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DER DE DER

 

DER DE DER

 

 

  • On mettra du sable....

  • tu crois que ça suffira ?

  • Oui, oui, de toute façon on fera tout pour que ça se fasse...

  • Et qui les torèe ?

  • Mario Dieguez, un novillero et on a rappelé Calvo.

  • A quelle heure ?

  • Demain onze heure à St Sever bien sur....

 

Il raccroche, il est marrant Antoine, il t'annonce ça comme on te donne rendez-vous pour boire un dernier verre avant un départ, dans une gare ou un aéroport.

A peine raccroché le téléphone, je jette un œil à l'extérieur, la pluie tombe comme depuis des mois, nous sommes en vigilance orange...demain ils annoncent pareil ou pire.. il m'étonnerait que :“ça se passe“....

Ça, ce sont les deux sobreros de Coquillas qui restent, les jeunes ont hésité...que faire...peut être que le jour de la course les toreros auraient pu les lidier ?

Mais le temps, le climat, la pluie, le froid, c'est long huit toros...alors ils avaient retenu la formule corrida normale, deux toros pour trois toreros...alors ces sobreros ?

Deux options, la première, les envoyer à l'abattoir, mais avoir fait tout ça pour ça hein ?? Sinon, les envoyer comme sobreros ailleurs, mais on a officialisé la dernière corrida de Coquilla, donc impossible...

Bon il reste l'option de les toréer, en “privé“ de manière non officielle...en tous les cas boucler la boucle...ce sera Dimanche.

 

Samedi soir, je suis invité par L'AMAC (Assistance Medico Chirurgicale Aux Corridas) présidée par le Dr Darracq, un ami de longue date, il a créé avec quelques amis cette association d'assistance médico chirurgicale pour les petites places taurines qui n'ont pas les moyens financiers de supporter les coûts nécessaires en cas de problème en piste...

Pour faire court, quelques caciques dacquois de la croix rouge, pour des raisons apparemment de déontologie vis à vis de la cause taurine, ont refusé leur présence à plusieurs endroits...Le Dr en colère prend un coup de tête, il crèe l'AMAC achète une camionnette équipée, et le voici parti aider les petites places en difficulté sur ce plan là...c'est que les premiers gestes ça a une importance capitale en cas de blessure...donc voilà, je me retrouve avec les amis du Lartet, le club de soutien de l'éleveur Paul Bonnet, des amis D'Aignan, de Vic, de Dax...animation super sympathique des “Andraupose“ mélange d'anciens et de nouveaux musiciens, du conservatoire, issus de différentes bandas...bref, on papote, on devise, les bénévoles de l'AMAC (pour certains, agissant aussi au sein de la croix rouge)...expliquent leurs besoins, remercient leurs soutiens, sont à leur tour remerciés par les responsables des arènes qui ne pourraient pas payer la plupart du temps cette assistance, bref un rayon de soleil amical....

 

Dimanche, réveil matinal, ouverture des volets, il pleut...ça ressemble à un de ces films catastrophe américain....ça ne traîne pas, le SMS est clair et direct: Pas possible.....

Ça me trotte dans la tête, les deux derniers: “Coquilla“ ne veulent pas mourir...

(Un drôle de sentiment, ça me tente, et en même temps, je n'y tiens pas vraiment.)

Pour moi, cette histoire s'est terminée en Mai, avec la corrida “historique“ de Saint Sever, et la photo au campo du numéro trente : Espanol.

J'appelle mon frère, allez on déjeune en famille...j'oublie les toros...

Seize heure, on s'embrasse, je prends la voiture, je regarde mes messages:....

- Christian, viens, on a trouvé une solution de repli, à Saint Loubouer...c'est couvert...à 20H00 ce soir...Je bifurque à Gauche, Tartas, Saint Sever.

J'assiste de nouveau au dernier embarquement des Sanchez Fabres, Juan est la, avec Maria Cruz son épouse...

L'un des deux toros a beaucoup maigri, le 37, il sortira en premier, le 35, lui, n'a pratiquement pas bougé..il est vif...l'embarquement est assez compliqué...mais au final, ils sont embarqués.

Nous voici en procession, derrière le camion, les arènes viennent de donner une course landaise, il reste du monde, la piste rectangulaire sert aussi de salle de sport, les paniers de basket en attestent...mais ici c'est couvert....la nouvelle se répand...au final une cinquantaine de personnes seront là....

Tout le monde est en “civil“, les deux toros se montrent braves, et les deux tercios de piques, donnés de face sont très impressionnants, la cavalerie ira au sol par trois fois...mais la pique est donnée sincèrement....pas de banderilles, les faenas sont plus engagées, et il ne faut vraiment plus lâcher des yeux les toros qui cherchent l'homme sous le leurre...

Les deux toros défendent chèrement leur peau, les deux toreros mettent la jambe, ils ont chaussé une paire de lunettes équipée de caméra, (les deux jeunes veulent garder un souvenir) le jeune Mario Pinche, José Calvo, lui, abat le dernier toro quatreno de Coquilla d'une entière...les deux Coquilla ont gardé le muffle fermé jusqu'à la fin...Bordador ferme les yeux...le soleil filtre à travers les ouvertures de l'arène, donne sur la peau luisante de l'animal mort un dernier reflet chaud...

Arrastre de luxe, l'animal est tracté par un 4X4 Mercédes.

Le dernier Coquilla de quatre ans est mort au combat, comme décidé il y a quelques mois par les deux gamins qui s'étreignent...

C'en est fini, la boucle est bouclée..

Juan que l'on a entendu donner des conseils aux toreros tout le temps de la lidia, sourit.

Heureux et soulagé, il discute avec certains une possible novillada dans le futur...il garde ses sementals et ses vaches...mais il le jure, plus de corrida.

Nous rentrons, la nuit est tombée, Renards, Chevreuils et Chouettes traversent les phares et se précipitent dans des champs inondés, ou sous les gros nuages gris.

Il pleut.

CHF