AIRE sur l’ADOUR – Dimanche 17 juin 2018

Corrida d’EL TAJO y LA REINA pour Manuel ESCRIBANO (vert empire à parements blancs et or), Thomas DUFAU (bleu nuit à parements blancs et or) et Juan DEL ALAMO (blanc et argent).

Lot de présentation et d’armures dans l’ensemble correctes, avec de la variété dans les robes, les trapios, les armures et les âges, venant tous facilement à la pique (onze en tout). Là où il y eut moins de variété, ce fut dans le comportement : manque de poder, quelque peu de faiblesse ça et là et illusion de peu de durée au 3ème tiers.

1er(4 ans 5 mois) : negro sans excès de poids, armé correctement. Reçu par larga à genoux, il montre de suite une faiblesse des antérieurs et prend passivement deux piques courtes. Banderilles du maestro, avec son habituel quiebro al violin près des planches. A la muleta, la charge est molle, et Escribano torée sans s’engager ; l’animal ayant fait un retour assez sec à gauche, les naturelles sont très prudentes et données en se déplaçant beaucoup. Retour à droite, court macheteo, entière basse en avant et deux descabellos au centre. Ce toro prévoyant, qui se sera économisé tout au long de la lidia, meurt bouche fermée (ce sera le seul).

2ème (5 ans 5 mois) : un negro liston costaud, bien armé, reçu lui aussi par larga à genoux et véroniques genou ployé. Deux piques en arrière, venant au galop, la 1ère pompée, la 2ème prise avec une légère poussée. Poursuite des hommes aux banderilles, avec salut de Marco Leal et de Manolo de Los Reyes. Trois passes cambiadas au centre déclenchent l’enthousiasme et les derechazos qui suivent, cités au centre et de loin, déclenchent, eux, la musique. Par son placement marginal, Dufau finit par se mettre lui-même en difficulté, puis son adversaire s’éteint. Deux circulaires inversées, servies en reculant, ne rattrapent pas la chose. Deux pinchazos profonds et un descabello, dans l’absolu antiréglementaire, produit quelques protestations d’une fraction du public. Silence pour l’homme, applaudissements pour la dépouille.

3ème (5 ans et demi) : long castaño armé brochito ; la réception de Del Alamo est soignée. Le toro pousse à la 1ère pique puis se montre circonspect pour venir à la 2ème, pompée et prise en secouant. Arrêté au 2ème tiers, ce dernier se limitera à trois banderilles clouées au milieu des poses manquées et des passages en faux. Doublé élégamment, l’animal se révèle noble et mobile, mais donne des coups de tête en fin de passe, tandis que le torero reste sur le voyage. La charge s’éteint progressivement, mais l’homme réussit cependant à bien embarquer son opposant en trois séries de naturelles, données il est vrai sur le pico. Quelques derechazos plus sincères montrent que, finalement, le cornu aura plus « duré » que ce que l’on entrevoyait. Trois quarts de lame plate, l’animal se relève à la vue du puntillero, deux avis, salut aux tiers et applaudissements à l’arrastre.

4ème(4 ans 4 mois) : colorodo liston armé moyennement. Cité avec le cheval en travers, il vient au galop pour une pique courte et en arrière puis, replacé au centre, il se montre tardo pour une 2ème basse et rectifiée ; Dufau chute sur son quite et est sauvé par une autre chute, celle du toro. La suite est tout aussi mouvementée avec un quiebro dans les planches manqué, la chute d’Escribano et le quite salvateur d’un peon ; le torero « retente le coup », mais le toro ne venant pas, la pose se fera en siesgo por fuera. Début de faena à genoux près des planches, pour lesquelles l’animal montre son intérêt tout en chargeant mufle au sol ; il s’éteint très vite et le matador finit par lasser le public avec ses passes arrachées à l’unité dans le berceau. Bajonazo d’effet rapide et silence.

5ème (4 ans 4 mois) : un imposant jabonero sucio, doté d’un cul de charolais, cornicorto, distrait, qui jette les pattes dans la cape. Pas arrêté, il secoue sous une courte pique, prenant ensuite un picotazo. 2ème tiers avec un toro devenu immobile et cependant trois paires posées proprement, bien sûr sans poursuite des hommes. A la muleta, d’abord tardo, il vient finalement pas si mal mais peine à transporter ses kilos, d’où quelques chutes. La faena est menée à la voix, la charge à gauche est parcimonieuse, comme à regret, et la musique tombe là au milieu comme Pâques en Carême. Petit quart de lame, nouveau descabello anormal et heureusement protesté, salut aux tiers généreux et quelques sifflets à l’arrastre.

6ème(4 ans 5 mois) : un castaño armé correctement qui, sans mise en suerte, pousse un peu sous une pique placée au milieu du dos, puis revenant au galop pour 2ème, manquée, voit sonner la fin du tercio sur demande surprenante du torero. Le 3ème tiers montre des appuis flottants et une charge vite devenue chiche ; le final est pueblerino, l’homme arrachant les passes alors qu’il faudrait en finir et infligeant à tous, toro compris, une circulaire en regardant le public. Epée qui ressort dans le flanc, entière basse, avis tardif (10 mn 45 s) et salut aux tiers cette fois non seulement généreux, mais pour moi hors de propos, dans l’indifférence générale.

Présidence dans l’ensemble correcte.

Les trois premiers toros furent brindés au centre, à la mémoire d’Ivan Fandiño.

A noter la brillante idée de fermer la ville aux voitures, dès 11 heures paraît-il : peut- être est-ce une façon de faire venir les aficionados à la tienta matinale (ou pour qu’ils s’abstiennent de venir l’an prochain ?).