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De l’estocade

 

Les critiques acerbes que reçoit el Juli, l’un des très grands toreros de notre époque, au moment de la mise à mort de ses toros, sont elles justifiées, et avérées, ou ne sont-elles que de basses présomptions de lâcheté de la part du Juli (et de quelques uns qui l’imitent) ?

 

Introduction

Pour répondre à cette question, il faut reprendre au départ la petite histoire de la mise à mort, l’évolution de celle-ci, en apprécier la validité ou non, s’appuyer sur le règlement taurin.

Et reprendre point par point les “obligations“ du matador de toros, ce qui est autorisé ou ne l’est pas.

Détailler les différentes mises a mort.

S’intéresser à ce que font d’autres toreros.

Écouter enfin ce qu’en dit l’intéressé, comment il justifie celle-ci, et pourquoi ?

 

“Le moment de la mise à mort est le moment le plus dangereux de la corrida, car même si il triche c’est le seul moment de la corrida ou il perd de vue la corne du toro. “

C’est ce que me disait mon grand- père, rajoutant qu’une belle mise a mort donnait droit à une oreille en récompense.

 

L’estocade est le point final de la rencontre entre l’animal et l’homme après que celui-ci ait usé d’artifices pour affaiblir l’animal au point de le défier et le tuer.

Dans les termes taurins, les toreros sont tous ceux qui défient les taureaux dans l’arène, banderilleros, peons, cavaliers etc…mais seuls les matadors “tueurs“ littéralement ont le droit de tuer un toro en piste.

 

L’estocade par le passé était le point culminant, l’aboutissement de tout ce qui se passait dans l’arène pour amener le toro a défier l’homme qui d’une simple épée devait exécuter la “Suerte suprême“ : la mise à mort.

 

Celle-ci nécessite de l’engagement de la part du matador car en fixant le point où il doit placer l’épée le matador perd de vue les repères essentiels et surtout la pointe de la corne.

 

A l’origine 17ème et 18ème siècle l’épée importait peu le but étant de tuer, le plus rapidement possible, l’animal blessé par les nombreuses piques (la faena) n’était qu’accessoire et ne consistait qu’à des passes de châtiment.

 

C’est apparemment sous Francisco Romero que la technique s’améliora vers 1700 et quelques pour démontrer leur habileté et leur maitrise les “espadas“ codifièrent la mise à mort.

 

On trouve dans un ouvrage appelé : “les courses de taureaux expliquées“ écrit en 1854 par Oduga-Zolarde, les différentes façons de tuer les toros.

 Parmi les différentes manières “por alto“ “por Bajo“ “al recibir“ “ a la carrera“ ou “a toro levantado“ “A paso de banderillas “ “a vuela pie“ etc.

Dans toutes ces façons de tuer, le fait de perdre de vue, le regard et la corne est permanent et l’attaque de la suerte se fait de face sur la corne effaçant la corne opposée à l’aide de la muleta.

D’où la célèbre phrase : “la muleta d’une main, l’épée de l’autre et le cœur au milieu. “

 

Au milieu de ce descriptif, il existe une façon de tuer, que l’on appelle à “Média Vuelta“ n’hésitons pas à le dire, c’est de cette manière que Tue le Juli.

De quoi s’agit-il ?

 

“Afin d’exécuter cette estocade le matador se doit d’attaquer l’animal par-derrière ou pour mieux dire obliquement et de côté“ sic…“pendant que le matador prépare son coup, il faut qu’un chulo attire l’animal par devant au moyen d’un jeu de cape quelconque.

Regardons toujours le jeu des peons derrière les burladeros…

“ On donne généralement la préférence à cette manière de tuer quand le toro est “aplomado“ (toro fatigué qui n’a plus de charge) “ sic.

 

Une autre variante est celle de l’estocade “al hilo de las tablas“ (contre les planches) avec des toros “mansos “ et donc réfugiés qu’il est impossible de cadrer.

 

Revenons donc à ce “roublard d’Escobar“ qu’est “le Juli“.

 

Si nous considérons que Le Juli ne torèe que des toros “commodes ou plus que commodes“ que ces toros ne supportent qu’à peine la pique donnée (Quand ça n’est pas une demi pique, et on a même vu Perrera toréer sans qu’aucune pique n’ait été donnée à son toro) que seul l’intérêt ne réside que dans le troisième tiers, soit la faena, et le nombre incalculable de passes données (généralement terminées par des “redondos“ passes en rond qui permettent au toro épuisé de tenir encore debout)

C’est alors que l’on comprend mieux sa façon de tuer.

Il est courant de lire qu’il a “rincé“ son toro, entendez qu’il l’a vidé de toutes ses forces.

Alors le toro, bouche ouverte, langue pendante, et pattes en X, ne bougera qu’à peine au moment de la mise en mort, mettant en “danger“ le matador il utilisera la fameuse média vuelta (appelée dans ce cas, de façon facétieuse et par moquerie “le Julipié“)

 

Le tout étant de savoir si elle est légitime ou pas.

Le Juli expliqua l’an passé que cette manière de tuer est plus “rapide et plus propre“. Disons, tout bêtement, plus commode, car il est moins en danger.

Il explique aussi que le “public“ d’aujourd’hui, ne veut pas voir le sang jaillir de la bouche du toro (“blessure au poumon“) et qu’il est plus sensible qu’autrefois…que cette méthode limite les risques de voir du sang (le sien ? celui du toro ?)

 

Il nous a semblé que ces arguments ne tiennent pas, car ses épées, à cornes passées, ne sont pas et loin de là, ni plus efficaces, ni plus rapides.

En revanche elles nous paraissent bien moins exposées que celles de la plupart de ses collègues y compris ses concurrents directs.

On a vu se faire prendre José Tomas, Fandiño (avec son épée à cuerpo limpio cette année à Madrid), Perrera, Joselito Adame, et bien d’autres au moment de la mise à mort.

Le Juli, en effectuant cette mise à mort ne s’est jamais fait toucher.

 

L’évidence se fait jour grâce aux photos et autres vidéos, le corps du juli est en l’air, sur le côté de plus d’un mètre (en fait la longueur du bras) quand les autres sont sur ou entre les cornes.

 

Que dit le règlement taurin ?…..Et bien celui-ci ne dit rien.

Marc Roumengou m’expliquait cela à Céret.

Il n’existe aucun écrit, ni aucun règlement sur la manière exacte de tuer.

Que cela faisait plutôt partie de l’usage ou de l’appréciation des aficionados.

 

La façon de tuer du Juli, exécutée depuis des lustres par d’autres toreros des siècles passés, comme Curro Romero (dont beaucoup dénonçaient la couardise) n’était pas autant critiquées par le passé.

D’ailleurs, l’aficion Espagnole a laissé faire pendant quelques temps, avant qu’un certain nombre d’aficionados Français ne dénoncent ce qu’ils considèrent comme une tricherie.

Et l’on voit régulièrement, encore, en France, comme ailleurs, Escobar sortir deux oreilles à la main, quand ça n’est pas avec la queue en ayant exécuté sa semi cabriole, preuve qu’un grand nombre de spectateurs s’en fichent comme de leur première bouillie.

 

Sur le fond, le Juli a raison, il n’existe aucun règlement qui ne lui interdise de tuer de cette manière, rien ne stipule qu’il triche, ou qu’il falsifie une quelconque règle.

 

Sur la forme, le reproche qu’on lui fait, est plutôt lié au manque de pundonor, d’une manière de se protéger, et de ne pas accepter de se mettre en danger au moment suprême.

Mais d’autres sujets rentrent en ligne de compte, le choix des toros faibles décastés et noblons quand ils ne sont pas anovillados. Donc la rapidité avec laquelle ils s’épuisent.

 

On lui reproche d’avoir avec le G7 (aujourd’hui dispersé) dirigé, phagocyté et limité l’accès des corridas aux autres toreros.

On lui reproche aussi de s’être impliqué partout, il est apoderado, dirigeant d’école taurine, éleveurs, et matador de toros, de tenir dans sa main les dirigeants d’arènes qu’il menace de boycott (Séville cette année), de faire du marketing, et du lobbying auprès des jeunes, de tenir la presse taurine dans ses mains (on le dit actionnaire dans un certain nombre de journaux et sites taurins) et influent sur les présidences, certaines ayant payé cash un nombre de refus de trophées.

 

Le Juli est partout, tout le temps, avec cette rage et cet orgueil démesuré qu’on lui connaît.

 

Militant de l’indulto (là, la mise à mort ne peut plus être contestée) ce dernier donne une image “moderne“ (sic) de la corrida, moins sanglante, moins dure.

Donne une valeur plus importante au triomphe (indulto=grand toro=grand torero, donc plus de mérite encore pour celui-ci)

Également une image moins violente de la tauromachie (ce que demandent les anti taurins) moins de piques, pas de mort violente (même si on exécute la plupart du temps l’animal une fois que le public ne le voit plus.

Un spectacle plus “Esthétique“ qui ne réside quasiment plus que dans la faena et plus proche des goûts édulcorés d’un public urbain.

Donc il a raison, pas de règlement, donc pas de contrevenant à celui-ci.

 

Donc il a tort, la mise à mort, et le danger inhérent est la base même des canons de la tauromachie, et il “tire le public vers le bas“

 

C’est le public qui juge, celui qui lui donne quitus et trophées, et celui qui le punit en le sifflant là, ou ailleurs il aurait reçu un triomphe.

Celui qui lui donne du triomphe, parce que lui-même (ce public) va une fois par an aux arènes pour la fête de leur Saint ou de leur village.

Celui qui refuse que le toro ne soit qu’un collaborateur choisi, trié sur le volet et le seul faire-valoir d’une Esthétique discutable parce que l’éthique taurine est ailleurs

 

Quand aux épées, et comme me le disait mon ami Jean Jacques Dhomps : “ il serait temps de dépoussiérer le règlement taurin“, afin de recadrer tout cela, et remettre le toro de combat à sa place, c’est à dire au centre de tout.

 

Conclusion

 

Aller voir le Juli toréer, c’est une quasi assurance de voir des oreilles si chères aux publics des férias.

C’est l’assurance de ne pas voir de piques, ni de danger sourd dans l’arène

C’est l’assurance de voir du “domptage“

Des toros tourner en rond.

Et des épées tombées ou pas, mais dont la régularité ne saurait être contestées par un quelconque règlement, et encore moins celui dit : “taurin“

C’est l’assurance de triomphes contestables, ou pas, selon que l’on se place d’un côté ou l’autre de l’aficion.

C’est l’assurance de ne pas voir le torero se faire accrocher (au moins à la mise à mort)

C’est l’assurance de s’ennuyer pour certains d’exulter pour d’autres

C’est l’assurance de voir des épées “factices“ et honteuses pour beaucoup

Des Mises à mort banalisées et sans pundonor.

 

CHF

Julipie

Une horreur effectivement que malheureusement beaucoup,bien trop nombreux , ne voient même pas et dont beaucoup de "revisteros"

ne parlent ,à mon sens ,pas suffisamment .Preuve supplémentaire s'il en est de leur connivence pour bon nombre d'entre eux.Un

geste peu esthétique et anti-tauromachique par excellence .Un manque de respect  total envers l'aficionado et le toro et la preuve

 d'une couardise certaine .Mais au point ou en est le Juli... ! Faire du fric à toréer des limaces et entretenir le manège ,cassé en deux,

donnant de la voix , haché, s'exposant de moins en moins ....

manolo

l'estocade

Il est difficile pour l'aficionado, mais aussi pour le revistero d'apprécier la sincérité ou la médiocrité d'une estocade. C'est que son exécution réclame rapidité et précision, mais surtout une synchronisation parfaite, car le fait que le toro soit arrêté bouche ouverte après une longue faena n'est pas l'assurance qu'il ne chargera pas. Au contraire, la synchronisation doit être prédictive et prendre en compte le mouvement naturel de la tête du taureau, c'est à dire baisser la tête avant de la relever pour frapper (c'est pourquoi le torero relève la tête du taureau avant l'entrée a matar). D'où la nécessité de cadrer soigneusement l'animal quelle que soit la situation. Le traditionnel commentaire entendu dans les tertulias porte sur la position de l'épée après l'estocade, mais ne dit pas comment elle a été posée, ce qui est à mon sens est bien plus important.

Plus efficace que l'oeil humain, même exercé : l'appareil photo en rafales à 5 images/seconde voit tout. C'est le juge de paix ! D'abord, une ou deux photos dans la rafale montrent que, pour la plupart, les maestros pratiquent l'estocade "a media vuelta", ou, si vous voulez, manient l'épée comme on va "embrasser sa belle-mère".

Un beau "julipié"

Le Juli a simplement un style bien à lui, efficace comme beaucoup d'autres qualités qui le caractérisent. Il ruse avec le taureau. Normal ! Il triche avec le public. Banal !

Un bon repère pour l'oeil :

1er cas : L'épée est complètement enfoncée. La main tient encore le pommeau. Le taureau a baissé la tête. L'homme est dans le berceau, cornes à hauteur de ses tibias ou de ses cuisses ( signal d'urgence accrue). Il va falloir ressortir sans se faire accrocher. Quelque soit l'effet de l'estocade, l'engagement et la sincérité ajoutent à la beauté du geste et font naître l'émotion pour ne pas dire plus. En leur temps, quelques maestros comme Manolete pourtant critiqué pour son manque d'engagement apparent, Ruiz Miguel, ou assez souvent Rincon ont exécuté ce tercio avec sincérité. Aujourd'hui, mes photos révèlent, ici et là, quelques belles estocades dans les règles. Rafaelillo, assez souvent, répond à ces critères, et pas devant des petits taureaux arrêtés.

 

Manolete novillero

 

Rafael Ortega

Ruiz Miguel

 

Rafaelillo

 

2ème cas, plus fréquent : l'épée est complètement enfoncée. La main tient encore le pommeau. le taureau a baissé la tête et parfois même l'a relevée. L'homme est déjà sur le cou, voire le flanc de l'animal quand il n'est pas déjà sur l'arrière. Ce cas est le plus courant pour nos toreros. Il déclenche néanmoins les applaudissements. La position de l'épée et son effet sont déterminants pour une récompense pas toujours méritée.

 

 

Et puis, il y a les autres cas...

 

 

Ainsi va la vie...

 

Toujours le Juli

Comparer à d'autres le style du plus grand torero de notre époque et un jeu très inégal pour ce dernier. Suivre tout de même le lien...

http://torear.blogspot.fr/2014/10/urdiales-vs-el-juli.html

anciens....

Un ami architecte malaguenien m'a expliqué photos à l'appui, que cette épée n'était qu'un recours une technique venant du Juli, et photos anciennes à l'appui m'a démontré par A+B qu'un certain nombre de grands anciens ( de Lagartijo, joselito le premier à Juli bien sur) tuent ou ont tué de cette manière, photos et dessins à l'appui...

lui est Fan...il appelle Juli “le computer“...On a arrêté là, histoire de ne pas se fâcher..

CHF