Dimanche 27 septembre, corrida goyesque de Victorino Martín à Saint Sever

par Jean-Jacques Dhomps

 

Il fait beau. Les arènes sont quasi pleines. La ganeria Victorino Martín fête ses 50 ans d'âge. Pour résorber l’afflux au guichet, il aura fallu retarder le paseillo d'un quart d'heure ce qui a laissé le temps de bien apprécier la décoration de Loren : barrières blanches parsemées d’impressions ornementales grises pour évoquer le cárdeno, rythmées du célèbre A surmonté de la couronne de marquis, burladeros partagés de bleu et rouge comme la devise, chacun portant un disque blanc avec images de toros dans le type … Quant aux costumes des officiants et du personnel de l’arène, ils manifestaient une belle réinterprétation harmonieuse d’un romantique XVIIIe …  Bref, à la fin d’un paseillo qui démarra plusieurs minutes après le mouchoir blanc, après que l’orchestre ait largement entamé l’air du toréador, tous ce qu’il y avait à voir était pratiquement vu …

Des taureaux  âgés de quatre ans et 7 à 9 mois, de robes présentant diverses variétés de cárdenos, hétérogènes de morphologies, homogènes par la discrétion de leurs cornes, prenant en général les piques (13 en tout), presque tous difficiles mais plutôt dans un registre défensif et sans éclat au troisième tiers. Ils sont issus, d’après Paul Hermé qui le tient de Victorino fils, de cinq reproducteurs différents et de diverses familles de mères.

Le premier, Milenrama, est un cárdeno oscuro aux petites cornes qui présente une curieuse large tache claire sur le visage prenant en oblique l’oreille droite, l’œil droit, le museau et descendant dans le cou. Ce serait un fils de Vencedor et d’une mère appartenant à la famille des Milanas.
Juan Bautista, noir brodé de blanc, le reçoit par classiques véroniques et demie en gagnant le centre.
Bonne poussée de la corne gauche sur la première pique, seconde pique poussée par à-coups
Thomas Dufau intervient par delantales.
Banderilles réduites à deux paires.
Charges coutes et violentes dans la muleta. Une première tentative à gauche échoue. L’animal cherche les planches. Juan Bautista parvient à allonger un peu les passes sur la droite mais échoue sur une deuxième tentative à gauche.
Une estocade profonde et un descabello pour conclure.
Attribution d’une oreille sur demande minoritaire.
Quelques applaudissements à l’arrastre.
 

Le deuxième, Embobado, fis de Conocido et d’une mère appartenant aux Embocadas, est un cárdeno oscuro, qui relève ses cornes, à la mode Albasserada, un peu mieux que le précédent.
Première pique trop en arrière avec carioca.
Deuxième encore trop en arrière avec “pompe” et carioca.
Troisième  aussi mauvaise.
Banderilles réduites à deux paires.
Brindis à Juan Bautista.
Thomas Dufau, gris souris brodé de blanc, soutaché de rouge, “double” pour constater que l’animal est violent et donne des coups de tête. Début par derechazos difficiles mais Thomas se fait rapidement ouvrir la main gauche par la corne en voulant se protéger d’un derrote. Il parviendra à placer une épée en avant et tombée, efficace, avant de partir à l’infirmerie pour ne plus revenir.
Une oreille par sympathie. Arrastre applaudi.

Juan Bautista se chargera des quatre taureaux restants.

Le trois, Milanero, un joli cárdeno claro aux cornes brochitas, est le fils de Soberano et d’une Milanas. Il va apporter sa contribution à une œuvre de Loren en l’arrachant d’un burladero et en la piétinant.
Son bon comportement dans la cape de Juan Bautista ne laisse pas présager ce qui va suivre.
Une pique dans l’épaule au cours de laquelle l’animal ne s’emploie pas, une deuxième “carioquée” pour imposer le châtiment.
Banderilles difficiles.
Entame prudente pour s’apercevoir que l’animal se défend sur place en cherchant l’homme.
Juan Bautista n’insiste pas et en termine par une demi-lame tendue et un descabello.
Il reçoit des sifflets déplacés et immérités tandis que le bicho, allez savoir pourquoi, est gratifié de quelques applaudissements à l’arrastre.

Vient Mercohudo, fils de Murciano et d’une Melonitas, un beau cárdeno claro capirote, plus gros que les précédents mais aux petites cornes bizcas et vilaines.
Sur la première pique, il secoue le cheval jusqu’à obtenir sa chute.
La deuxième sera forte et dans l’épaule.
Marco Leal cloue la plus belle paire de banderilles de la tarde et est très applaudi.
À la muleta, Juan Bautista ne s’en sort pas à droite et instrumente à gauche avec difficulté.
Vilaine fin par bajonazo et descabello.
Silence.

Le cinquième sorti, Mosquito, un cárdeno claro de belle prestance, aux cornes modestes, fils de Borlador et d’une des Mosquetas, est joliment reçu par véroniques en gagnant le centre.
Il prend une première pique dans le dos en donnant des coups de tête.
Sur la seconde, il pousse par à-coups.
Raphaël Viotti n’est pas dans sa meilleure forme aux banderilles.
Dans la muleta, l’animal a une charge plus régulière que les précédents. Cela permet de bonnes naturelles et le déclenchement de la musique.
Faena  presque exclusivement gauchère qui baissera un peu d’intensité par manque de répétition du taureau. La fin, sans épée, par naturelles des deux bords, connaîtra des changements de main un peu pagailleux.
Un tiers de lame, descabello au deuxième essai.
Salut au tiers.
Applaudissements au taureau.

L’ultime, Jarrito, un beau cárdeno foncé, presque noir, aux cornes modestes, est le fis, comme Milanedro, de Soberano, tandis que sa mère est une Jaquetonas.
Excellente réception à la cape par véroniques en gagnant le centre.
L’animal infléchit sournoisement sa course vers la picador en gagnant obliquement l’arrière du cheval. Longue poussée.
C’est  le sobresaliente Jeremy Banti qui assurera très sobrement la mise en suerte vers la deuxième pique. Même trajectoire de crabe pour gagner le cheval, pique plus brève.
Brindis au public.
Après avoir doublé vers le centre, Juan Bautista prend la gauche pour des naturelles “templées”. C’est classique et sans fioriture, de bonne facture. L’animal est facile, pour ne pas dire anodin. Juan Bautista se déchausse et poursuit par de bonnes séries profilées sur les deux côtés.
Fin par un recibir logé un peu bas.
Deux oreilles.

Tarde, dans l’ensemble, terne mais le public est sorti content.

La présidence était assurée avec maestria par Marcel Garzelli.

 

Jean-Jacques Dhomps