Il y a des jours comme cela. Le matin, un élevage pour figuras dont on n’attend pas grand-chose, et le résultat réussit à être au-dessous de notre « non attente » ; l’après-midi, un élevage du genre de ceux que aimons et cette fois, notre (vraie) attente est déçue, déçue à en douter de la caste, de la sélection, des toros, de ceux qui les élèvent, du monde entier. Avoir touché le fond deux fois dans la même journée, c’est désespérant.

DAX – Dimanche 13 août 2017 (matin)

     Corrida de MONTALVO pour Curro DIAZ (bleu nuit à parements blancs et or), Jean-Baptiste JALABERT « JUAN BAUTISTA » (bordeaux à parements blancs et or) et Sébastien CASTELLA (bleu ciel et or).

     Lot présenté et armé correctement mais sans excès (!), protagoniste de tercios de piques d’une indigence crasse, faible et inintéressant au point de ne porter que le nom de « toros de combat ». Côté hommes, Curro Diaz avait décidé de ne pas forcer son talent, et la piètre qualité de ses adversaires l’ont vite conforté dans cette attitude. Jalabert avait envie et a eu la chance de toréer les deux animaux les moins mauvais du lot ; de plus, il nous a offert un toreo de cape élégant et varié. Castella semblait avoir lui aussi envie, envie ruinée par le sorteo.

1er (4 ans 5 mois, 540 kg) : negro liston d’armure correcte et de charge courte. Deux mises en suerte à la raie pour une pique avec quelque poussée et une autre anodine. Arrêt à deux paires de banderilles dont la pose a nécessité beaucoup de capotazos. Les doblones de Diaz voient son « toro » ouvrir la bouche et s’agenouiller et, très vite, le peu de charge initial s’évanouit, même avec la muleta présentée sous le mufle. Tiers de lame bas, bajonazo (applaudi) et silence.

2ème(4 ans 8 mois, 520 kg) : armure moyenne et belle réception de Jalabert par véroniques, chicuelinas et revolera. Deux mises en suerte à la fois élégantes, variées et efficaces, une pique prise en secouant, une pour le principe. Poursuite aux banderilles. A la muleta, la charge est vive, sans vice, mais la bête est faible. Le torero a vite compris ce « parfait collaborateur de 3ème tiers » : main haute, temps de repos, séries courtes ; ça passe un peu moins bien à gauche. Las, les choses s’enraient à la conclusion, avec un recibir logé dans l’épaule suivi de trois descabellos, et le gros succès en vue se réduit à un salut aux tiers. Ne serait-ce pas par un « arrastre lent » que la dépouille quitte l’arène ? Au passage, 2ème « toro » qui, en toute discrétion, a cherché les planches.

3ème (4 ans 10 mois, 520 kg) : armure un peu fermée ; deux piques pour ne rien voir, la 1ère étant pompée. 2ème tiers chaotique, avec un cornu qui arrête sa course, repart … Après des doblones élégants, l’animal fait illusion en venant d’assez loin ; cependant, même l’illusion est de courte durée : charge infime à gauche, arrêts dans la passe, coups de tête dans le leurre. Pour parfaire le tableau, Castella se fait accrocher à la main sur un retour de son opposant. Deux tiers de lame basse d’effet rapide et discrets applaudissements.

4ème(4 ans 5 mois, 500 kg) : un colorado faiblard, armé vers l’avant, et assez obstiné pour, à sa 3ème tentative, avec une cuadrilla aussi apathique que son patron, aller prendre un picotazo au lancier de réserve ; autre picotazo au picador de turno. La charge imprévisible agrémentée de la faiblesse produit un tercio de banderilles confus. Après un agenouillement, une série de derechazos correcte déclenche la musique, une autre pour remercier cette bonne action puis des naturelles prudentes. Deux pinchazos, entière basse en avant et penchée et trois descabellos. Silence.

5ème (4 ans 7 mois, 575 kg) : armé veleto et astifino, fuyard et train arrière pas clair. Un picotazo en arrière, un autre en secouant après une mise en suerte fleurie et un 3ème alors que le cheval sort. Compétition aux quites, avec Castella en frente por detràs, auquel Jalabert répond par chicuelinas et serpentine. Le matador décide de banderiller lui-même, avec quiebro et violin. Il poursuit par quelques adornos puis, classique, corps relâché, alternant droite et gauche, il torée tout en douceur, sans l’obliger, un adversaire qui, malgré ses côtés gratteur et tardo, est doté d’un minimum de charge. Nouveau demi-échec à la mort, avec un tiers de lame en avant porté au centre et a recibir et deux descabellos après avoir écarté les peones. Oreille avec comédie du président, qui joue à laisser le mouchoir bien en vue sur la tablette avant de le laisser pendre.

6ème (4 ans 4 mois, 520 kg) : negro liston chorreado armé correctement sans plus, qui cherche de suite à retourner là où il aurait dû rester, au toril. A genoux sous la 1ère pique, 2ème levée de suite. Castella trouve spirituel de brinder au public un « toro » qui n’a pas plus chargé aux banderilles que sur le quite qui les a précédées. Trois passes changées au centre après moult sollicitations, et c’est le respectable qui fait arrêter la musique, un matin à Dax, c’est dire ! Animal tardo, agenouillements, torpeur qui gagne les gradins et le torero qui tarde pour conclure, ce qu’il fait quand même avec un gros bajonazo prémédité, mérité par la limace et efficace. De nouveau, le bon public manifeste son agacement et sa déception par ses huées à l’arrastre.

            Présidence mélomane de Jean-Charles Boué, assisté de Guy Bournac et de Jean-Pierre CAUP.

            La musique, qui démarre dès que l’arrastre démarre lui aussi, s’est montrée pénible.

 

DAX – Dimanche 13 août 2017 (après-midi)

     Corrida de D. Adolfo MARTIN pour Manuel ESCRIBANO (vert empire à parements blancs et or), Paco UREÑA (bleu marine et or) et David MARTIN ESCUDERO (turquoise et or).

     Lot bien armé et sans excès de poids. Pour le reste, j’ai cru revoir la corrida du matin avec un élevage d’encaste différent, la faiblesse en moins et quelques piques moins insignifiantes en plus. Pas même un salut, six arrastres hués et bronca finale !

1er (4 ans 5 mois, 530 kg) : armé veleto et astifino, coureur, reçu par larga à genoux. Mise en suerte bâclée, vient au pas et pousse un peu de la gauche à la 1ère pique ; vient au galop mais reste passif sous la 2ème. Escribano banderille son toro, qui le poursuit, et conclut par un quiebro al violin dans les planches. Chargeant mufle au sol mais avec soseria, l’animal s’éteint après trois séries ; le torero se fait désarmer et conclut par une entière en place suivie de deux descabellos. Silence pour l’homme, sifflets pour l’arrastre (suite de la frustration du matin ?).

2ème(4 ans 5 mois, 515 kg) : playero, réception propre, prend une pique appuyée avec le « joli » mouvement de balancier, ce qui a peut-être provoqué le peu d’enthousiasme pour venir à la 2ème. Banderilles correctes. Il arrive non fixé à la muleta puis se fige brusquement sur les doblones d’Ureña ; ce dernier profite du (petit) peu de mobilité de son toro sur la corne gauche pour essayer d’allonger sa charge mais, très vite, ledit « toro » préfère passer son temps à gratter et humer le sol ; pourquoi le torero n’a-t’il pas tenté un changement de terrain ? Le public lui signifie clairement qu’il est temps d’abréger, ce qu’il fait dans la douleur avec quatre pinchazos, un quart de lame, un autre pinchazo et un tiers de lame. Sifflets pour tout le monde.

3ème (4 ans 5 mois, 500 kg) : court de charge, désarme le matador, lequel l’envoie au cheval sans mise en suerte ; deux piques pour le principe. Deux faits à relever aux banderilles : à la 2ème paire, manquée, le peon tombe devant le toro, qui heureusement ne lui accorde aucune attention ; un autre peon sort à deux reprises le toro par un quite cape tenue à une main. Face à un (pauvre) adversaire qui fléchit à chaque passe, le torero en est réduit à servir une faena d’infirmier, qu’il termine par une séquence de porfia dans les cornes ; n’arrivant pas à cadrer son opposant, il change de terrain et l’achève d’une entière basse et en avant. Quelques applaudissements.

4ème(5 ans 3 mois, 490 kg) : armé veleto et coureur, rien au capote. Une pique en place et levée de suite, une autre placé à la raie (comme en Espagne !), pompée, tout aussi anonyme. Les banderilles du maestro seront posées à cornes plus (ou moins) passées, avec poursuites ; une 4ème paire al quiebro dans les planches. La faena, profilée, débute avec un toro de charge plutôt vive, qui saute dans la muleta (à quoi les piques servent-elles ?) mais qui, rapidement, va a menos ; deux désarmés, passes de châtiment, entière basse et mort au centre.

5ème (5 ans 4 mois, 520 kg) : d’armure étroite, sort abanto puis se montre mou et court de charge dans la cape d’Ureña. Une pique appuyée en carioca pour ne rien montrer et une autre pour montrer rien de rien. Arrêt du 2ème tercio à deux paires de palos, dont une dans l’épaule. A la muleta, l’animal s’agenouille et s’arrête dans la passe, qu’il finit par un coup de tête ; très vite, l’extinction définitive des feux est proclamée. Conclusion par pinchazo, 1/5ème de lame et entière tombée, en avant. Silence pour l’homme.

6ème (4 ans 7 mois, 510 kg) : le postérieur gauche paraît traîner quelque peu, mais au point où nous en sommes …  Une pique en place en poussant un peu, sortie à genoux, et une autre avec le picador qui s’est rapproché du toril. La faena, au centre, est par nécessité constituée de passes isolées, le torero profitant des éclairs de charge qui, tant à droite qu’à gauche, essaient de nous sortir de la sombre grisaille ambiante. Bajonazo.

Présidence sérieuse d’Yves Charpiat assisté de Bernard Sicet et de Mathieu Lacoume.

Quelques intelligents croient faire preuve de bon goût en jetant leurs coussins sur le train d’arrastre, sur les areneros, sur les spectateurs des gradins inférieurs, « la classe, quoi » …