ORTHEZ  – Dimanche 29 juillet 2018 (matin) - Novillada

  Défi d’éleveurs du Sud-Ouest pour Baptiste CISSE (rouge basque et or) et Dorian CANTON (vert empire et or).

1er, LE LARTET, origine Cebada Gago (3 ans 2 mois) : negro bizco qui remate puis prend deux piques correctes de Nicolas Bertoli, 1ère en poussant, 2ème levée de suite. Le quite de Canton finit par une hésitation générant un cafouillage ; une paire de banderilles à cornes passées est suivie de deux autres correctes, avec poursuites. A la muleta, le novillo, mobile, n’est pas doublé, et la 2ème série à droite déclenche la musique ; la 4ème, tout aussi prudentes que les précédentes, est assortie d’un avertissement discret de l’animal. Une (trop) longue série de naturelles se termine en chiffonnade, la 2ème est plus posée, et nous en resterons là pour ce qui est de la main gauche. Retour à droite, bernadinas, toujours populaires, pinchazo avec désarmé, entière contraire et descabello. Oreille sur demande vraiment minoritaire (un quart du public ?) et applaudissements à un novillo correct sans plus.

2ème, L’ASTARAC, origine Guardiola par Le Scamandre (3 ans 3 mois) : negro bragado cornicorto de trapio correct, qui prend une seule pique de Juan Manuel Sangüesa, le palco accédant à la demande d’arrêt du novillero (oui, il paraît que c’est comme cela de nos jours). La comédie se poursuit aux banderilles, avec arrêt à deux paires pour le même motif et brindis au public pour ne pas être en reste. Tombant dès l’entame du 3ème tiers, le pauvre animal charge dans la mesure où ses moyens, limités, le lui permettent et la faena, faena d’infirmier par nécessité, génèrent quelques « menthe à l’eau » charitables. Adornos avec l’épée de muerte au sol (?), demi-lame en avant, deux descabellos et salut aux tiers.

3ème, ALMA SERENA, origine Juan Pedro Domecq (3 ans 1 mois) : negro alluré qui ne remate pas et tombe dès les premiers capotazos. Après une mise en suerte correcte, il se montre tardo et prend bien sûr une seule pique levée de suite (Laurent Langlois), puis quand même trois paires de banderilles propres, avec poursuites. Une charge vive associée à une tête mobile dans la muleta ne sont pas loin de déborder Cissé, qui se fait accrocher le leurre ; le novillo se met vite sur la défensive et le final reste brouillon, agrémenté d’une circulaire inversée manquant de peu mal se finir ; estoconazo porté avec foi et résultant un peu en avant. L’oreille, encore moins demandée que la précédente, est tout de même accordée, garantie d’une sortie a hombros plutôt folklorique.

4ème, LA ESPERA, origine Victoriano Del Rio et Jandilla (3 ans 3 mois) : negro liston astifino, reçu par trois  largas à genoux, qui recule face au picador, est placé quasiment sous le cheval et est manqué par Jean-Lou Hayet qui pique après contact ; le palco ayant cette fois imposé une 2ème rencontre, le picador va de suite chercher l’hésitant, qui sort seul de suite d’un picotazo. Banderilles correctes avec poursuite des hommes. Canton renonce à son début de faena à genoux pour sortir son adversaire des planches, lequel y retourne après avoir gratté et reculé. Face à ce client « pas franc du collier » et pas commode, qui démarre quand il semble sûr d’attraper le leurre, le novillero réussit à trouver le sitio pour quelques séries, principalement gauchères, sans cependant empêcher un nouveau retour aux planches. Final sérieux par aidées basses mais échec à la mort : cinq pinchazos entrecoupés de démarrages intempestifs sanctionnant probablement le manque de dominio et entière très en avant. Un avis pour quatorze minutes de faena. Silence pour l’homme et silence pour un novillo certes bourré de « défauts » mais intéressant.

Présidence laxiste, trop aux ordres des hommes en piste.

Fort logiquement, le prix pour le meilleur tercio de piques n’a pas été attribué : il n’y a eu aucun vrai tercio de piques. Tout aussi logiquement, le prix au meilleur novillo est resté lui aussi desierto.

Prime aux retardataires professionnels, avec un paseillo retardé de dix minutes « pour cause d’affluence aux guichets ».

 

ORTHEZ  – Dimanche 29 juillet 2018 (après-midi) - Corrida

Défi d’éleveurs français pour Domingo LOPEZ CHAVES (vert olive et or), Juan LEAL (bleu roi et or) et Tomàs CAMPOS (ciel et or).

1er, PAGES-MAILHAN, origine Santa Coloma et Parladé (4 ans 1 mois) : negro armé large et astifino, qui cogne dans la cape et tombe. Deux agenouillements de plus sur la mise en suerte font que le 1er tiers se résume à une seule pique en arrière José Ney Zambrano. Malgré de nouvelles chutes, trois paires de banderilles seront clouées. Le cornu tombe également à plusieurs reprises lors d’une faena précautionneuse par obligation, donnée en se croisant néanmoins à l’occasion ; le torero réussit cependant à allonger la charge de son adversaire, fort mesurée il est vrai, au moins sur la droite. Pourquoi ce desplante inutile et surtout de mauvais goût ? Entière basse et silence.

2ème, CAMINO de SANTIAGO, origine Marqués de Domecq (4 ans 1 mois) : un negro playero qui remate puis effectue une vuelta de campana et ne montre rien sous la mono-pique qui suit. Salut de Marco Leal et de Manolo de Los Reyes au 2ème tiers. La faena commence fort avec deux passes cambiadas au centre, avertissement au 3èmederechazo et accrochage à la 2ème naturelle ; la musique démarre-t-elle pour saluer un ersatz de toreo lointain et profilé ? Deux avertissements sans frais à droite précèdent une nouvelle cogida sur une circulaire inversée. Conclusion du même tonneau avec deux pinchazos, entière basse et plate, 1/5ème de lame et descabello. Avis, silence pour l’homme, applaudissements surprenants pour l’arrastre.

3ème, TARDIEU Frères, origine Carlos Nuñez (5 ans 2 mois) : enfin un cinqueño dans un concours (concours … ou presque), long à sortir, negro bien armé sans excès de poids, coureur, qui s’assomme en cognant au burladero ; la corne droite, cassée nette au niveau du frontal, pend dès le contact avec le cheval. Comme quoi même sur les burladeros recouverts de tôle, cela ne glisse pas toujours. Le toro est changé, refuse de sortir et est tué en piste par Campos. Sort alors un sobrero du même fer, autre cinqueño, beau negro meano très armé. Mise en suerte de près pour une pique correcte (Juan Alfonso Doblado), une autre en venant de plus loin mais au trot, sortant facilement, et une 3ème, au galop cette fois et de plus loin encore. Pas de poursuite aux banderilles. Enfin des doblones pour débuter une faena mais très vite, le toro, de charge courte, se montre tardo ; Campos arrache les passes et tue laborieusement avec deux pinchazos (1er porté prudemment), demi-lame basse et plate elle aussi par le large et descabello. Mort bouche fermée, applaudissements.

4ème, CUILLE, origine Sepùlveda (4 ans 3 mois) : lourd negro liston basto d’armure et faible de surcroît. Piqué dans l’épaule (Francisco Javier Gonzàlez), il soulève le cheval par devant et provoque sa chute puis s’effondre lui aussi. Pourquoi le palco attend-il la demande de changement du torero pour l’ordonner alors que là, la décision crève les yeux ? Limitation du 2ème tiers à deux paires de banderilles, normale dans le contexte ; l’animal remate aux planches, provoquant l’éclatement des deux pointes. A la muleta, Lopez Chaves torée proprement, ménageant son (pauvre) opposant entre les séries et se croisant progressivement. Pinchazo, entière en place et salut au centre.

5ème, Christophe YONNET, origine Pinto Barreiros et Marqués de Domecq  (4 ans 3 mois) : negro bien armé qui prend deux piques basses (Germàn Gonzàlez) en poussant, la 1ère pompée et agrémentée du mouvement de balancier, la 2ème au même endroit ; et de nouveau, on attend que le torero demande le changement de tercio. Banderilles correctes. Pris sans dégât apparent sur un pecho, Leal fait ce qu’il peut face à un adversaire tardo, qui charge sur deux mètres ; il nous sert la séquence « maison » dans le berceau et abrège, concluant par pinchazo et entière basse d’effet rapide. Silence.

6ème, FERNAY y sus hijas, origine Juan Pedro Domecq (4 ans 2 mois) : noir de robe et de cornes, très armé, veleto et astifino. Après une réception correcte, il s’échappe pour une pique prise en secouant puis en poussant ; cette fois, le palco refusant le changement, la 2ème sera bien sûr symbolique. Enfin un toro noble, mobile et qui surtout tient debout (pour ce dernier point, le minimum pour un toro de lidia) ; Campos profite de cette charge pour nous servir un trasteo superficiel, sans risque de se tacher le costume, mais bien conclu d’un estoconazo. Deux oreilles (une de trop car la faena …), le 2ème mouchoir étant sorti plusieurs minutes après le 1er et alors que l’arrastre, après bien avoir attendu pour entrer, se trouve à la hauteur de la dépouille.

Présidence sans autorité de Philippe Lalanne.

  • Prix au meilleur toro : Fernay, pour un toro de 3ème tiers, mais au royaume des aveugles … ;
  • Prix au meilleur picador : Juan Alfonso Doblado, qui a piqué le Tardieu de réserve ;
  • Prix au meilleur torero : Tomàs Campos, qui ne s’est jamais croisé dans ses faenas ;
  • Prix de l’émotion : Juan Leal, sans doute pour avoir volé sur les cornes de ses toros ; là, on croit rêver, mais hélas non ;
  • Et le seul qui a été torero, Domingo Lopez Chaves, repart sans rien ; si la vie était juste, cela se saurait, et depuis longtemps.

Musique particulièrement pénible (matin et après-midi) car jouant dès l’entrée du train d’arrastre, couvrant ainsi les réactions potentielles du public à la sortie de la dépouille.

 

Quelques réflexions en bilan de cette journée complète de desafio ganadero :

  • Si les novillos et les toros vus aujourd’hui en piste sont représentatifs de l’élevage français, il y a du souci à se faire ; néanmoins, ce type d’exercice, ou de pari, est tellement périlleux qu’il est méritoire de l’avoir tenté ;
  • Il a aussi permis de constater que, peut-être encore plus que dans une corrida « classique », il est fondamental d’avoir une présidence qui … préside, tout simplement ;
  • Pour lui donner tout son sens, il est également fondamental d’avoir des toreros qui toréent, c’est-à-dire qui ne se contentent pas de faire des passes ;
  • Les novillos présentés étaient plus proches des 3 ans que des 4 ans, et les toros plus proches des 4 ans que des 5 ans. Pour pleinement exprimer leurs caractéristiques, que ce soit des qualités ou des défauts, ne serait-il pas mieux de choisir, dans la mesure du possible, des animaux plus proches des 4 ans pour les novillos et 5 ans (voire plus) pour les toros ?
  • A côté de cela, ce terme de « défi » me laisse perplexe : pourquoi ne pas appeler ce spectacle du nom de ce qu’il est, une corrida concours, avec sortie des élevages par ordre d’ancienneté ?
  • L’annonce faite lors la novillada du matin « Pour recevoir le prix du meilleur novillo, ce dernier devra au minimum avoir effectué la vuelta al ruedo » m’a fait poser la question suivante : est-ce une façon d’inciter la présidence à sortir plus volontiers le mouchoir bleu, voire le mouchoir orange ?

* Enfin, une impression plus en filigrane : le sérieux apporté dans la gestion des spectacles taurins à Orthez durant six ans n'est-il pas, tout tranquillement, en train de s’estomper ?