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Christian et Christophe...ce douloureux silence.

Comme beaucoup sans doute, j'ai reçu hier un coup de poing à l'estomac en apprenant la mort de Christophe Dominici.

Le suicide est le signe d'une détresse intense, dont la mort semble n'être que la seule solution, d'après les psychiatres.

Aujourd'hui est aussi l'anniversaire de la mort de Christian Montcouquiol, mort le 25 Novembre 1991. 

Les points communs entre les deux, s'arrêtent aux personnalités fortes de chacun, leur notoriété, et leur incapacité à supporter ce que chacun d'eux portait comme un échec...Christian ne plus pouvoir toréer, Christophe ne plus pouvoir être...après avoir été pour Christian un immense toréro portant les couleurs Francaises au delà des places taurines tricolores, et pour Christophe l'une des toutes premières stars du Rugby business reconnu mondialement.

C'est le même choc que j'ai pu ressentir lors de l'annonce de la mort de chacun, je ne sais pas pourquoi, mais ces types font partie de nos vies, ils l'ont marquée. Même si à l'échelle du risque l'acceptation était différente entre l'un et l'autre.

Quand les mèdecins suffoqués, virent Christian Faire quelques pas entre les barres de kinés, lâchant les deux rampes et se tenant debout, il y eut comme une bouffée de surnaturel, un espoir de guérison là ou il n'y eut au final qu'un immense doute, avant l'abandon. Car comment vivre paralysé, ne plus se sentir tout à fait un homme, pire ne plus être un torero. Avoir en face de soi son propre miroir celui de la solitude face à soi, sentiment renforcé sans doute quand l'immense Julio Robles lui rendit visite, anéantissant certainement d'un coup les ultimes espoirs de guérison, et mettant en avant ses propres faiblesses. Avant que son bras mort ne lui laisse plus aucun espoir de renaitre des cendres de la pire des blessures, celle que l'on découvre chaque matin au sortir des rêves de la nuit ramenant à une réalité désespérante.

Christophe n'a pas connu la blessure, celle qui laisse déchiqueté, l'âme et le corps, mais ses démons internes, sa propension a vivre tout à mille à l'heure, cette ascension vers une gloire toujours éphémère, et la lente dissolution de la vie de star, à celle du commun des mortels...insupportable...invivable. Sa vie professionnelle était remplie, mais les échecs d'après Rugby dans le milieu même qui le fit roi, l'affectèrent au delà de ce que nous pouvons en comprendre, il avait tenté un challenge pour lequel il s'était engagé totalement en voulant reprendre le club de Béziers. L'affaire ne se fit pas, sous l'oeil de la presse et des médias, pire à trop vouloir prouver, il se fit moquer et devint la risée d'un mundillo dont personne ne mesura sans doute l'intolérable cruauté le marquant intimement profondément. Les choses se dévoilent, les langues se délient et on parle de la mort de sa soeur dont il ne s'était jamais vraiment remis, ses faiblesses, ses démons dévorants, un spleen à la mesure de celui décrit par Charles Baudelaire, s'ajoutant à l'incapacité de vivre l'après gloire, avec l'échec comme unique ressenti....

De ces deux hommes, restent les images, de courage, de présence, de triomphes et de mémoire littéraire et médiatique mais aussi de l'abandon face à un monde qui ne peut plus être le leur.

Le dernier point commun est le geste défnitif choisi, fruit d'une lente et terrible descente aux enfers de l'âme, et aujourd'hui ce profond et douloureux silence.

CHF