Vendredi 1er mai

Novillada piquée

Entrée : 1/3

Arènes d’Aire sur l’Adour

 

Les santacolomas ont un avenir

Roca Rey à la conquête du Vieux Monde

 

Novillada-concours correctement présentée, dans le type de l’encaste, au travers de ses quatre lignes : Albaserrada, Graciliano, Buendía et Coquilla. Le 6e appartenant au dernier, il aurait dû être le plus petit dans la logique des choses, ce fut le contraire et le mieux présenté, bien que fin, presque féminin. Dans l’ensemble il y a eu de la bravoure, beaucoup de classe, avec des animaux qui ont baissé la tête et qui ont duré, montrant une adaptation possible de cette branche de Vistahermosa aux temps modernes. 4 novillos ont été de haut niveau, le 2nd, de Valdellán, étant primé d’une vuelta alors que le 4e, de Raso de Portillo, aurait presque pu aussi recevoir ces honneurs en étant mieux mis en valeur, ce qui fut au moins le cas sous les piques de J.A. Agudo "Titi" (prix au meilleur picador) : dans le morrillo ! Alléluia !

 

Borja ÁLVAREZ (vert bouteille et or) : silence et silence

 

Louis HUSSON (rouge et or) : oreille et salut

 

Andrés ROCA REY (violet et or) : salut et deux oreilles

 

1- Le novillo d’Escolar a été, contrairement à sa réputation, noble dès la sortie en piste. Il a refusé la deuxième rencontre en manso avant de finir par l’accepter après une nouvelle mise en place. Son lidiador s’est montré « épais » comme on dit en Espagne, sur la réserve et sans conviction, dans quatre séries à droite suivies d’une alternance où le novillo, fidèle en cela à son origine, a montré qu’il commençait à comprendre. Mises en suerte interminables face à un animal défaitiste qui baissait la tête d’où les deux avis.

 

2– Le novillero français a été l’auteur d’une belle réception à la cape en conduisant la charge de son adversaire, jusqu’au centre, en l’appelant bien devant et en laissant un espace entre lui et le leurre à la manière d’un David Mora pour lequel nous avons une pensée pratiquement un an après son terrible coup de corne. Torrealta prit donc quatre piques de loin, de manière enjouée mais sans véritables poussées (et là je repense à Quitasol, presque deux semaines après sa mort garlinoise); il hésita à la 3e mais finit par cogner fort contre le caparaçon et fut plus décidé à la suivante. Le torero local a donné une faena longue et assez fade en alternant sur les deux cornes. Final par passes aidées basses et doblones puis série de molinetes. Le meilleur, l’estocade. Le novillo méritait sans doute plus d’engagement mais il s’agit là d’une question de concept.

 

3- Le Flor de Jara était un animal faible qui ne restera pas dans les annales. Roca Rey a été très varié à la cape : tafallera enchaînée à une caleserina conclue en larga, le tout avec autorité et bon goût. Son adversaire a offert peu de charges mais a tout de même permis quatre séries, 2 sur chaque corne avant un final entre les cornes à faire rougir de comte de Santa Coloma. Epée basse et pétition minoritaire avant protestation pour une tentative de vuelta.

 

4- Quirúrgico fut donc maginfiquement piqué (carioca à la première exceptée) : il chargea 3 fois avec alegría avant d’être placé à l'autre bout de la piste. Le novillo a montré au second tiers qu’il était le patron en piste mais il avait un bon fond qui a permis à son matador de réaliser une faena assez semblable à sa première prestation, sans structure, sans engagement et surtout sans envie apparente ou sans capacité à se dépasser. Final par bilbaínas où la qualité de l’animal a encore été palpable. Demi lame un poil arrière et tendue.

 

5- On a eu peur que le dicton ne se vérifie pas lorsque Clarinero s’est montré fuyant (plus que distrait) à sa sortie mais il ne s’est ensuite pas révélé si mauvais en alternant des comportements opposés, en vrai bravucón. Grosse poussée à la première (la violence des timides peut-être) et fuite à la deuxième tentative puis troisième en hésitant avant d’y aller franchement. A la muleta, on le vit en marche arrière mais Husson lui fit une faena complète sur les deux cornes là aussi, en commençant correctement à droite puis en abusant du pico (dans quel miroir te mires-tu ? N’est-pas Manzanares qui veut.). La série droitière finale, très naturelle, le corps droit, a été le meilleur dans un ensemble qui a manqué de transmission, moitié par la faute de l’animal moitié par la faute de l’homme. S’il y a eu plus d’envie que pour le novillero d’Alicante, l’attitude n’est pas tout. Dans ces conditions, l’alternative dont on parle semble bien précipitée. Epée tombée et descabello.

 

6- Le torero péruvien a montré face à Jabato, un novillo faible mais classieux, pourquoi il vient de sortir par la Grande Porte de Las Ventas, d’abord dans un quite par saltilleras puis dans un changement dans le dos à courte distance après les hésitations du cornu et surtout dans une faena a más, comme il se doit, en alternant des deux côtés, en se montrant sûr, dominateur et plein de finesse, en présentant la flanelle au ras du sol et en conduisant bien l’embestida, même s’il a manqué à la faena un petit quelque chose pour rendre l’ensemble plus compact. Quoi qu’il en soit, l’impression est très positive et on ne peut pas en demander beaucoup plus à un novillero. Pinchazo et bonne estocade (un chouia desprendida). Deux oreilles méritées (à mo goût).

 

Sébastien Giraldez