10 juillet 2007

Marc Roumengou

A propos d'une corrida de rejones

Marc Roumengou conduisant le paseillo à Toulouse dans les arènes du "Soleil d'or" (années 60)

Marc Roumengou est né en 1926 à Toulouse.Ingénieur agronome, il a fait sa carrière à l'Institut de Rechercha Agronomique. Il est officier du Mérite Agricole.

Il reçut le baptême de la tauromachie à Vic-Fezensac, le 5 juin 1938. Alguacilillo aux arènes toulousaines du Soleil d'Or, dès leur inauguration et durant toute leur existence, il occupa aussi cette fonction à Vic-Fezensac, Mont de Marsan et Dax.Il a assuré ce même rôle le 22 septembre 2002 à Rieumes, à l'occasion du réveil de la corrida en région toulousaine.

Ecrivain taurin éminent, il est l'auteur de cinq ouvrages incontournables : Les Chutes de Taureaux de Combat (1970) - Fraudes sur les Taureaux de Combat (1974) - Blessures et Mort des Taureaux de Combat (1991) - L'Eglise et la Corrida (1996) - Dossier Manolete - sa Vie professionnelle, sa Mort (1999)

Ici, toujours au Soleil d'Or, en compagnie du maestro, Julio Aparicio

En outre, il collabore de manière libre et indépendante à la presse taurine française et en 1987, l'Association Nationale Des Aficionados (ANDA) lui adécerné sa Plume d'Aigle.

Son inlassable activité lui a permis d'avoir été secrétaire de l'Association Française de Chirugie Taurine, vice-président de l'afición du Grand Sud et de rester vice-président de l'association Sciences Médecine Culture et Tauromachie, membre acifs de plusieurs clubs Taurins et des deux associations de bibliophiles taurins existant en Europe, président d'honneur de la Peña Taurine des Volcans, membre d'honneur de la Peña Luisito de Cherbourg.

Le 22 sepembre 2002, jour un du réveil de la corrida en Haute-Garonne, un groupe d'aficionado lui a rendu hommage et a annoncé la création du Forum Taurin Marc Roumengou dont l'objet est de "lui témoigner notre amitié et de diffuser les canons de la tauromachie tels qu'ils les a défini à travers son oeuvre." Il en est Président d'honneur. Ce forum édite un remarquable périodique auquel il apporte une participation essentielle : "El traje Velazqueño"

Parfaitement documenté, inlassable chercheur, il est considéré comme "la mémoire vive de l'afición.

C'est de plus un excellent cavalier et il a accepté d'aborder pour nous, ci-après, avec son imperturbale rigueur, un sujet trop méconnu de la plupart d'entre nous, la corrida de rejones.

 

 

À PROPOS D’UNE CORRIDA DE REJONES

 

Comme bien l'on pense, je ne suis pas un habitué des arènes de Fenouillet. Toutefois, quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’estime m’ayant envoyé une invitation pour la corrida de rejones du 1er juillet, j’ai assisté à celle-ci. Du temps gaspillé.

Les taureaux étaient de Carmen Lorenzo ; ils ont eu un comportement parfait, chargeant sans rechigner à chaque cite, bien qu’on les aient fait galoper exagérément. Mais certains furent tellement criblés de banderilles longues ou courtes et de roses qu’à la fin ils étaient figés. Le premier reproche à faire à ces 3 rejoneadores (et à beaucoup d’autres parmi ceux qui sont en activité) c’est de beaucoup trop exposer leurs chevaux et de le faire gratuitement. On peut aimer ou pas qu’un matador s’expose inutilement, par bravade pourrait-on dire (par tremendismo dans le langage tauromachique espagnol), mais c’est lui-même qu’il met ainsi en danger. Tandis que le rejoneador fait du tremendismo par cheval interposé, et cela est absolument censurable, inadmissible.

Rappelons que l’on peut clouer banderilles et rejones de châtiment ou de mort : 1/ lorsque le taureau est à l’épaule du cheval, 2/ lorsqu’il est à l’étrier, 3/ lorsqu’il est à la croupe 4/ lorsqu’il est derrière celle-ci ; le mérite va en décroissant dans l’ordre de cette énumération. En outre, dans les 3 premiers cas, le taureau peut faire avec le cheval un angle aigu, droit ou obtus ; plus l’angle est ouvert, moins la position est valeureuse. Or, durant cette corrida, la quasi totalité des rejones de châtiment et des banderilles a été clouée le taureau étant à la croupe du cheval ou derrière celle-ci et selon un angle égal ou supérieur à 90°.

Dans le “positif”, j’ai noté bien peu de choses : - au 1er taureau : la 2e banderille clouée à l’étrier mais le cheval a été touché ; - au 2e taureau, un quiebro correct pour la 2e banderille qui fut clouée à l’étrier ; - au 5e taureau, la cinquième banderille clouée à l’étrier, mais le taureau à angle droit avec le cheval ; - 3 très bons rejones de mort : tous contraires et en bonne place d’où effet foudroyant ou très rapide.

Dans le négatif, la liste est longue. Il faut citer :

- l'’abus, déjà mentionné, des galops superflus ;
- en règle générale, des quiebros exagérés au point que lors de l’un d’eux le cavalier n’a pas pu clouer, la distance étant trop grande. C’est un défaut courant depuis des années et je m’attends toujours à voir le cheval s’effondrer sur le côté tant il est penché. Comme on est loin des quiebros discrets de José Samuel Lupi !
- au 1er taureau, le rejn de mort a très peu pénétré et, au lieu d’en mettre un second, Antonio Domecq a laissé l’ agonie se prolonger ;
- pour la plupart, les rejones de châtiment et les banderilles (longues ou courtes) et roses, ont été cloués à la croupe et à angle droit ou obtus ;
- l’'abus général et manifeste du nombre de banderilles (longues ou courtes) et roses clouées (11 ! au 5e taureau). Rappelons que le Règlement Taurin Municipal prévoit un maximum de 3 rejones de châtiment, comme le REST, et de 4 banderilles longues et 3 courtes ou 3 roses, soit 7 banderilles et assimilées contre 6 en Espagne.
- au dernier taureau, Diego Ventura a mis pied à terre pour descabellar, alors qu’il n’avait cloué qu’un seul rejón de mort, mais c’est hélas admis par le RTM.

Ces divers abus ont été source de fastidieuses longueurs, au point que la corrida a duré 2 heures 20. Cela amène à parler de la scandaleuse passivité du président. Pas une fois, il n’a ordonné quelque chose, ce qui aurait été son devoir : au contraire, il a toujours attendu que le rejoneador ait en main l’arme suivante pour faire sonner le changement de tiers. Pardon, il a bien donné un ordre, celui de faire faire la vuelta au dernier taureau. Vuelta pour un taureau de rejones, voilà qui est sans doute inédit.

Puisqu’il est question d’autorité, je dois dire que lors de cette corrida il y avait un certain nombre de personnes qui sont restées constamment appuyées à la barrière, certaines même vautrées à la manière de tel apoderado et ex banderillero. L’une d’elles était le 2e alguacilillo ! Qui croirait en voyant cela qu’en 1945 la revue "El Ruedo", a pu publier une chronique intitulée La Autoridad entre barreras : los alguacilillos.

 

Marc ROUMENGOU