BAYONNE  – Dimanche 2 septembre 2018 (matin)

                                                                               

            Novillada de LOS MAÑOS pour Adrien SALENC (terre cuite à parements blancs et or), Baptiste CISSE (fraise et or) et Dorian CANTON (bleu nuit et or).

Si la présentation était irréprochable, ce lot n’a pas montré la caste et le piquant dont faisait preuve cet élevage jusqu’à il y a deux ans, ce qui, au passage, n’a nullement empêché les applaudissements à chaque arrastre ; seul le 5ème a quelque peu relevé le niveau sur ce plan. L’éleveur ne serait-il pas lui aussi en train de tranquillement adoucir ses critères de sélection, récoltant ainsi les scories associées à cette mode ? Côté hommes, Salenc et, dans une moindre mesure Canton, ont à peu près tiré leur épingle du jeu. Relevons cependant cette autre mode désastreuse des mises en suerte « à l’espagnole », sans donner de distance au novillo pour les 2ème et éventuellement 3ème rencontres.

1er  (3 ans 4 mois) : negro mulato bragado bien fait et armé correctement, mais avec le piton gauche abîmé. Prise sans qu’il ait été arrêté, la 1ère pique est basse et replacée en arrière ; l’agenouillement à la sortie fait que la 2ème sera vraiment pour la forme. Deux paires de banderilles risquées en encadrent une à cornes passées. A la muleta, le novillo montre sa noblesse mais charge dans la limite de ses moyens. Le toreo de Salenc, qui n’oblige pas son adversaire, ne suffit cependant pas à le tenir debout et la musique, lancée précocement, fait figure de cache-misère. Mete y saca bas suivi d’une entière tombée et en arrière d’effet rapide. Vuelta d’encouragement.

2ème (3 ans 5 mois) : càrdeno claro bragado bien armé qui pousse tête haute sous une pique en place puis vient au pas pour une 2ème courte et en arrière. Salut d’un banderillero. Après des doblones légers, Cissé prend de suite la main gauche et le palco en profite pour lancer la musique. Bien que peu violent dans sa façon de charger, l’animal réussit à désarmer l’homme à trois reprises puis devient soso. Pinchazo, deux tiers de lame penchée, avis et silence.

3ème (3 ans et demi) : negro plus costaud, armé légèrement bizco. Le picador Jean-Loup Aillet n’arrive à maîtriser le cheval de l’écurie Heyral et, de ce fait, ne parvient pas non plus à poser le fer sur le novillo arrivé au galop. Il doit ensuite aller le chercher dans les raies pour une pique en arrière et pompée ; à la 3ème rencontre, le cornu est placé sous la monture et la pique sera prise aussi passivement que la précédente, et le tout finit sous les huées. Poursuites aux banderilles, correctes. Canton aborde prudemment un opposant noble, qui chute à la fin de la 1ère série, puis torée avec calme mais sans beaucoup s’engager ; deux séries de naturelles apportent un peu de dynamisme avant un final élégant par aidées et trinchera. Pinchazo, entière basse avec le novillo pas cadré et oreille.

4ème (3 ans 5 mois) : autre càrdeno bragado armé court, bien reçu par véroniques lentes. Mise en suerte par chicuelinas et revolera pour une pique en arrière rectifiée, 2ème mise en suerte à la raie et pique levée de suite ; les deux ont été prises avec une belle passivité. 2ème tiers bâclé, avec poursuites. Après des doblones corrects, une séquence templée à droite déclenche la musique ; ça se passe moins bien à gauche, avec avertissement et poursuite gérée sereinement. Final fleuri, grande entière résultant légèrement en avant, chute du novillero sans conséquences fâcheuses. Deux oreilles accordées en une fois et sage refus face à la demande de vuelta pour un novillo « de 3ème tiers », donc pas complet. Arrastre bien sûr ovationné.

5ème (3 ans 7 mois) : beau negro emmorrillé qui, affecté d’un problème locomoteur, jette les pattes puis chute et est changé pour un 5ème bis de même trapio. Il pousse puis sort facilement de la 1ère pique et secoue sous la 2ème, basse ; enfin une 3ème pique, basse elle aussi, avec placement à la raie (!). Banderilles correctes, pour une fois sans poursuite. Arriverions-nous tout de même à voir un « vrai » novillo de Los Maños, avec du piquant et une charge pas innocente ? Toujours est-il que Cissé doit aguanter une charge vive, avec coups de tête dans le leurre et retours secs. L’animal finit par s’arrêter dans la passe et meurt d’une quasi entière de côté et en arrière suivie d’un descabello. Silence et applaudissements à la dépouille.

6ème (3 ans 7 mois) : magnifique et lourd càrdeno claro qui, lui non plus, ne montre rien en deux rencontres, 1ère pique basse, replacée et (bien assez) appuyée, 2ème de nouveau sans mise à distance. Salut de Manolo de Los Reyes aux banderilles, 3ème paire à cornes passées. Au 3ème tiers, le novillo révèle une belle carrosserie sous-motorisée ; il consent à s’animer sur une série à droite puis redevient soso : pas de charge, pas de vice, rien …  Face à cette carence, Canton a le tort de ne pas abréger et ennuie tout le monde. Echec à la mort avec trois pinchazos et 4/5ème de lame basse portée au ralenti. Avis et silence.

Présidence mélomane et néanmoins sérieuse.

 

BAYONNE  – Dimanche 2 septembre 2018 (après-midi)

Corrida de LA QUINTA pour Jean-Baptiste JALABERT « JUAN BAUTISTA » (écume et or), Daniel LUQUE (sang et or) et Román COLLADO GOUINGUENET « ROMAN » (blanc et argent).

Bien, voire très bien présenté et armé, ce lot n’a, lui non plus, pas apporté cette chispa que l’on attend chez cet encaste et chez ce fer. Seul le 3ème et, avec réserves, le 2ème, ont contribué à relever le niveau.

1er (4 ans 10 mois, 510 kg) : negro entrepelado meano qui charge lentement. Une pique en place et une autre dans l’épaule et vrillée, les deux prises stoïquement, puis banderilles sans poursuites ; ça commence mal … Après une entame de faena propre agrémentée d’un changement de main, Jalabert anime un peu son adversaire, noble à la limite de la soseria. Adornos, autres changements de main, le tout enveloppé d’une musique tout en douceur ; on dirait un Domecq qui tiendrait debout. Quart de lame a recibir, le toro se relève à la vue du puntillero, salut aux tiers.

2ème (4 ans 10 mois, 480 kg) : càrdeno claro bragado armé vers le haut, reçu par de belles et lentes véroniques. Deux piques propres prises anonymement, la 2ème en éloignant un peu le toro. Banderilles avec poursuites et salut de Juan Contreras et d’Antonio Ronquillo. Face à ce cornu noble et qui vient de loin, donc brave (enfin, d’une bravoure dite « moderne », comme si la modernité n’était pas aussi vieille que le monde), la faena est maîtrisée, templée, surtout à droite, en se croisant ce qu’il faut mais pas plus. Estoconazo, deux oreilles et mouchoir bleu pour une vuelta accordée à un toro « de 3ème tiers », donc pour moi non méritée (cf supra) ; heureusement, quelques protestations prouvent que certains ne sont pas dupes.

3ème (4 ans 10 mois, 520 kg) : càrdeno bragado très actif pour renifler le sol. Il se montre brave en poussant sous trois piques : 1ère très en arrière, 2ème un peu mieux placée ; 3ème, tardo et gratteur, puis il vient au galop, cogne dans le cheval et déséquilibre le picador. Poursuite au 2ème tiers, rapide et exécuté « comme ça peut ». Après des doblones pris avec vivacité, Romàn réussit à embarquer le « gratteur - renifleur » dans quelques séries sur les deux bords puis la charge s’amenuise ; au passage, il reçoit plusieurs avertissements discrets de son adversaire, qui finalement s’est montré plus mobile qu’attendu. Autres doblones un peu racoleurs pour conclure la faena, pinchazo, entière en place, et l’animal se relève quand le puntillero s’approche. Avis, salut aux tiers et applaudissements à l’arrastre.

4ème (4 ans 7 mois, 490 kg) : negro plus léger, veleto, passif en deux rencontres, 1ère cheval présenté de flanc, 2ème avec mise en suerte à la raie. Les banderilleros ont le sens de la symétrie avec une paire de chaque côté et une seule au milieu. Juan Bautista réalise une nouvelle faena propre, le toro s’avérant à la limite de la soseria sur la droite ; le torero reste plus circonspect sur la gauche, accompagnant son opposant sur la moitié de l’arène, avec de nombreux changements de main. Entière a recibir, en travers et qui ressort, et descabello seul en piste. Silence.

5ème (5 ans 9 mois, 500 kg) : càrdeno oscuro armé large, veleto et astifino. Une pique prise en poussant tête haute, une autre en ayant été replacé au même endroit, et une 3ème non programmée, le toro revenant de lui-même au cheval. Banderilles bâclées, posées une à une. A la muleta, le cornu se montre soso et sort distrait de la passe. Luque subit la situation en procédant par demi passes puis tente d’animer son toro de la voix en seconde partie de faena. Tiers de lame puis demi lame, basses les deux, descabello et salut aux tiers.

6ème (5 ans 9 mois, 500 kg) : negro emmorrillé et bien armé. Après une réception par véroniques genou ployé, Romàn tombe entre le cheval et le toro lors de la mise en suerte. Il est repris au sol et projeté en l’air par deux fois et, malgré son insistance pour rester en piste, est évacué à l’infirmerie. C’est Jalabert qui se chargera de la lidia. Deux piques prises tête haute, 1ère appuyée, 2ème levée de suite. Arrêt des banderilles à deux paires puis la faena, plus longue que ce à quoi l’on pouvait s’attendre, se termine avec un toro sans charge. Entière très en avant, demande d’oreille pour moi surprenante et salut aux tiers.

Présidence de Bernard Peytrin, assisté de Gauthier Suhas et de Séverine Cañada.

 

En bilan de cette journée « SANTA COLOMA » :

  • Avant tout, c’est méritoire de la part de l’organisateur de l’avoir montée ;
  • La fréquentation de la novillada matinale a été une surprise agréable ;

* Les deux courses ont provoqué le même ressenti : il faut voir six toros ou six novillos pour en trouver un, éventuellement deux, pour nous faire sortir de la grisaille (je ne parle bien sûr pas des robes) générée par le manque de piquant et par l’excès de noblesse. Mais que font les éleveurs ?