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CLAUDE

 

Elle voulait un enfant, moi je n'en voulais pas...mais je suis heureux de t'avoir comme fille et partager avec toi et mes plaisirs, et mes peines.

Aujourd'hui le temps nous fait encore des siennes, et la pluie fait des claquettes sur le toit..

Tu le sais bien, je suis un homme du siècle passé.

Est-ce le temps mauvais qui me rends nostalgique?

Ma jeunesse s'efface, et dans mon cinéma, des Marilyn de bazar, me font un écran noir sur mes nuits blanches et me transportent, prisonnier d'une vie que je ne maîtrise plus vers un Sing Sing, d'enfermement.

Mon temps, c'était le temps ou les gens de la ville de lumière me découvraient, et j'étais jeune et plein de gouaille, un petit taureau furieux, ainsi ils m'appelaient..

Quatre boules de cuir, et Cassius se dressait, entrainant avec lui, tous les libérateurs du monde.

O Toulouse, mon Toulouse à la brique rose, ou sous les grondements de Blagnac, bruissaient des “olé“ de plaisir aux arènes du soleil d'or, pour fêter le toro..

C'était le temps ou nous pensions que l'industrie permettrait une vie meilleure à l'humanité...les machines soulageraient la peine des ouvriers, les marchés endormis s'éveilleraient jusqu'à la Chine millénaire que d'un coup de piston nous irions visiter, dans une locomotive d'or..

Les stars étaient des stars et Piaf nous poussait sa gouaillante, faisant frémir nos dermes jusqu'aux tréfonds de l'âme.

Pas question de leur putain de Rap, ni des filles à poil au fonds des écrans plats, pour donner du plaisir, le Jazz et la java, se mêlaient, aux ampoules colorées des bals de nos villages.

Mai, Mai, Mai, Paris Mai nous lançait ses pavés, rêvant d'une vie libre ou l'homme le serait...

Je sais, ce soir ma plume d'ange, frémit entre mes doigts, j'ai abusé sans doute des alcools éthérés, et je suis sous, sous mais pas sous ton balcon, oh ma fille..

Je rêvais de voyages lointains, de l'Espagne humiliée, à Nougayork ou tout était possible, ou l'on dresserait des tours qui lècheraient le ciel, en passant aux sambas des rires et bidonvilles...regarde la, ma ville, elle s'appelle bidon...nous n'avons pas construit cet avenir serein, ni ce siècle de l'or que nous avions promis.

Nous vous laissons la haine et l'injure partout, un monde en déconfiture, aux portes des conflits.

Tu vis dedans ce monde oh ma petite fille, une petite fille en pleurs, de ne pas me comprendre.

Mais j'ai l'espoir encore, que ceux qui comme toi, entre coq et pendule, bâtiront la cité, de tous les rêves du monde.

Ah tu verras, tu verras, nous l'aurons la maison avec des tuiles bleues, les poignées d'hortensia, les palmiers pleins les yeux..

Alors, vous les jeunes générations sans aucune hésitation, je vous le dis: dansez sur moi, dansez sur moi...et lorsque je ne serai plus, alors ma tendre et douce, je t'offre un dernier rencard, Allée des brouillards....allée des brouillards...

 

CHF