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Cliché

Les immenses villas découpent le ciel pur.

Les méharis rentrées aux garages d’hiver.

La halle d’Arcachon a repris des allures de marché de village.

Dominique trie les photos qu’il a faites.

Dominique c’est un voisin de barrera d’il y a de longues années.

Au début, comme toujours, on se reconnaissait de loin en loin. Sans vraiment savoir qui était l’autre.

C’est souvent comme cela l’aficion, des rencontres fugaces, des gens dont on sait le visage, puis on se salue sans connaître le nom.

Dominique et nous, nous sommes rencontrés souvent, nous avons finis par nous lier d’amitié.

Dominique est modeste et dit toujours qu’il n’a pas nos connaissances en tauromachie.

En réalité, il voit de très nombreuses corridas, et novilladas. Il les voit par le biais de son objectif.

Il a appris à regarder de l’autre œil, celui qui n’est pas dans l’appareil, regarder autour, anticiper l’action.

Dominique est un bon aficionado.

Françoise, son épouse est venue plus tard dans les arènes, au début on la chambrait, chaque fois qu‘elle venait il y avait une catastrophe.

En fait, ce sont les corridas qui, très souvent, étaient mauvaises.

Il faut en voir beaucoup pour en voir d’excellentes.

Ce qu’elle aime Françoise c’est regarder les toreros, mais peu à peu grâce à Alain, un autre ami de courses, grand aficionado, puis des discussions, elle apprend.

Maintenant, elle adore regarder bondir les toros, les voir bander leurs reins pour pousser à la pique. Françoise a acheté le poncho, elle vient peu à peu et quel que soit le temps s’asseoir sur les gradins incommodes.

Ce matin, nous avons trié les “Porta Gayola“, celle catastrophique de Juan Léal, on le voit jeter la cape d’un côté, et se jeter à plat ventre.

CLIC CLIC CLIC CLIC, les photos qui s’enchainent font comme un film.

C’est incroyable de précision, le tissu, la masse forte du toro, l’envol, le visage inquiet, le plongeon dans le sable.

Le Juli, lui, est impavide, la cape est lancée bien avant que le toro ne soit sur lui.

Le sable est détrempé de l’orage qui vient d’avoir lieu.

Le Juli est gonflé, il veut triompher.

Escobar, le roublard, est de retour.

Les photos défilent, la cape s’envole, le Juli reste “Tanqué“, il ne bouge pas plus que Brune dit on à Brive (la statue du maréchal Brune originaire de Brive)

Le Juli, a juste un peu pivoté sur le côté, le buste reste droit, le toro est passé, on s’est tous regardés.

Il a enchainé ses passes, et il a triomphé, lui le paria du Sud Ouest depuis deux ans.

Qui se souvient avoir vu le Juli faire une “Porta Gayola“ les photos sont imparables.

Escobar le roublard, quand il veut, il peut. Conclut-on.

L’après midi, on aura presque oublié ce geste, les Toros de Pedraza emportent tout sur leur passage, même nos mémoires.

Les clichés de l’ami Dominique sont là, heureusement pour pallier à nos manquements.

CHF