CERET  – Vendredi 14 juillet 2017

Corrida de MIURA pour Luis Antonio GASPAR « PAULITA » (écarlate et or), Octavio CHACON (blanc et or) et Pepe MORAL (turquoise et or).

Un lot homogène en poids, comprenant quatre cinqueños, d’un comportement plus ou moins « Miura » à la muleta, mais pas aux piques, avec dans l’ensemble des venues au trot et une belle passivité sous le fer. Le cours chaotique de la course est venu des armures : l’annonce au micro faite mentionnait deux toros qui, ayant cogné au débarquement, s’étaient abîmé les pitones et sortiraient tels quels en piste. En fait, quasiment tous les pitones étaient en pinceau, voire explosés, et les nombreux remates aux burladeros n’ont pas arrangé les choses. Chocs dans les corrales et (surtout) grossière malhonnêteté des éleveurs envers l’ADAC ?

1er (4 ans 5 mois, 610 kg) : piton droit en éventail, montre sa noblesse lors d’une réception pieds joints. Il sera finalement peu piqué en trois courtes rencontres, placé de plus en plus loin, pique placée pas trop en arrière (!) (Juan Manuel Sangüesa, applaudi), soulevant le cheval par l’arrière. Deux paires de banderilles correctes et une manquée, avec des poursuites irrégulières. Après des doblones, Paulita prend la main gauche pour deux séries ; puis, alors qu’à droite, son toro serre et revient sur lui, il reprend la gauche pour constater que l’animal a appris et il se fait désarmer. Encore deux séries prudentes et doblones finaux. Entière en avant d’effet rapide portée al encuentro et prudemment à toro pas cadré. Salut aux tiers.

2ème (5 ans 7 mois, 610 kg) : càrdeno bragado qui remate furieusement et s’abîme le piton droit, court de charge. Placé au centre, il vient au trot à la 1ère pique (Juan Melgar) ; placé plus loin, il gratte, se rapproche et pousse sans conviction ; Chacon demande le changement de tiers et semble s’étonner que le président fasse sonner les clarines ! Nouvel arrêt à deux paires de banderilles. A gauche, le matador voit la corne lui passer sous l’aisselle ; il donne une série à droite où ça passe à peu près, une autre sur le fil, revient à gauche avec un retour sec du cornu. Encore une série sur chaque bord pour confirmer, le tout sans s’émouvoir, et conclusion par entière basse en avant et descabello. Avis et salut aux tiers.

3ème (4 ans 5 mois, 620 kg) : enfin un toro en pointes, qui paraît fin pour le poids affiché. Mis à une distance correcte, il pousse sous une pique appuyée de Juan Antonio Carbonell ; replacé à des distances croissantes, il revient au galop mais prend les deux piques suivantes avec passivité. 2ème tiers correct, avec salut. Non seulement prudent mais sur le reculoir, Moral opte rapidement pour des passes de châtiment et conclut mal avec une demi-lame en avant et trois descabellos tardifs. Quelques sifflets.

4ème (5 ans et demi, 650 kg) : imposant mais fortement protesté pour cause de pitones explosés, il cogne au cheval puis pousse à la 1ère pique (El Patilla) mais prend la 2ème tous feux éteints. 2ème tiers moyen et sans poursuite. La faena débute bien à droite, avec des cites de loin, mais va vite a menos, et l’homme se fait promener lors sa (seule) tentative à gauche. Mise à mort à épisodes avec pinchazo bas, demi-lame plate en avant, demi-lame basse et deux descabellos. Avis et silence.

5ème (5 ans 5 mois, 650 kg) : deux pitones en pinceau et remate aux planches qui rend l’un horrible. Le président fait entrer le picador, qui perd son instrument au contact du toro et l’ambiance, ou plutôt le bazar, montant dans les tendidos, il sort le mouchoir vert. Sort un sovrero des héritiers d’Hubert YONNET, astifino lui, qui remate lui aussi (mauvais geste d’un peon ?) et a la mauvaise idée de se casser la corne gauche au ras du frontal. Après avoir tenté de le maintenir en piste, et ce de façon parfaitement réglementaire, le président, sous la pression ceux qui ne connaissent ni ledit règlement, ni même son existence, ou pire, qui « s’asseoient » sur lui, ordonne de nouveau le changement du toro (il dira, lors de la tertulia, ne pas avoir voulu prendre le risque d’une émeute dans les gradins, et on le comprend). Sort donc un autre YONNET, du fer des héritiers de Christophe cette fois, tout aussi astifino, que Chacon place de façon bizarre au-delà du centre du ruedo ; le toro met bien sûr du temps à démarrer, mais vient au grand galop pour une pique basse (Davis Prados) ; bien que placé plus près, le picador doit aller le chercher pour administrer deux autres piques en arrière, avec poussée à la 3ème. L’animal suit aux banderilles, avec trois paires correctes. Face à un opposant noble et mobile à condition de le citer de près, Chacon donne trois séries à droite avec l’aide du pico ; la corne gauche est plus difficile et accroche le leurre. Retour à droite pour une séquence dans le berceau, bernadinas heurtées et pas indispensables. L’animal finit au toril et meurt après pinchazo et entière en place, avec accrochage à chaque fois. Avis, oreille (malgré « l’anti-lidia » du 1er tiers) et applaudissements à l’arrastre.

6ème (5 ans 7 mois, 620 kg) : avec sa corne droite effritée, il fait illusion en trois rencontres, poussant puis secouant à la 1ère, venant au trot et ne montrant rien aux suivantes (F. Romero). Au 2ème tiers, il est difficile de trancher entre peur et mauvais vouloir des hommes, qui plantent les banderilles « comme on les fabrique », une à une ; il est vrai que le toro accélère avant la pose. Après une bonne série à droite, l’animal réduit sa charge et tape dans la muleta. Moral teste prudemment la corne gauche et revient vite à droite pour nous servir une chiffonnade maison ; il aura au moins eu la satisfaction de ne pas avoir déchiré, ni même sali, son costume. Pinchazo au ralenti, 1/5ème de lame par le large, entière tombée et silence.

Présidence : Francis MANENT, assisté de … et du Dr Vre Pierre SANS.

Avec cette péripétie, qui d’ajoute aux brillantes prestations de ce fer depuis bientôt dix ans, pouvons-nous dire que, de la « légende Miura », demeure la légende et seulement elle ? En conséquence, devrons-nous, le cœur serré, classer désormais les toros de Miura dans le groupe des devises qui, comme le disait Jean Yanne à propos d’un mauvais restaurant, « méritent un détour, un vaste détour » ?

 

CERET  – Samedi 15 juillet 2017 (matin)

Novillada de RASO de PORTILLO pour Mario PALACIOS (bleu roi à parements blancs et or), Daniel GARCIA NAVARRETE (bleu et or) et Maxime SOLERA (vert bouteille et or).

Un lot magnifiquement présenté et armé, de comportements divers ; la fadeur des premiers a heureusement été compensée par l’intérêt apporté par les derniers.

1er (3 ans 2 mois) : magnifique, avec un morrillo proéminent. Il remate au burladero et … ça tient ! Après une mise en suerte en trois épisodes finissant avec l’intervention du peon de brega, le novillo saute à la tête du cheval et secoue ; remis en suerte (trop) loin, il tarde avant de venir au trot pour attaquer la monture tête haute et secouer de nouveau ; la 3ème pique, symbolique (Jacobo Alvàrez) et prise en venant au trot après s’être rapproché, ne montre rien de plus. Banderilles correctes avec poursuites et salut de Fernando Sànchez. Palacios amène son novillo au centre, et les premières séries à la muleta montre une noblesse fade, qui n’empêche pas un avertissement sans frais. Ce geste de vilain amène un novillero apparemment peu motivé à abréger, au prix d’une visite gratuite du ruedo. Deux pinchazos verticaux entrecoupés d’un autre tour de piste, tiers de lame et silence.

2ème (3 ans 3 mois) : un novillo imposant de trapio et bien reçu par Navarrete. Nouvelle première mise en suerte au centre (la mode de l’année, comme l’était le « torear sin zapatillas » l’année dernière ?) pour une pique en arrière, pompée et avec poussée ; la 2ème, encore plus en arrière, est appuyée et pompée, cette fois en carioca. Francisco Plazas sort sous les sifflets. 2ème tiers rapide et correct, sans poursuite. La prise de la main gauche montre un animal pesant dans la muleta, puis le novillero donne trois séries de derechazos templés en baissant la main. Le retour à gauche révèle une charge éteinte, et la fin de la faena se fera par aidées plus ou moins réussies, avec beaucoup de déplacements. Deux pinchazos, entière tombée en avant et salut aux tiers.

3ème (3 ans 3 mois) : un negro liston reçu a porta gaïola, et ce par farol m’a t’il semblé, et non par larga … culotté, non ? ! Sur une mise en suerte manquée, il va seul au cheval et fuit sous une pique posée après contact ; la 2ème est dans l’épaule, la 3ème venant au petit trot pour s’endormir, la 4ème venant de plus loin, toujours au trot, cette fois en arrière ; 2ème picador hué. Peu de charge aux banderilles. Les chutes (faiblesse ou conséquence des piques mal placées ?), n’occulte pas une corne gauche chercheuse agrémentée de retours secs et un avertissement à droite. Vaillant, Solera aguante ces écueils avec ses moyens, insiste à gauche en frôlant l’accrochage et termine par passes de châtiment. Entière plate portée al encuentro, trois descabellos de la main gauche et 3ème mort bouche fermée. Salut aux tiers.

4ème (3 ans 3 mois) : remate et désarme Palacios en fin de réception. Placé logiquement à la raie, il pousse aux planches sous une pique appuyée en carioca ; les deux piques suivantes, prises passivement, déclencheront les 3èmes huées au picador (sur quatre !) de par leur placement trop en arrière. Aux banderilles, le novillo attend les hommes tête haute, de sorte que seulement quatre seront plantées. Voyant que son adversaire vient de suite sur lui au 1er derechazo, l’homme opte pour des passes aidées de la gauche, lesquelles finissent par un avertissement ponctué d’un désarmé. Dernière série à droite, demi-lame tombée, trois descabellos avec démarrages et silence.

5ème (3 ans 7 mois) : très armé, astifino, remate lui aussi. Se rapproche et pousse à la 1ère pique, vient au trot et secoue à la 2ème, tarde, se rapproche, vient de nouveau au trot et secoue de nouveau à la 3ème (Antonio Garcia). Le 2ème tiers se déroule dans la peur et le je-m’en-foutisme, avec trois banderilles posées une à une, en x passages et entrecoupées de poursuites. Doblones énergiques et charge mesurée du novillo, qui prend et traîne Navarrete au sol alors que ce dernier lui tourne le dos en se dirigeant vers les planches et, pour faire bonne mesure, bouscule un peon. Palacios prend le relais et conclut par pinchazo, entière verticale basse et descabello.

6ème (3 ans 5 mois) : une nouvelle réception a porta gaïola pour ce negro liston bien armé, réception qui manque de peu mal tourner, le novillo survolant l’homme à faible altitude, mais se contentant heureusement de lui emporter la cape ; suite par véroniques genou ployé finissant par un autre désarmé sur la demie. Gabin Rehabi sert un bon tercio de piques en quatre rencontres, donnant proprement la sortie au novillo : 1ère un peu en arrière avec placement à une distance correcte ; 2ème en venant au galop et en cherchant à faire sauter la pique ; 3ème courte, venant de loin et au galop ; 4ème légère, après de longs appels du picador, qui sort sous l’ovation. Poursuites aux banderilles. Décidé, Solera sert une faena équilibrée entre droite et gauche et se fait désarmer dès l’entame par un novillo à la noblesse encastée, qui s’engouffre littéralement dans le leurre. Il se croise, des naturelles sont données de face, mais il se fait prendre, peut-être faute d’avoir baissé la main. Au 1er assaut, l’épée glisse, va se loger dans le flanc de l’animal, qui va lui se coucher au centre. Vuelta aux deux protagonistes, le novillero y associant son picador, puis le mayoral.

            Le mouchoir bleu sorti pour ce novillo dénommé Universal fera couler un peu d’encre (bleue ?) ; certains voyaient la vuelta pour le 4ème novillo, et le 5ème fut l’objet d’une faible demande. Le président s’en expliquera publiquement lors de la tertulia, disant que ce mouchoir servait également à récompenser l’ensemble du lot ; nous avions connu la même situation ici, en 2009, avec un lot de Coimbra. Quant à moi, le voir sortir n’a pas constitué une surprise et il n’avait rien de scandaleux. En revanche, la vuelta du mayoral ne s’imposait pas, et le retour du picador en piste accompagné du cheval de D. Enrique Peña m’a paru quelque peu « hollywoodien ».

            Enfin, si ce lot de Raso de Portillo a pu décevoir certains aficionados, dont je fais partie, c’est peut-être aussi notre faute, à nous qui, éternels et incorrigibles rêveurs, avions mis la barre un peu (trop) haut.

Présidence : André ROQUES, assisté de … et du Dr Vre Thierry DHENIN.

 

CERET  – Samedi 15 juillet 2017 (après-midi)

Corrida de SALTILLO pour Francisco Javier SANCHEZ VARA (gris et or), Manuel Jesùs PEREZ MOTA (bleu nuit et or) et GOMEZ DEL PILAR (violet et or).

Un lot très bien présenté, bien voire très bien armé, qui demandait à être lidié, ce que les toreros firent comme ils purent … ou pas. Les 4ème et 6ème, cinqueños, étaient marqués du fer de Moreno de Silva. Le 6ème fut un véritable poison pour les hommes en piste, voyant tout et traversant le ruedo pour foncer sur ses cibles.

1er (4 ans 4 mois, 560 kg) : beau veleto astifino qui saute dans la cape ; réception autoritaire de Sànchez Vara. Mis en suerte au centre, il secoue sous une pique basse et en arrière (Gabin Rehabi) ; suivent deux piques sans relief mais avec venue au galop ; il se montre tardo à la 4ème, déséquilibrant puis désarçonnant le cavalier, qui ne pique pas et sort sous une division d’opinions. Banderilles moyennes du maestro, sans poursuite. A droite, le toro cogne dans la muleta et le torero réussit à gommer ce défaut ; en revanche, un avertissement clair à gauche fait qu’il n’insiste pas et conclut avec un mete y saca suivi d’un bajonazo. Mort bouche fermée après une longue résistance. Applaudissements.

2ème (4 ans 7 mois, 560 kg) : lourd càrdeno bragado bien armé qui s’abîme la corne gauche au burladero et, affecté d’une raideur du train arrière, est changé (réglementairement, contrairement à hier) après avoir été piqué, pour un exemplaire des héritiers de Christophe YONNET, noir luisant et astifino. Mis (et remis !) au centre, il s’approche puis vient au galop et pousse sous la pique ; replacé plus près, il vient jusqu’à la raie pour la 2ème (Francisco Vallejo). Attente des hommes au 2ème tiers. Pérez Mota subit un crochet au visage dès la 2ème série de derechazos et passe à l’infirmerie, le chef de lidia liquidant le « client » dangereux d’une vilaine lame dans l’épaule. Silence.

3ème (4 ans 5 mois, 580 kg) : càrdeno meano, avec ce regard typique de l’encaste, qui remate et se fend le piton droit. Trois piques de David Prados , 1ère basse, les suivantes correctes, en venant de plus en plus loin et en poussant à chaque fois. Poursuite aux banderilles. A la muleta, la charge est sans histoire mais vite éteinte ; le torero frôle la cogida en tournant le dos à son adversaire puis termine par une séquence dans les cornes. Quart puis tiers de lame, deux descabellos avec démarrages, avis et silence.   

4ème (5 ans et demi, 520 kg) : bien armé, se casse le piton gauche au burladero, enferme Sànchez Vara dans les planches et le désarme. Une pique de côté levée de suite et une seconde, de côté elle aussi et rectifiée. Le saut à la garrocha du peon Raul Ramirez, qui manque de peu mal tourner faute de prise de hauteur du sauteur, est suivi d’un raccompagnement aux planches du maestro après la 1ère paire de palos. Le toro fait illusion à la 1ère série à droite puis devient rapidement tardo, d’où une faena brève conclue par doblones suivis d’une grande entière portée en s’engageant de façon spectaculaire. Vuelta.

5ème (4 ans 5 mois, 590 kg) : bien armé, met bien la tête dans la cape. Il va seul au cheval, sort en ruant, revient, provoque la chute et s’acharne sur le cheval au sol ; longue 2ème pique poussée en venant du centre ; à la 3ème, tardo, gratte et soulève monture et cavalier par l’avant ; le président veut imposer une 4ème rencontre et renonce devant le peu d’entrain du toro à revenir. Salut aux banderilles pour une paire risquée. Après ces différents épisodes, la faena sera composée d’une chiffonnade ponctuée de coups de tête et assortie d’un avertissement. Pérez Mota n’insiste pas et en termine par quart de lame, entière en avant et descabello. Applaudissements discrets pour l’homme, plus nourris pour l’arrastre.  

6ème (5 ans 9 mois, 550 kg) : un càrdeno bien armé qui domine et désarme le torero au capote. C’est un manso con casta qui fonce sur le cheval, sort de suite et revient ; le picador Aguado a le tort de ne pas essayer de le prendre en carioca au lieu de se déplacer de suite vers le toril, ce qu’une majorité de spectateurs ne comprend pas, déclenchant ainsi un beau vacarme dans les gradins. Après moult désarmés et poursuites, un semblant de pique peut enfin être administré, et le cavalier sort sous une belle division. Dans la continuité et de façon logique, le 2ème tiers est arrêté après la pose de deux paires, au prix de multiples passages en faux et poursuites. A la muleta, Gomez del Pilar s’arrime et réussit quelques séries de derechazos, nous montrant par là qu’une faena est possible. Las, la tentative à gauche, par passes aidées, révèle une corne dangereuse, et le retour à droite monte, lui, que le toro a fini par comprendre le reste de ce qu’il savait déjà ; peut-être que des passes de châtiment auraient été les bienvenues … Toujours est-il que le matador  conclut rapidement par deux tiers de lame plate chanceuse suivis de deux descabellos avec démarrages. Salut aux tiers et sifflets pour un toro comme en voyaient sans doute Goya et ses contemporains, chance (!) que nous n’avons pas souvent.

Présidence : Thomas THURIES, assisté de Dominique DESPLATS et du Dr Vre Christophe BRARD.

 

 

CERET  – Dimanche 16 juillet 2017

Corrida de D. José ESCOLAR GIL pour Fernando ROBLEÑO (sang et jais) et Alberto AGUILAR (violet à parements blancs et or) en mano a mano. Sobresaliente : Alvaro de la CALLE (noir et or).

Un beau lot dont l’intérêt est surtout venu de la panoplie des comportements en piste : un 1er « moyen bon », un 2ème plus retors, un 3ème médiocre, un 4ème « bon mais coquin », un 5ème « franc comme un âne qui recule », un 6ème bon, complet, d’où la vuelta accordée par le palco. Celle du mayoral était quant à elle plus discutable. Côté hommes, Robleño m’a paru mieux que l’an dernier, plus décidé ; malheureusement, ses problèmes récurrents à l’estocade ne l’ont pas lâché ; quant à Aguilar, au moins deux de ses trois toros permettaient un autre engagement à la muleta.

Salut des deux matadors avant le paseillo.

1er (4 ans 4 mois, 530 kg) : armé veleto et astifino, avec le « museau de rat » ; belle réception de Robleño. Placé de plus en plus loin (il faut le souligner, maintenant !), le toro est ménagé avec deux courtes piques (2ème en poussant) et un picotazo (Israel De Pedro). Banderilles correctes, voire risquées, avec salut (de Rafael Gonzalez ?). Le matador double bien son adversaire, noble, et sert une faena assez courte, au centre, sur les deux bords, avec des muletazos propres. Le succès qui se profilait est malheureusement gâché à l’épée avec pinchazo profond en s’engageant et bajonazo. Salut aux tiers chaleureux et applaudissements à l’arrastre.

2ème (4 ans 8 mois, 550 kg) : réception par véroniques, demie et revolera. Deux mises en suerte soignées, du maestro puis d’Ivan Garcia, pour une pique en arrière de David Prados et une autre, en place et appuyée ; le toro s’est longuement désintéressé du cheval avant de revenir pour la 2ème. Poursuite aux banderilles. L’animal derrote à droite dès les doblones d’entame, de sorte que Aguilar procède par aidées sur la gauche ; il arrive à donner une série correcte puis, ayant été averti à deux reprises par son opposant, avec poursuite la seconde fois, il conclut par quasi-entière verticale et tombée, portée prudemment, suivie de quatre descabellos. Silence pour l’homme, quelques applaudissements surprenants pour l’arrastre.

3ème (4 ans 7 mois, 550 kg) : imposant de trapio, prend trois piques. Placé trop loin pour la 1ère, il se rapproche et montre … pas grand-chose ; placé plus loin, il vient au pas puis accélère pour une pique basse et rectifiée ; tardo à la 3ème, il arrive au galop, la pique étant cette fois manquée et posée après contact (« El Legionario »). Banderilles correctes avec salut d’un peon. Avec un adversaire noble mais sans grande présence, Robleño sert une faena classique, construite, alternant gauche et droite, et tue de nouveau mal avec deux pinchazos bas, trois quarts de lame en place et trois descabellos. Salut aux tiers tiède et, là encore, applaudissements peu justifiés pour la dépouille.

4ème (4 ans 8 mois, 560 kg) : haut et bien armé, remate et prend deux piques en trois rencontres. 1ère en place mais vrillée (Juan Carlos Sànchez), poussant de la corne gauche ; 2ème anonyme ; 3ème en venant au pas puis galop mais, déviant sa course au dernier moment, il fait manquer sa cible au picador ; arrêt du tercio. De nouveau, il coupe le terrain au 2ème tiers puis poursuit et désarme un peon. A la muleta, Aguilar torée avec temple et en baissant la main ; malheureusement, il oublie de se croiser et n’oublie pas de hurler, rendant cette belle ouvrage quelque peu superficielle. Conclusion par doblones très « toreros » et trois quarts de lame contraire d’effet rapide. Oreille et applaudissements à l’arrastre avec demandes pour moi folkloriques de la 2ème oreille et de la sortie du mouchoir bleu.

5ème (4 ans 3 mois, 540 kg) : càrdeno oscuro liston peu concerné lors d’un médiocre 1er tiers : 1ère pique en arrière, courte (Francisco Javier Gonzàlez) ; 2ème placé à la raie, levée de suite ; 3ème en devant être rapproché quasiment sous le cheval, au milieu du dos. Ce toro se fige aux banderilles, attendant les hommes et ne les poursuivant pas, bien qu’un peon ait intelligemment tenté un changement de terrain. Averti sur ses deux premières séries à droite, Robleño passe à gauche pour constater que ça n’est guère mieux ; ayant changé son opposant de terrain, il arrive à le faire passer à droite, baissant la main, et lui vole quelques passes aidées de l’épée à gauche. Une dernière série de derechazos, difficultés au moment de cadrer et autres difficultés pour tuer, avec pinchazo et entière tombée. Salut aux tiers reconnaissant mais refus de vuelta au torero -refus que je n’ai pas aimé- et division pour l’arrastre.  

6ème (4 ans 4 mois, 510 kg) : armé playero et chargeant mufle au ras du sol, ce qui ne l’empêche pas de désarmer le matador. Il pousse tête haute sous une pique en arrière (Francisco Javier Sànchez) vient bien et pousse à la 2ème et enfin vient au galop à la 3ème, avec poussée brève. Poursuite au 2ème tiers, avec salut d’Ivan Garcia. Le toro est mobile, noble et pas idiot, serrant de ce fait une fois sur chaque bord un Aguilar qui exploite bien la charge mais, comme souvent, abuse du pico. Une dernière série de naturelles pour répondre à l’apostrophe d’un spectateur lui signifiant qu’il a été fort économe de sa main gauche et conclusion par entière en place. Oreille, le mayoral accompagnant le torero lors de sa vuelta, et mouchoir bleu pour Sevillano.

Présidence : Bernard SICET, assisté de Yannick JAOUL et du Dr Vre Renaud MAILLARD.

 

En guise de conclusion :

  • Un Céret de Toros du trentenaire de l’ADAC en demi-teinte, mal commencé avec les Miura ;
  • Une novillada de Raso de Portillo dont on attendait plus, mais dont beaucoup se seraient contentés ;
  • Une 6ème de Saltillo dont le souvenir pourra animer les longues soirées d’hiver ;
  • Des Escolar Gil que l’on a connus plus exigeants envers les hommes, cependant pas inintéressante pour autant ;
  • Des présidences sérieuses qui expliquent leurs décisions et qui les assument.