De gauche à droite : Laurent Lucasson, président de "A las Cinco de la Tarde", 
Benoit Duloste, président de   de "A Los Toros", François Roux, le  conférencier

Le samedi 18 février 2017, la peña “A Los Toros” de Mont de Marsan et la peña “A Las Cinco de la Tarde” d’Hagetmau ont co-invité François Roux, grand aficionado et ancien directeur des abattoirs Alazard et Roux de Tarascon, à donner  à  Mont de Marsan une conférence sur le tercio de pique.

Voici le compte rendu qu’en donne Christian Frizzi :

ET MAINTENANT…..

 

Les organisateurs, la pena “A los toros“ de Mont de Marsan et “A la Cinco de la tarde“ représentées par leurs présidents respectifs ont tapé dans le mille, si l’on en jugeait par la salle bondée d’aficionados curieux qui animèrent par leurs questions une soirée fort intéressante.

François Roux donne sa conférence sur la pique, ce qu’elle est, et ce qu’elle devrait être.

L’homme est élégant, et sa magnifique paire de bottes de campo vous place tout de suite dans l’action.

On va parler simple et échanger surtout avec un homme de terrain.

Toute sa vie est à l’approche des animaux, de par son métier de “Chevillard“ (nom tiré du crochet ou l’on suspend les animaux de boucherie) le négoce animal (la “cheville“ donc, il connaît), il a été co-directeur d’un abattoir avec son frère, et par extension, pour connaître ce métier il faut connaître les animaux.

Lui, sa passion ce sont les bovins, et parce qu’il est d’une terre de toros, plus particulièrement le “toro bravo“.

Des toros vivants il en a vu un paquet, en corridas, mais aussi et surtout en privé, mieux,  il a pu lors de ces tientas privées ou l’animal est tué, expérimenter des comparatifs de la plupart des piques existantes.

Des toros morts il en a vu des centaines, et comme il récupère les carcasses des toros de combat, il a pu ainsi étudier les blessures occasionnées, les lésions tissulaires, musculaires et osseuses et d’autres choses encore.

C’est ce qui le rend passionnant.

Pendant vingt années, il a collationné des informations, étudié, et poussé des recherches pour obtenir des données fiables sur ce tercio qui intrigue tant et qui repousse souvent l’aficionado néophyte et fascine les convaincus.

….Un char d’assaut dont la musculature se situe à l’avant de l’animal…

Il commence par cette phrase: “le toro bravo est un formidable char d’assaut dont les structures physiques participent de ce pourquoi il est fait : “le combat.“

Suivent ensuite des planches anatomiques très intéressantes qui servent de rappel sur la musculature du toro.

La musculature du toro se situe en bref, du cou à la naissance du dos (plat ou ensellé) peu importe. 80% de la musculature se situe là, c’est ce qui permet au toro de se battre, se défendre, mais aussi de soulever les chevaux comme on le voit parfois, et lutter contre ses congénères.

L’avant du toro c’est la force, l’arrière c’est la charge.

Les muscles sont liés entre eux, sous la forme de “chignon“ et s’imbriquent les uns aux autres, les vues de dessus et de profil nous indiquent bien cette structure, le toro ne possède pas d’omoplates, mais deux cartilages (en forme de gros croissants) imbriqués dans cette musculature.

Il nous montre également les terminaisons nerveuses qui courent à l’arrière du morillo et qui sont totalement exposées.

Enfin les muscles en profondeur et notamment le muscle buccal qui permet l’ouverture de la bouche sauf si l’animal a la tête beaucoup trop penchée, on comprend mieux les langues pendantes.

Pour ceux qui ont eu le plaisir de lire Marc Roumengou, ou encore Fernando Marcet par exemple, avec leurs différents travaux sur la pique reconnaissent là ces dessins.

Là où ça devient intéressant c’est quand notre homme nous explique la corrélation des endroits où l’on pique et le comportement du toro en piste puis les lésions occasionnées

visibles en “post mortem“.

De manière simple, les dégâts les plus importants mais également les plus handicapants pour le toro sont : les piques sur l’épaule, et les piques “en arrière“ les premières touchent régulièrement le cartilage en question (celui qui remplace l’omoplate) le second la motricité du toro.

Les relevés sous forme de tableaux montrent les résultats du genre :

Torero…toro de (encaste), poids, nombre de piques, bien données, mal données, lésions relevées…

Il utilise à plusieurs reprises le terme de muscles “hachés“ ce qui implique que le picador a “pompé“ occasionnant plusieurs passages, lacérant les muscles à de nombreux endroits et jusqu’à des profondeurs frôlant les 30 Cms. (moyenne de 15 à 20 Cms).

Il explique en substance le résultat sur le comportement du toro qui le plus souvent s’arrête, soit parce que les muscles continuent à se déchirer (épaule) soit parce que le muscle “buccal“ est touché et que le toro ne peut plus respirer, soit parce que les nerfs en surface du dos lèsent les moyens locomoteurs…

Une fois les données sur les sites de pose des piques et le résultat occasionné, François Roux va argumenter sur la puissance du toro, et sur les différents types de piques.

La discussion sur ces piques est ouverte depuis l’arrivée de la pique dite “Andalouse“.

Un rappel simple : “les toros (dits commerciaux) étant de plus en plus faibles, la pique dite “Madrilène“ a été abandonnée au profit de la pique dite “Andalouse“, ou encore celle dite de “Bonijol“…

Partant du principe qu'un toro qui ne pousse pas sous le fer ne peut être toréable au troisième tiers, mais que la pique “Madrilène“ les épuisait rapidement, la pique plus petite devenait une nécessité.

Les résultats d’une “mono pique“ longue et bien donnée, permettait alors au torero de briller au troisième tiers.

En revanche, un toro combatif, et qui va pousser au fer, piqué par la pique Andalouse (ou celle de Bonijol) va subir des lésions beaucoup plus traumatiques, le fer rentrant d’autant plus dans la zone piquée, occasionnant des lésions largement supérieures à une pique “Madrilène“ la pique plus étroite, pénétrant beaucoup plus profondément, et ajoutée aux mouvements occasionnés par le “travail du cheval“ peut devenir rédhibitoire pour la corrida (chacun se remémorant le toro de Pedraza de Yeltes mort en piste à Dax pour avoir certainement été trop piqué) au grand Dam de Rafaellillo .

La mort n’est pas liée à la perte de sang, mais soit à l’épuisement, soit à des lésions qui s’accumulent, le tissu musculaire se déchirant ou un gros vaisseau étant touché.

Il est formel, la pique elle même est mise en cause, autant que la façon dont elle est donnée.

Il en déduit que plus un toro va être combatif, plus cette pique plus petite (et d’autant avec les “ouïes“) va être traumatique et souvent occasionner plus de dégâts que ne le ferait la Madrilène.

Répondant aux questions, il va aussi me scotcher avec une affirmation concernant la pique montée à l’envers.

Celles-ci n’occasionneraient aucun dégât supplémentaire, ni amplifié, les lésions restent les mêmes.

Exit l’histoire de l’ouvre boîte, et il rappelle d’ailleurs que les piques ne sont plus vérifiées depuis longtemps de manière sérieuse. (sic)

Enfin, il va nous expliquer une évolution dramatique des toros de combat, dits commerciaux.

Nous savons tous, que ceux-ci sont modifiés pour durer plus longtemps au troisième tiers.

Pour cela, les manipulations destinées à adoucir la caste sont réalisées avec une constance dénoncée par la plupart des aficionados toristes.

François Roux affirme que depuis quelques années, l’un des muscles (dit : “oxydatif“) et qui est le muscle typique du toro de combat et des races rustiques, lui permettant de résister au combat, disparaît au profit de muscles plus proches des bovins “communs “

Ce changement radical selon lui limite l’agressivité du taureau, et son comportement en course, faisant du toro agressif un toro plus maniable au combat.

Ce changement de muscle est évident sur les toros actuels, et pose au delà du problème physique, un souci évident d’arguments “anti taurins“ en rapport avec la sauvagerie des toros de combat.

Ce changement implique d’autant l’utilisation de la pique plus petite, et pose le problème sur des toros plus combatifs.

Il affirme aussi que l’un des changements, selon lui le plus visible, se porte sur les “Miura“, dont la morphologie interne et notamment la grosseur des vertèbres (supérieures en volume à tout autre élevage) s’est réduite, il est persuadé à l’analyse des carcasses, que le sang a été coupé de manière spectaculaire…ceci expliquant peut-être cela…

En résumé :

Selon la pique et le type de toro qui lui est opposé, les lésions (pour le cas ou la pique est bien donnée, sur le bon site (base du morillo) sans mouvements coupables (pompe, vrille, ou mouvements de “balançoire“)sont plus ou moins importantes et entrainent des problèmes locomoteurs très importants, des lésions dramatiques pour le bon déroulement de la course.

Le but de la pique, à l’origine, est de faire baisser la tête, mais selon les données présentées elle entraine plus ou moins l’arrêt de la charge de l’animal.

Plus le toro est fort, et brave, plus la pique doit être adaptée.

Les “petites piques“ (Andalouse, Bonijol) occasionnent des lésions plus importantes sur les toros les plus encastés et braves que sur des toros dits “commerciaux“.

Le positionnement de la pique, ailleurs que sur la zone de la base du morillo, zone d’une vingtaine de centimètres  de long (sur les épaules ou à l’arrière du morillo) entraîne systématiquement des lésions qui sont dramatiques et absolument rédhibitoires pour le déroulement de la course.

L’éducation des toreros et de leurs picadors est nécessaire pour la monte des chevaux légers et mobiles, et également sur les conséquences des piques inadaptées ou mal placées.

Visiblement ça n’est pas le cas, et les approches tentées, se heurtent à une indifférence totale.

L’éducation des présidents est également importante sur le sujet de la pique et des trophées donnés.

Les toros dits “commerciaux“ subissent un changement physiologique les rapprochant des animaux domestiques, notamment le changement des muscles oxydatifs étant le plus flagrant, l'évolution de la morphologie d’élevages braves (Miura), étant évidente aussi.

François Roux lance un appel à la préservation du toro le plus sauvage possible car ceux-ci “justifient“ en partie la corrida, déjà altérée par les soins obligatoires.

Pour conclure, il apparaît évident qu’une prise de conscience doit être faite par les organisateurs et les différents acteurs de la corrida, sur ce sujet qui entraine bien d’autres réflexions autour… il me semble à la lecture des cartels annoncés et des premiers compte rendus que c’est loin d’être le cas.

Et maintenant…. ?