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champagne tiède

 

 

Tiède champagne

 

 

 

Ce que j'ai vu.

La corrida d'hier ressemblait à s'y méprendre à une de ces réceptions proprettes, dont les sous préfectures ont souvent le secret.

Une sorte de garden party ou de jeunes bobos se mélangent allègrement avec de vieux aristocrates.

Les brumisateurs célestes ayant rafraîchi l'atmosphère, le champagne fut pourtant servi tiède.

Je prétends que la réception, la veille, du tsar: Yvan le vaillant, a douché une partie de l'enthousiasme débordant d'une aficion plutôt encline aux oreilles...et que malgré tout, chacun gardait en bouche le goût du caviar consommé la veille, face aux canapés fades, du jour.

Des six toros présentés, dont on ne sait plus trop bien qui les a choisis, on en gardera deux, le second de Manzanares et le dernier pour Luque.

Vous le savez tous, dans ce genre de réception, comme de dîner, il y a toujours un vieux bonhomme qui vous refait la guerre...parfois l'anecdote est bonne, parfois, elle est tellement ressassée qu'elle vous ennuie à mourir.

C'est ce qui se passa avec Enrique Ponce pathétique sur son premier, qu'il ne toréa pas, et qu'il tua mal d'un bajonazo de forban..accusant, tour à tour le toro, le sable et l'épée..de l'avoir trahis.

Sur son second et alors que l'on s'acheminait vers le même résultat, il réussit à bloquer son toro, dans les planches, au soleil, alors conscient que son auditoire s'ennuyait, il sortit sa meilleure anecdote, et durant quelques minutes il redevint l'élégant lieutenant qu'il fut des temps jadis..il tua bien et reçut quelques honneurs..trouvant un intérêt à son propos élégant.

Le jeune aspirant Luque s'était trompé de soirée, il se rendait à une de ces “raves party“ ou le bruit est appelé musique, ou l'on se travestit et ou l'on confond le mousseux au meilleur champagne, on le laissa au petit salon, seul avec son I Phone...une épée sincère lui permit toutefois d'obtenir quelques soutiens et applaudissements un peu forcés...

Puis apparut le lieutenant Manzanares, revêtu de sa grande tenue d'apparat de l'ordre de la sainte confrérie du G...X ((X) puisque l'on ne sait pas trop combien ils sont aujourd'hui)...

Une classe naturelle, une aisance qu'ont seuls ceux qui proviennent d'une caste supérieure, il fit ses hommages du bout des lèvres à l'arène du plumaçon.

Son premier toro aussi vite oublié que la plupart de ses congénères ne le servit pas. C'était un toro de la plèbe, Notre Lieutenant n'y trouvant aucun intérêt, le fit exécuter...

Las, il raconta son duel avec son second, un autre forban de basse couche qui traversait le champs d'honneur sans respecter les règles, poussant ça et là la cavalerie qu'il fit tourner en bourrique.

Poursuivant ça et là quelques sabreurs jusqu'aux planches dès les bâtonnets posés, et le poussant lui, le grand bretteur, à se battre pieds à pieds.

Face aux deux poignards du sournois, José Mari dut sortir sa botte secrète, un récibir parfait qui lui octroyait lui aussi un trophée...

Fort heureusement, la réception ne dura pas.

On baillait élégamment, dans le boudoir, d'un ennui poli, quittant les ors de la sous préfecture, sans regrets, pour se replonger dans les rues ou le peuple fêtait Sainte Madeleine pour sa deuxième soirée...

 

CHF