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Des Coquilles aux Montagnes

AIGNAN : COQUILLES ET MONTAGNES

 

 

J’aime le Gers, cela doit venir de mes lointaines racines toscanes paternelles,  j’aime le Gers parce que c’est une région de grandes gueules, une région de fines gueules, de coups de cœurs et parfois de coups de poing, de champs étendus et de collines alanguies, une terre de toro et depuis toujours, D’Artagnan oblige, un pays de cape et d’épée.

Toute la vicoiserie était au rendez-vous, plus les départements limitrophes et quelques aficionados du Sud Est lassés des succès arlésiens obligés.

 

La matinée avait commencé magnifiquement avec les Santiago de Camino Gerseois (Déjà le signe de la coquille) avec sous le soleil frisquet un premier exemplaire de Jean Louis Darré de grande classe, une machine à charger, de loin, de près, sur chaque corne, les trois autres exemplaires différents et notamment le troisième, brusque,, sauvage et dur et pourtant du pur Domecq, comme quoi, il y a aussi et encore, et heureusement sous cette appellation de vrais bons toros, d’aucuns argueront que ce ne sont là que des novillos de trois ans…juste !

Mais avec du trapio, et une force, et de la noblesse,  je connais des “Desgarbado“ qui auraient eu du souci à se faire..

Le jeune IBANEZ nous parut bien tendre, et GARCIA au contraire (vainqueur mais les deux eurent un prix) d’une maturité qui pourrait l’amener très vite vers les “piquées..“

 

Les dix antis de service, nous invitant à “aller brûler en enfer“ (sic), en ce beau jour de Pâques fraternelles, enfermés entre quatre barrières façon zoo de la Palmyre, ne pipaient mots face à 2000 aficionados réjouis et un cordons de policiers sérieux et appliqués.

 

Jean Luc Couturier et son épouse, avaient fait le déplacement, et le président Paul Bergamo, sur son 31 était tout sourire, les gradins quasiment pleins, la journée s’annonçait belle.

 

Repas sérieux pris, nous allions vers l’inconnu les fameux Concha Y Sierra.

 

Des coquilles et des montagnes, ce fut le cas.

Les deux premiers très bien présentés, nous firent craindre le pire, faibles, ils s’affaissèrent à la pique et nous montrèrent un manque de caste et tout le travail qui reste à accomplir en sélection. (Un peu la coquille vide)

Puis, la corrida alla à Màs.

Soyons Clairs, ce ne fut pas exceptionnel, mais à partir du troisième toro, on ne s’ennuya plus.

D’abord parce que Alberto Lamelas fut à la hauteur, ce type grimpe des montagnes (oubliées les coquilles vides, vive les montagnes)

(Les fameuses sierras) et qu’il “engancha“ sur le bon troisième, armé comme un porte avion, et le bon sixième qui fichut un bazar en piste pas hasardeux du tout…les péons en fuite, (on aurait dit un banc de garlèches devant la gueule d’un brochet..) et des piques aux épaules, qui avait peur de quoi ?

Heureusement la présidence fut sérieuse et obligea les péons à poser le reste des banderilles, déposée à bonne distance une à une.

Les quatre Concha restant, nous dévoilèrent ce qu’était cet élevage, piquant et douceur, violence et noblesse, dureté et abandon,  Castaño fit du Castaño, Perez Mota mal servi à son premier, et tirant un cinquième collant et vicieux, ne mouilla jamais vraiment le maillot.

 

Plusieurs piques données à distance démontrèrent le fond de caste que l’éleveur s’acharne à remonter en surface,  et l’acuité visuelle des bestiaux ne faisait pas de doute, bousculant les peons, et rendant la course agréable à suivre au final.

 

Leur noblesse fut mise en exergue par le seul Alberto Lamelas, et pourtant il y avait à faire, car en se croisant un peu et en tirant la main, Mota aurait pu tirer son épingle du jeu, face à un cinquième rugueux mais toréable, le tout étant de s’y coller.

 

En résumé, un peu de faiblesse  (les deux premiers) , de caste (tous les autres) beaucoup, de noblesse à aller chercher (les mêmes)

 

Pour ceux qui suivent un peu la tauromachie, et qui avaient vus les Concha y Sierra arriver en France, il y a un net progrès, et on sent que les nœuds se défont, que les portes s’ouvrent et que l’élevage est en bonne voie.

 

Oui, bien sur, il reste du pain sur la planche (pourtant j’avais promis que celle là, je ne la ferai pas) mais cette course à été au moins aussi bonne qu’une grande partie de celles que l’on voit dans l’année. Est-ce assez ?

Certes non, mais en tous les cas très encourageant.

 

Reste à analyser, tout ce qui ne fonctionne pas, et à trier encore et encore, même si selon Jean Luc Couturier lui-même, il reste un véritable problème de fond, trouver les futurs sementals, tout en sélectionnant durement. C’est à dire éliminer, et en même temps conserver le sang, vaste programme.

Gageons qu’il trouve les solutions à ce problème, et que nous puissions suivre quelques corridas dans les années à venir de cet élevage mythique.

Car une course complète avec des toros aux pleins pouvoirs devrait valoir son pesant de cacahouettes.

 

Bravo à Aignan d’avoir osé.

Merci au public, patient, et attentif et connaisseur qui ne s’énerva pas, conscient de ce qui se passait en piste.

 

Et bravo à Alberto Lamelas qui mit en valeur ses adversaires, et nous permit de mieux comprendre ces toros.

 

Une agréable journée, des enseignements précieux pour les deux éleveurs, et finalement de bons moments partagés.

Aignan de toros mérite qu’on le coche sur notre agenda

 

CHF