reprise deux fois, la troisième en se défendant de la tête dans le peto. Il faudra quatre passages aux banderilles avec un salut à la clé. La faena sera une confrontation violente où les tentatives sur les deux cornes ne parviendront pas à le réduire mais en avait-il envie de l'être ! Final par des passes de châtiment, un tiers d'épée suivi d'une entière nécessitant deux descabellos.

Juan LEAL entre avec beaucoup d'engagement mais il se fait désarmer à la cape. Le taureau pousse lors des deux piques et fait une vuelta de campana en sortie de la deuxième. Il se montrera compliqué aux banderilles. A-t-il tout donné ? Il est bouche ouverte dès la première série à droite et montre des signes de faiblesse, fléchissant des antérieurs. Le torero délivre des séries de passes sans dominio qui lassent le public. Il tue mal d'une épée très basse qui sera retirée avant une entière atravesada. Silence.

Son second est doté de défenses de mamouth tournées vers le bas, il sera vite fixé à la cape. Fernando Robleño participera à une mise en suerte des trois piques, la première prise en en poussant, la seconde pompée, la troisième pour la charge à la demande de la présidence. La faena commencée par un avertissement sera menée sans se croiser et de manière un peu superficielle. Le taureau devient tardo, s'avise et surprend Juan Léal qui se fait prendre deux fois dont à l'estocade pinchée suivie d'une épée trop plate. Après avis et trois descabellos le public siffle.

Au final des taureaux à découvrir mais qui ont parfois manqué de classe voire de force. Le vainqueur est indéniablement Javier Cortès par sa technique de domination à son premier et son abnégation à son second. Fernando Robleño à son premier sans avoir suffisamment insisté à gauche. Juan Léal est courageux, il a de la technique mais il s'enferme dans une manière de toréer trop portée sur le paraître et non sur la domination du taureau ; il peut mieux faire.

Dimanche 15 juillet 2018, 11h - 2 Maria CASCON 4 Raso de PORTILLO - 

Le Président de l'ADAC annonce que seuls deux Maria Cascon seront lidiés et sans sobrero les certificats ne permettant pas d'établir avec certitude l'âge de deux des novillos présentés ; désordre à la ganaderia ou manipulation ? Toutes précisions seront appréciées.

Des trois novilleros présentés Aquilino Giron se distingue.

Angel JIMENEZ hérite d'un Raso de Portillo qui après deux piques, la seconde poussée, ralentit sa charge et plante deux fois la corne dans le sable. Á part quelques naturelles aidées on ne verra pas grand chose. ½ épée verticale et en avant.

Devant le deuxième Raso de Portillo, il délivre une bonne prestation à la cape. Après les deux piques, la première poussée, la noblesse du novillo permet une faena élégante et en souplesse déclenchant la musique. Il meurt bouche fermée après une série d'un pinchazo, un ¼ d'épée, une entière contraire et six descabello après un avis. Applaudissements à l'arrastre et salut au centre.

Curro DURAN doit faire avec un novillo, un Maria Cascon qui est le roi du contrepied. Le problème sera spectaculairement réglé dès la première pique. La pose des banderilles sera toutefois compliquée. Á la muleta le novillo réfléchit avant de s'élancer et ne permet aucun enchaînement. Il tombe à la suite de trois pinchazos, quatre descabellos et puntilla après avis. Quelques sifflets à l'arrastre et silence.

Son Raso de Portillo est un quasi taureau qui sera très présent à la cape. Il subit une longue et belle première des trois piques qui valent des applaudissements au picador. Brindis à Maxime Solera qu'il remplace. Le novillo sera réservé à la muleta comme au cheval donnant des coups de tête au passage. La prestation est coclue de trois pinchazos et d'un ¾ d'épée atravesada.

Aquilino GIRON doit faire avec le deuxième Maria Cascon un vrai toro acapachado mansote qui sort lessivé des trois assauts au cheval. Délicat aux banderilles. Accueil au centre par des cambiadas puis il déroule une faena où le novillo passe près du corps, un novillo noblito mais manquant de chispa qui se réfugie dans sa querencia. Une entière engagée verticale et en avant lui vaut une Oreille. Applaudissements à l'arrastre.

Pour accueillir son Raso de Portillo, il effectue une série de quatre largas afarolas de rodillas. Suivent trois piques la première longuement poussée. La faena démarre par des statuaires mais le manque de force du novillo fait que la confrontation alternée sur les deux cornes manque d'émotion. Cela se termine par un désarmé puis une entière donnée avec beaucoup d'engagement nécessitant un descabello et l'usage de la puntilla.

Dimanche 15 juillet, 18h - toros de Juan Luis FRAILE

Les toros sont de très belle présentation et bien dans le type. De manière générale on peut dire qu'ils furent supérieurs aux piétons une appréciation qu'il faut nuancer compte tenu des qualités qu'ils présentaient bien supérieures à la moyenne. Les spectateurs ont eu droit à de l'émotion, « la vraie » de quoi ne pas regretter d'avoir fait le choix des toros en cette tarde de finale du mondial avec les Bleus.

Octavio CHACON est dominé à la cape par son adversaire sans avoir démérité. Il faut savoir composer avec plus fort que soi. Le taureau charge après réflexion sans trop s'engager dans le cheval pour trois piques. Entame de faena à gauche puis alternance sur l'autre bord dans un contexte de bagarre avant qu'il ne se réfugie en querencia où il consentira la seule série de trois passes. Chacon écourte et tue ce taureau décasté d'un pinchazo et d'une demie nécessitant trois descabellos.

Le plus beau et le plus grand taureau de la soirée sera pour lui. Le travail à la cape sera un round d'observation avec un homme qui sait ce qu'il sait et va faire et un taureau qui ne s'en laissera pas compter. Ce dernier échappe à la première pique puis pousse de la seule corne gauche, il va à la deuxième sans conviction, charge depuis le centre de l'arène à la troisième en poussant d'une seule corne, est à distinguer à la quatrième pour la charge et subira un regaton au cinquième assaut alors que Chacon demandait une pique.. Le taureau sort de cette épreuve sans donner l'impression d'avoir perdu de sa puissance et il prend de vitesse le piéton qui ne le maîtrisera jamais. Quel beau et bon taureau. La présidence lui accorde la vuelta et concède une Oreille à Chacon. On peut toujours ergoter sur la présence insuffisante du taureau dans le peto ou sur l'échec relatif du torero mais il restera la puissance du taureau et l'abnégation d'Octavio Chacon qui n'a jamais renoncé. Rien ne justifiait les sifflets adressés injustement à Chacon.

JOSELILLO effectue d'emblée un joli travail à la cape donné à ce qui paraissait un bon taureau, mais vivra ensuite l'épreuve des piques en manso avant de semer la panique aux banderilles. Très motivé, Joselillo démarre par des doblones à genoux. Par la suite il ne réussira pas à lier des passes. Le final aux planches lasse le public avant que Joselillo mette un terme à sa prestation de trois pinchazos et quatre descabellos. Sifflets à l'arrastre.

Son second taureau est applaudi à son entrée dans l'arène. Il cherche de la tête mais embiste avec puissance. Il sera difficile à mettre en suerte pour les trois mauvaises piques données la première carioquée contre la barrière. Il sort du premier tiers à genoux. Joselillo le double bien en le conduisant au centre. La faiblesse réapparait à partir de la troisième série d'où une faena heurtée et lassante le torero prenant trop tardivement la main gauche. Une demie épée donnée au centre amène le taureau à aller mourir en brave aux planches.

GOMEZ del PILAR, tout de blanc vêtu, jouera le registre novillero avec une larga afarola de rodillas à son premier et une porta gayola risquée à son second ; était-ce le jour compte tenu de ses adversaires ?

Après trois piques dont il sort seul de la troisième, le taureau accepte le toreo volontaire de Gomez del Pilar, passe dans la muleta mais se retourne vite. Le torero pliera rapidement les gaules à main gauche. Final par manoletinas et un bajonazo. Salut au tiers et marseillaise a capella...

Au second Gomez del Pilar se positionne au centre de l'arène pour une porta gayola que le bicho ignore dans un premier temps avant de l'accepter en suerte contraire. Il ira aux piques en manso et logiquement sera délicat à banderiller. Brindis à Octavio Chacon. Le taureau ne permettra pas de lier les passes. Le torero conduira une faena profilée ponctuée de gestes à destination du public. Il se fait bousculer à l'estocade effectuée d'une demie lame et, après avis, peinera a descabellar ce que l'on peut comprendre.

Au final Céret 2018 a permis de voir des taureaux, des inédits, des estampes qui n'ont pas tous eu cette chispa qui fait vibrer et aussi des toreros courageux sachant que c'est le classicisme qui l'a emporté. Un bilan de quatre Oreilles et une vuelta à « Sortijero ». Se sont distingués Javier Cortès, Octavio Chacon et la révélation Aquilino Giron.