ÉTATS GÉNÉRAUX DES TAUROMACHIES

2020-2021

RESTITUTION

 


Nous terminons la restitution des questionnaires par celle du cinquième et dernier.

Comme pour les précédentes, l'étude de son contenu engage la suite des États Généraux des Tauromachies avec la tenue au mois de janvier 2021 des Ateliers Thématiques.

 

Restitution du Q5 :

Quelle Corrida au 21ème siècle ?

 

Ce questionnaire aborde des sujets souvent discutés, jamais tranchés, il a l'ambition de rapporter les opinions de l'afición, des acteurs-bénévoles, des élus et des professionnels qui ne sauraient être écartés de l'élaboration des décisions à venir. En effet, la corrida n'est pas un produit commercial comme les autres, elle exige de ce fait la cohésion de notre communauté.

 

Identification des répondants : 399

Toutes les réponses sont identifiées par les nom et prénom et 82% par l'adresse mail.

Elles émanent d'une grande majorité d’hommes (83%). La moyenne d’âge est de 60 ans, d'autre part 68% des répondants se déclarent membres d’une association taurine.

À la question de quelle Tauromachie êtes-vous amateur (plusieurs réponses possibles) la corrida espagnole est citée dans 96% des réponses, suivent la course camarguaise (33%), les fêtes taurines de rue et les jeux taurins (14%), le rejon (12%), la course landaise (9%) et le recorte (6%).

17 professionnels, 7 élus et 65 intervenants bénévoles ont répondu.

NB : Les réponses aux questions à choix multiples sont restituées sous forme de pourcentage de citations dans les questionnaires. Sont retenues les trois premières plus la quatrième si le pourcentage est identique ou proche de celui de la troisième.

 

  1. Évolution de la course

    Le premier tiers : cape et piques

    Une majorité (58%) se dégage pour souhaiter des changements contre 25% de non et 16% sans opinion.

    Six propositions étaient avancées. Elles atteignent toutes un score majoritaire, avec par ordre décroissant :

    a ) Une meilleure prise en compte du tercio de piques dans l’attribution des trophées obtient 87% de oui, les non 6%, les sans opinion 7%.

    b) Seul le maestro et le péon de brega restent en piste au côté du picador recueille 69% de oui, 21% de non, 11% ne se prononcent pas.

    c) Un seul cheval en piste, et un autre en réserve hors du ruedo prêt à intervenir, est demandé par 68%, les non 3%, sans opinion 9%.

    Suivent toujours par ordre décroissant avec des scores importants toujours majoritaires :

    d) Laisser au seul président la décision quant au nombre de piques pour 59% d'avis favorables, les non 32%, sans opinion 9%.

    e) Allonger le temps consacré au travail de cape à la réception du taureau obtient 56% de suffrages favorables contre 35% de non et sans opinion 9%.

    f) Réduire la partie pénétrante de la pique (moins de sang, plus de rencontres) recueille 54% d'avis positifs, 34% de non pour 12% de sans opinion.


    Commentaire :

    Les priorités dégagées visent à plus de clarté en piste pour valoriser le tiers de pique. Plusieurs arènes ont déjà adopté ce type de mesures. Cela traduit un attachement fort à cet exercice, encore faut-il que l'évolution vers le toro moderne le permette.

    • Les banderilles

    Contrairement aux piques une courte majorité (53%) souhaite ne rien modifier, contre 34% pour des changements et 13% sans opinion.

    • Dans ce contexte partagé, demander aux novilleros de banderiller obtient un score favorable de 45% contre 37% de non et 18% de sans opinion.

    • Pour le reste presque personne (2%) ne veut supprimer ce tercio, seulement 14% demandent des banderilles non sanglantes, et une minorité (20%) une limitation du nombre à une ou deux paires.


    Commentaire :

    L'équilibre de la Corrida en 3 tiers est plébiscité d'où la nécessité de veiller à sa bonne exécution. Là aussi la question du nombre de banderilles à poser dépend de la force du bétail présenté.

    • La faena

      Les avis sur des changements éventuels sont très partagés : 41% de pour et 42% de contre.

      • Si 10% souhaitent raccourcir réglementairement sa durée, 20% ne veulent pas lui fixer de limite.

      • 59% privilégient les passes fondamentales (naturelles, derechazos, poitrine), 10% les passes d’ornement.


      Commentaire :

      Derrière ces appréciations se profilent les réflexions sur la tendance à l'hypertrophie du troisième tiers au détriment des deux autres.

      La mort

        Ici aussi les avis sont partagés avec 46% pour ne rien changer et 40% favorables à des changements.

        • Une écrasante majorité (93%) considère la mise à mort en public comme un élément fondamental de la corrida, 1% ne se prononce pas.

        • La majorité des avis exprimés demande de ne limiter ni le nombre d’épée (59%) ni celui des descabellos (56%) et peu souhaitent une alternative au poignard (26%).


        Commentaire :

        Un consensus sur un point important qui fait sens. Une division d'opinion sur les autres sujets qui méritent d'être étudiés et devront être concertés avant toute décision.

        • L’attribution des trophées

        55% des répondants souhaitent des changements et 26% non, les réponses, changement ou pas, variant selon les items proposés :

        • Que l’attribution de la 2ème oreille tienne compte de la totalité du combat notamment de l’estocade (engagement, emplacement, résultat) recueille 96% des votes.

        • Que les 3 tiers de la course soient pris en compte pour accorder la vuelta au taureau rassemble 95%.

        • Limiter le nombre des indultos qui doivent rester exceptionnels obtient 82%.

        • Que le président conserve seul l’attribution de la 2ème oreille et des autres trophées (vuelta au taureau et indulto) obtient 78% , les contre 16%.

        • L’acte de puntiller ne doit pas, pour 63% des répondants, être considéré dans l’attribution des trophées.


        Commentaire :

        Il s'agit là de simples rappels au règlement, avec en particulier la préoccupation de pallier l'insuffisance de connaissance du sujet par le public, la dérive triomphaliste et, fondamentalement, le manque de communication sur ces sujets.

        1. Types de courses :

        • 82% des répondants demandent à distinguer les corridas intégrales des autres spectacles.

        • 69% souhaitent plus de corridas concours.

          `A l’inverse :

        • 76% ne veulent pas multiplier les corridas mixtes et 72% les goyesques.

        • 66% ne veulent pas de nouveaux types de spectacles : corridas-opéras, festivals taurins musicaux (21% sont pour et 13% sans avis).

        • Concernant la musique, 73% n’en souhaitent pas plus et seulement 12% se prononcent pour sa suppression pendant la faena.


        Commentaire :

        La multiplication de types de course à la recherche d'un nouveau public entraîne, selon la majorité exprimée, une dérive qui nuit à l'authenticité de la Corrida.

        1. Taureaux et cartels

        • La très grande majorité (85%) ne souhaite pas voir privilégier les élevages de taureaux à trophées mais au contraire les élevages de taureaux de respect (combat) : 79%.

        • Concernant les contrôles des cornes, 92% demandent leur généralisation et la même proportion que les résultats soient rendus publics ; 88% se prononcent pour durcir les critères sanctionnant l’afeitado, et 86% pour un meilleur contrôle de l’arreglado par la production des certificats vétérinaires.

        • Sur les cartels, 81% se prononcent pour une modification de leur composition en mêlant mieux les figuras et les autres toreros.


        Commentaire :

        Les résultats confirment la nécessité de préserver les deux fondamentaux : authenticité et éthique. Ils saluent aussi le travail exemplaire des vétérinaires taurins français depuis plus de 20 ans dont l'extension est souhaitée.

        1. Autorités

        Les présidences

          • Seulement 16% des répondants sont satisfaits du fonctionnement actuel, 64% demandent du changement et 20% sont sans opinion.

          • 90% veulent des présidents indépendants des organisateurs et 73% sont pour créer un corps de présidents homologués (avec peu de sans opinion, respectivement 7 et 12%).

          • Très peu (4%) pensent qu’il faut être plus large dans l’attribution des trophées et au contraire 64% qu’il faut être plus strict.

          • Pour 70% des répondants, il faut donner des pouvoirs de sanctions applicables (convocation au pied du palco, diminution de salaire sur part variable…).

          • 77% sont pour systématiser un rôle pédagogique des présidences par exemple en commentant certaines décisions en fin de course.

          • 51% connaissent le Corps des Présidents et Alguazils de Corrida (CPAC).


          Commentaire :

          Il s'agit ici encore d'aborder la question de la crédibilité externe de la Tauromachie et de l'équité entre les toreros et les arènes.

          Les alguazils

            La majorité (54%) appelle à du changement alors même que le maintien de cette fonction est plébiscité (87% de non).

            • Les avis sont partagés sur la création de deux types différents, un pour le paseo et un représentant du palco pour la course (47% pour, 39% contre et 14% sans opinion).

            • Mais 87% approuvent l’idée que l’alguazil représente le palco et doit pouvoir communiquer avec lui en temps réel.


            Commentaire :

            Les souhaits exprimés tendent à valoriser l'alguazil en réaffirmant son autorité et son rôle de représentant de la présidence en piste.

            Les Commissions Taurines Extra-Municipales (CTEM)

            Encore une fois une majorité (57%) se dégage pour demander des changements :

              • 85% leur demande de communiquer sur leur rôle et leurs propositions.

              • Un pourcentage quasi similaire (82%) souhaite une modification de leur composition avec une représentation conséquente d’aficionados formés.

              • Seulement 5% veulent les supprimer et au contraire 42% appellent à un renforcement de leur autorité.


              Commentaire :

              Le fonctionnement des CTEM, lorsqu'elles existent, est très différent selon les villes. Cependant leur rôle est estimé essentiel. L'attachement de tous les acteurs à cet outil envié par nos voisins espagnols est bien réel mais les attentes sont fortes pour son renforcement.

              Les contributions en zone de texte libre sont nombreuses :

              - Tout d'abord un bémol : un nombre significatif d'observations et de propositions montre que leurs auteurs ignorent le statut actuel des CTEM et même leur institution par le Réglement Taurin Municipal Français.

              Les principales autres remarques concernent les points suivants :

              - La composition souvent pléthorique des CTEM est à revoir à la baisse en préservant la représentation des clubs taurins ou au contraire en ouvrant à des aficionados indépendants. Plusieurs références sont faites à un bilan de compétence avant nomination des membres.

              - Il est demandé plus d'indépendance par rapport à l'organisateur et aux élus.

              Le rôle de la CTEM doit tendre vers l'exercice de la démocratie participative en lui donnant un réel pouvoir de décision sur quelques questions ou un pouvoir consultatif liant les élus.

              - Il est demandé que le rôle de la CTEM soit inscrit dans le cahier des charges liant la ville à l'organisateur, ou, a minima, que soit signée une charte qui engage pour son bon fonctionnement.

              Il est demandé qu'un compte rendu de réunion soit établi après chaque séance et publié.

              - Quelques suggestions avancent l'introduction au palco d'un, voire, de deux membres de la CTEM.

              - A contrario et face au renforcement éventuel du rôle de la CTEM est rappelée la prise de risque et la responsabilité financière de l'organisateur.

              1. Les classements

              • 61% sont pour le changement et le même pourcentage d’accord avec l’affirmation que l’escalafon ne traduit pas le mérite des toreros.

              • 67% sont pour inventer un escalafon pondéré (importance relative des arènes et des élevages).


              Commentaire :

              Devant les lacunes de l'escalafon la question de fond est posée : faut-il un classement ? S'il en faut un, les propositions fleurissent pour plus d'équité en valorisant le mérite du torero.

              Reconnu peu représentatif des mérites réels des toreros ne faudrait-il pas que les organisateurs s'en détachent pour justifier leur programmation ?

              En zone de texte libre sont exprimés les avis et suggestions suivants :

              - L'escalafon laisse indifférent nombre d'aficionados du fait de ses limites bien connues, « on n'est pas en top 14 ».

              - Toutefois les propositions d'amélioration du classement actuel ont toutes un objectif prioritaire celui de « valoriser le mérite du torero » en introduisant des critères plus qualificatifs. - D'où de multiples esquisses pour un escalafon pondéré. Mais la difficulté d'intégrer cette appréciation qualitative est mesurée, cependant plusieurs critères sont évoqués. Certains bien connus : la catégorie de l'arène, le type des ganaderias, le nombre de contrats, les trophées obtenus, d'autres plus originaux : l'ordre dans la lidia, l'ancienneté d'alternative, noter la qualité de la faena (de 0 à 5), le nombre de toros à une oreille, à deux oreilles... encore certains plus étonnants : compter les corridas télévisées, établir un escalafon des toros, bonus et malus pour les toros, interdire les arènes de 3ème catégorie aux figuras...

              - Au fil des observations, il est fait référence à « l'escalot de Paul Christian Narand » et à « l'escalafón de Juan Molinas ».

              - Devant la difficulté du problème, il est aussi proposé d'inverser le pouvoir dans l'élaboration des cartels.

              1. Corridas équestres (rejoneo, corrida portugaise)

                Si beaucoup de répondants ne se prononcent pas (de 43 à 47%),

              • Près de la moitié (49%) sont d’accord pour réglementer et contrôler les dimensions des rejons et des farpas.

              • Et 47% pour pénaliser les contacts volontaires de la monture avec le taureau.

              • La proposition de soumettre la pose de banderilles et de farpas supplémentaires à la décision de la présidence retient 42% d'avis favorables.


              Commentaire :

              Les critiques portent sur l'évolution trop marquée vers l'aspect spectaculaire qui ne doit occulter ni la nécessité d'un minimum de contrôle des outils, ni la place de la présidence.

              Au-delà de vos réponses aux cinq questionnaires avez-vous d’autres suggestions à formuler ?

              16% des répondants en ont formulé :

              • Des appels sont lancés à ne pas édulcorer la fiesta, à conserver le rituel et la liturgie, à revenir à ses fondamentaux. « Ce qui importe c'est l'éthique qui privilégie le combat, seule justification de la corrida ».

                • Certaines propositions reviennent telles l'information, la formation du public, l'attente de plus de transparence et l'évaluation des actions entreprises.

                  Parmi les points techniques sont avancées en vrac les améliorations suivantes :

                • Tiers de pique : supprimer les lignes ou généraliser le marquage des corridas concours.

                • Pour moins de sang, s'intéresser aux études espagnoles en matière de harpons pour les banderilles, de pique quadrangulaire, d'épée plus efficace, de protection de l'étrier droit.

                • Réfléchir aux changements en piste du bétail diminué par blessures ou accident.

                • Adopter le minutage utilisé en Amérique Latine (3 + 2 minutes après la première épée).

                • Inverser l'ordre de présentation des toreros en commençant par le plus jeune d'alternative.

                • Vider le callejon de toute personne étrangère au travail en piste.

                • Pour les jeunes apprentis toreros : augmenter le nombre de novilladas, créer des concours de novilladas comme en Espagne, assurer une formation anatomique permettant d'évaluer les effets de l'épée et de la pique.

                • Pour le rejoneo, au-delà de l'appointage des cornes jugé excessif et du bétail trop collaborateur, il est proposé de « limiter la ferraille », trop de banderilles posées.

              Au final une remarque est faite sur l'inconfort des gradins dans trop d'arènes ce qui pose un problème de sécurité pour les personnes âgées. Une interrogation est posée face à ce qui est présenté comme « les cartels covid ».

              Le Q5 est aussi critiqué dans sa forme, « les questions fermées sont rédhibitoires ».

              Et pour conclure, le regret exprimé par la FSTF de ne pas avoir multiplié les zones de texte libre après chaque question posée dans ce questionnaire n°5.