ORTHEZ  – Dimanche 28 juillet 2019 (matin)

Novillada de PABLO MYORAL pour Cristobal REYES (framboise et or) et Manuel DIOSLEGUARDE (turquoise et or).

     Un lot de novillos magnifique, très bien présenté et bien armé, mais malheureusement sans force. Les agenouillements et les chutes ont été nombreux, même avec le 3ème, pourtant plus léger. Inutile de dire que la déception a été à la hauteur de l’espérance suscitée à leur entrée en piste. Paseillo retardé de cinq minutes pour ne pas ôter aux spectateurs ponctuels -et surtout aux cuadrillas- le plaisir d’attendre les lève-tard du dimanche.

1er (3 ans 3 mois) : un imposant càrdeno oscuro meano bien armé, qui cogne au burladero et s’abîme de suite le piton gauche. La réception de Reyes est appliquée et les deux piques, ou plutôt picotazos qui suivent, courts révèlent de suite la faiblesse de l’animal. Poursuites molles aux banderilles, correctes, du novillero. La faena débute aux planches et l’homme, appliqué, cite muleta en avant, mais le novillo s’avère de peu de charge ; celle-ci est un peu plus vive à gauche mais, comme le cornu serre, l’essai sur ce bord est vite arrêté. Echec à la mort avec mete y saca dans le cou, deux pinchazos et demi-lame à la fois très basse et très en avant, le tout suivi de quatre descabellos. Avis et silence.

2ème (3 ans 7 mois) : càrdeno bragado, qui prend sans entrain deux piques en arrière de Gabin Rehabi. Les poursuites au 2ème tiers sont, elles, franches.  Ponctuée de génuflexions répétées, la faena consiste principalement à tenir l’animal sur ses pattes. Dioslegarde se fait conduire au toril, réussit à en sortir mais a le tort de vouloir prolonger la « confrontation ». Pinchazo, entière basse, avis et silence.

3ème (3 ans et demi) : plus léger mais tout aussi bien armé, galgo, entre comme une fusée. La mise en suerte est manquée, ce qui ne gêne pas le picador pour piquer dans l’épaule ; tout aussi adroit et alors que le novillo arrive au pas, il place la 2ème quasiment là où s’exécute habituellement le descabello. On dirait que le président acquiesce à regret à la demande de changement de tiers … L’effondrement de l’animal commence aux banderilles, posées une à une en quatre passages. Montera en tête, Reyes entame proprement sa faena, mais la charge s’amenuise très vite, la musique servant surtout à masquer l’ennui. Deux pinchazos, entière tombée, avis et silence.

4ème (3 ans 7 mois) : càrdeno oscuro qui, enfin, pousse sous deux piques correctes d’Alberto Sandoval, applaudi. Les banderilles sont clouées proprement et les poursuites sans conviction. Au 3ème tiers, le novillo se fige au bout de trois passes. Le toreo de Diosleguarde, par le large, lui redonne un peu d’allant, et les agenouillements se font discrets. Demi-lame qui ressort de suite, pinchazo profond et entière tombée en avant. Silence.

Présidence de Pascal Darquié, sérieux quoiqu’un peu en retard dans la sonnerie des avis. 

Le prix pour le meilleur tercio de piques a été attribué (sans peine !) à Alberto Sandoval.

 

ORTHEZ  – Dimanche 28 juillet 2019 (après-midi)

Corrida de PRIETO DE LA CAL pour Alberto LAMELAS (turquoise et or), Jesùs Enrique COLOMBO (bleu roi à parements blancs et or) et Angel SANCHEZ (lavande et or).

Bien sûr, ces Prietos, bien présentés, étaient violents au cheval plutôt que braves et ce n’étaient pas des toros « de 3ème tiers » ; reconnaissons que la façon dont ils ont été « soignés » à la pique n’était pas pour arranger les choses. Quant aux piétons, ils n’avaient sans doute ni le bagage technique ni le poder pour s’imposer à eux, mais des teigneux qui vendent leur peau au lieu, comme on le voit trop souvent, de la donner, c’est aussi cela, la corrida. A noter que la plupart des pitones se sont cassés ou ont éclaté en piste dès qu’il y a eu choc au burladero.

1er (4 ans 3 mois) : se casse de suite un bon morceau de la corne gauche en frappant au burladero. Lamelas se fait « manger » lors de la mise en suerte, et le toro prend trois piques un peu traseras (mais on a vu pire), la 2ème en secouant, la 3ème brève ; Antonio Prieto sort sous les applaudissements. Alors que la 2ème paire de banderilles a été manquée et que le cornu suit, le torero demande le changement avec seulement deux paires plantées. La 1ère série de derechazos est courte et l’animal cogne dans le leurre ; à gauche, l’homme procède par aidées et se fait promener par son adversaire, recevant au passage deux avertissements. Le final dans les cornes se solde par une poursuite et le coriace meurt d’une lame entière dans l’épaule d’effet rapide. Silence.

2ème (4 ans et demi) : jabonero sucio, armé court mais large. Bien que ne poussant pas, il est piqué sévèrement en trois rencontres : 1ère en place mais pompée ; 2ème en venant lentement puis entrant violemment dans le peto, 3ème dans le même style en et encore bien appuyée. Avec des poursuites irrégulières de son opposant, Colombo se montre spectaculaire et bien assez théâtral aux banderilles. A la muleta, il torée prudemment, par le large et sans baisser la main, un toro pourtant sans vice, à la limite de la soseria. Cette faena superficielle est conclue par bernadinas suivies d’un pinchazo porté avec engagement et d’une demi-lame en avant. Avis ponctuel, le toro va mourir au toril d’un descabello après démarrage. Silence.

3ème (4 ans 3 mois) : de format imposant ; le piton droit se casse de suite. Lui aussi se limite à secouer sous deux piques basses, la 1ère rechargée, la 2ème placé trop près. Banderilles correctes (deux paires d’Ivàn Garcia), avec poursuites. Les doblones d’entame de la faena sont peu appuyés et Sànchez accompagne, parfois non sans mal, une charge noble mais il est vrai un peu pesante ; toujours est-il qu’avec sa noblesse et sa mobilité, c’est le toro qui impose son rythme. N’ayant pas dominé les débats, le matador peine à cadrer et tue laborieusement par tiers de lame, quart de lame, mete y saca en entière en place. Silence pour l’homme, applaudissements pour l’arrastre.

4ème () : acapachado, déborde Lamelas à la cape. Il sort seul des deux premières piques, 1ère au milieu du dos et replacée, se rapproche pour la 3ème, s’allume sous le fer, sort de nouveau seul et revient de suite pour une 4ème. Le toro attendant les hommes, les banderilles sont posées prudemment, avec deux fois une seule et une paire en arrivant par derrière. Devant un « client » violent à droite et qui le promène à gauche, le matador n’insiste pas outre mesure (ou, au choix, ne force pas son talent) et tue d’une lame dans l’épaule un « mauvais toro » (dixit ma voisine de tendido), en fait un manso il est vrai dangereux. Silence pour l’homme, division pour la dépouille.

5ème (4 ans 7 mois) : jabonero sucio qui saute les planches et exécute un tour complet de callejon avant de ressortir. Après une mise en suerte dans un beau désordre, il prend une pique en place mais pompée avec une poussée brève, une autre en arrière après avoir fait voler plusieurs capes et enfin une 3ème, en arrière et replacée. Poursuites aux banderilles. Colombo recule de suite sur les doblones qu’il tente de servir ; à droite, le toro cherche surtout à attraper la muleta, et à gauche, on ne saura pas, car le matador abrège avant d’avoir tenté quelque chose sur ce bord. Un pinchazo indignement accompagné de sifflets, un autre par le large, tiers de lame en avant et demi-lame tendue. Nouveaux sifflets et applaudissements à l’arrastre (peut-être de dépit ?).

6ème (5 ans 8 mois) : trois piques de mieux en mieux placées permettront à Jesùs Manuel Vicente Garcia de remporter le prix du meilleur picador. Attente puis poursuite des hommes au 2ème tiers. D’abord peu mobile, le vétéran du lot se fige rapidement. Faisant le constat qu’il est difficile de toréer un bloc de granit, Sànchez conclut les (non) débats d’un bajonazo porté prudemment.       

Présidence de Philippe Lalanne, assisté d’Isabelle Boulet-Magne et de Laurent Lucasson.

Dix combats, pas une oreille, pas une vuelta, pas un salut. Ce n’est pas pour autant que je qualifierai cette journée orthézienne d’échec ; le pari d’aller chercher des élevages que l’on voit peu ou que l’on n’a pas vu depuis longtemps est toujours risqué, il y a peut-être eu plus de mauvais que de bon cette année, mais ce n’est pas une raison pour ne pas renouveler ce pari l’an prochain.