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CHIFFONADE....

Je ne sais plus qui, un jour, me lança un toi tu es un aficionado Sévillan.

Ceux qui me connaissent le savent, je n'aime rien tant qu'un toro qui sort avec des pattes, du cul et des cornes.... les 3 canons terrorifiques ...derrière celà, il faut du suspens, que ce toro sorte droit, la queue levée au ciel au moment de la charge, la tête en avant, ne pas lancer les pattes, courir droit, rémater les planches, suivre les leurres et les humains jusqu'aux limites et puis supporter la pique, mettre les deux cornes dans le peto, pousser,mettre les reins, faire l'avion sur les deux bords, et mourir en brave muffle fermé...et pour tout celà il faut des toreros respectueux, et alors oui, on peut commencer à se poser les bonnes questions sur l'élevage...la lignée etc etc...et c'est pour ces raisons précédentes que je n'aime pas les indultos de pacotille...suivez mon regard...

Andres Roca Rey me rappelle tour à tour, Sébastien Castella (il a la même propension que Sébastien à se mettre les toros dessus comme il le faisait à ses débuts) et la même attitude dans la costruction de ses faenas, même débuts, même conscience du terrain, il a quelque chose de José Tomas, ce détachement du corps, l'acceptation de la prise de risque, et la profondeur de passe de la muleta, il a ce que les grands anciens appelaient le duende, il capte et bonifie ses toros, avec un rythme adapté à son adversaire du moment.

Une soirée douce d'été, après le feu du jour et une grande corrida, nous discutions avec l'ami Bernard spécialiste de la pique et du toro toro, de ce que nous avions vus. Pour ma part, j'avais apprécié la course, et occulté en partie le toro qui n'avait rien de ce que mon premier paragraphe traduit...non, là, on était dans le suave, le languissant, l'hypnotique..le toro pas tout à fait faire-valoir mais collaborateur suave et aux charges alanguies permettait au maestro Ponce d'étirer ses passes en se croisant un peu plus qu'à l'habitude, la musique pas préparée le suivant dans son oeuvre, un moment suspendu...l'épée concluante, et ce toro trés noble avec un fond de caste qui lui donnait ce statut de toro de combat mourant le muffle fermé aux pieds du maestro, lui même paraissant étonné.

je me souviens de la bataille de mot, mon intransigeance mise à mal, j'avais aimé cette faena, et je l'avais goûtée comme le flot d'une rivière tranquille bordée d'arbres dont les branches tombent jusqu'à l'eau...quelque chose d'apaisant, vous voyez?

Hier Roca Rey, la télévision masque les aspérités, les risques, les images selon les angles ou cachent ou dévoilent qualités et défauts...le premier toro de Roca Rey changé, laissa place à Un conde de mayalde qui happa le jeune homme dès les premières charges. Je me souviens de David Mora emporté de la même manière...de l'extérieur presque rien, mais la violence du choc, la tête, le dos qui heurtent le sol, le piétinement de l'animal et la brulure de la corne dans les chairs...

Roca Rey revient..et sort ce toro de Parladé, un fond de caste, mais mansote, mais dont il faut prendre soin, aller chercher les qualités en prfondeur...qui me fit penser un instant à appuyer sur le bouton OFF de la télévision,

Mais voilà...Roca Rey me plait, depuis ses débuts en France ou je l'ai vu arriver...

Soudain, la main se baisse, la ceinture se détend, il oublie le boitillement héritage immédiat des six centimètres de cornes dans ses chairs...il étire le bras, il se détend encore, et la faena prend corps, laisser la distance, laisser récupérer l'animal essoufflé. Au micro, l'immense César Rincon lance des olé de gala, Rey laisse la distance au toro lui redonner l'avantage, du moral, à aucun moment il ne l'étouffe, et l'air de las Ventas fleure bon les berges de l'Agualquivir...

Et puis l'épée, profonde, donnée sur la corne, et j'emm....le Juli et tout les types qui contournent la tête pour tuer au cul, la mort est rapide, fluide, inéluctable, celle d'un adversaire respecté...Ensuite c'est l'hystérie collective, preuve peut-être des frustrations des oreilles de pacotilles remises aux soupirants...

Le roi qui criait à Séville aime moi, le sait bien, il vient d'écrire une magnifique page taurine. C'était bien de la chiffonade car qui se souvient déjà) du nom du toro, du nombre de piques etc etc etc....pas grand-monde et pas moi..mais la distance entre la corne et le tissu, la lenteur, le dessin dans le sable que fait le chiffon, la sincérité de l'épée, oui...

Je n'ai pas encore vu, si Pablo Aguado, et Roca Rey seront au cartel ensemble, quelque part, mais celui qui aura fait ce pari peut augmenter le prix des places...jouer l'abono là dessus, tant les deux garçons ont éblouis les deux immenses places de Séville et Madrid.

Un duel à distance? Peut-être, un renouveau certain pour sur....au delà des toros....de l'arte, et du sérieux..une belle partie de chiffons à venir. 

CHF