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INDULTO, NON MERCI

PAS D’INDULTO, MERCI !!!!

 

 

Le verbe qui pour moi, se rapproche le plus du verbe : INDULTER, est le verbe : INSULTER

 

Je vois déjà les yeux ironiques de certains, qui vont encore me trouver dans la contradiction, puisque indulter un toro, c’est avoir reconnu au fond l’ensemble de ses valeurs, caste, force, sa bravoure et sa noblesse.

Certes, mais c’est aussi lui dénier ce pourquoi il est formaté, pouvoir mourir de cette fameuse bravoure et noblesse face au courage absolu de l’homme qui l’a défié.

 

Il faut pour cela revenir à ce que représente la mise à mort.

Mon grand-père, grand aficionado, me disait toujours que le moment de la mort, dit: “moment de vérité“ ou encore “vérité suprême“ était sans doute celui le plus dangereux de toute la course, car celui ou le torero perdait de vue la corne du toro.

Il rajoutait que, à ce moment de courage suprême, les tricheurs étaient toujours découverts, puisque cela se voyait facilement.

 

Le matador de toro (et non pas le torero ou le “toréador“ SIC) a seul son “permis“ de tuer (pour les puristes le matador est aussi torero et toréador dans Carmen…entré depuis dans le langage commun.) les toreros eux ne sont pas obligatoirement matadors de toros.

Quoi qu’il en soit, et ce, depuis toujours, toute la course n’est que préparation à ce moment clef, qui sera l’ultime confrontation, épée contre corne, et qui sera le “seul véritable contact“ physique du matador avec son toro.

Tout le reste n’étant qu’évitement permanent et leurre.

La force brute contre la fragilité humaine, l’instinct de vie contre l’intelligence.

Tuer un toro, à l’épée est un acte extrêmement difficile et aléatoire si le matador n’est pas serein et motivé, et il peut enlever un triomphe assuré si la mort est ratée ou trop longue.

(A ce sujet il y en a marre de la claque suivant un toro que l’on croit brave et qui agonise le long des planches, alors que l’épée est juste extrêmement mal placée) un descabello rapide serait à ce moment le bienvenu.

Lors d’un indulto, cette partie de Poker, surtout si le torero tue dans les canons (il n’existe malheureusement aucune obligation pour la façon de tuer) c’est à dire avec courage, en basculant en Volapié sur la corne opposée à l’épée n’existe plus…et deux trophées (virtuels) sont offerts au matador, on comprend que certains s’appesantissent sur des faenas insipides à mon goût pour en arriver là.

 

Je dois avouer que moi aussi, j’ai eu quelques moments d’empathie pour certains toros Garapito à Vic en 1992, ou encore Velonero, Vic et quelques autres toros vus, ailleurs (je ne les citerai pas pour ne froisser personne) mais je n’ai jamais demandé l’indulto.

En revanche je constate que les Indulto en France (environ une bonne vingtaine passée en corrida) se passent dans le Sud Est et rarement dans des arènes dites “dures“. Cela semble logique puisque les toros très braves à la pique ne “servent pas ou plus“ le torero (cette dernière partie de phrase me donne des frissons, comme si un toro devait servir..).

Et donc, il est rare de voir un toro ayant subi trois véritables piques (et plus) durer dans le temps comme le souhaitent les nouveaux magiciens d’Oz.

 

Ayant assisté au scandale Desgarbado à Dax, m’étant fait “insulter“ puisque l’on me renvoya dans mes buts par un magnifique : “et ta sœur, elle bat le beurre“ comme la majeure partie des aficionados contestant l’indulto d’un toro anovillado (à peine quatre ans) non piqué (une demi pique relevée tout de suite) et une noblesse fleurant la débilité profonde du naïf de nos villages d’antan, je suis aujourd’hui convaincu que les indultés (dont plus personne ne se rappelle) mis à part “Pescaluna“ de Yonnet par exemple, ne sont que des actes mercantiles.

 

D’ailleurs, les indulto arrivent souvent par le callejon (j’ai fait taire deux impétrants ce Dimanche à St Martin de Crau) qui commençaient à hurler à l’indulto, sur le superbe toro de Gallon. QUE LE CALLEJON SE TAISE. Je voulais voir ce toro jusqu’au bout.

Et la lidia menée, nous laissait espérer une grande épée.

 

Je me souviens d’Istres aussi, ou l’indulto d’un toro par Juan Bautista en un contre six, était préparé depuis le callejon, le péon emmenant même la banderille en remplacement de l’épée, avant que le mouchoir orange ne sorte.

En quelque sorte la petite tâche noire du stylo sur la jolie chemise blanche, on ne voit plus qu’elle…Ce jour là Jean Baptiste avait été excellent, mais voilà cet indulto discuté occulta tout le reste, et honnêtement, je ne me souviens plus de ce toro, ni de la faena d’ailleurs.

Et je ne parle pas de l’inter galactique corrida de Nîmes ou le seul toro gracié, avait fui la bataille en sautant le burladero, ce qui m’avait beaucoup amusé, ainsi qu’un paquet de copains aficionados. Mais le triomphe de José Tomas devait être total.

J’avais d’ailleurs titré le lendemain : “pourra-t-on dire du mal de cette corrida“ ? Je m’étais vu renvoyer encore dans mes buts.

Cela avait été magique, point final et l’indulto une péripétie…mais alors ?

Ce fameux et éternel mystère que représente le toro de combat ?

Le combat ?

Quand tout est trop préparé hein ?

 

Pourtant je suis un modéré.

Qu’un éleveur, comme Jean Luc Couturier (Cura de Valverde) ou Gallon, ou Lautier (François André)) veuillent des indulto sur des toros aussi braves que ceux rencontrés ce weekend à “La Crau“  peut se comprendre.

Au delà de l’impact médiatique, Ils manquent de Sementals,  et donc des toros de caractéristiques de bravoure et de noblesse sont dans la lignée de ce qu’ils recherchent.

Mais ne soyons pas dupe, 90% des indulto mettent d’abord le torero en valeur, et l’éleveur ensuite, voire l’organisateur, on se fout du toro qui souvent mourra des suites de ses blessures ne pouvant les supporter.

Les journaux d’information taurine pratiquent la langue de bois, et le lendemain, ou le soir même parfois, ils expriment leur admiration…pour des élevages ou des toreros dont on sait combien ils sont “faibles pour les uns, et fort“ pour les autres.

 

Peu, très peu, et dans ce monde ou il faut s’appesantir, sur le “paraître“ plutôt que sur “l’être“, on préfère mettre en avant les demi toros graciés par les emberlificoteurs du marché que les réels grands moments taurins vécus en France ou ailleurs.

C’est pour le bien de la corrida me dit-on.

Je ne le pense pas.

J’avais six ans lors de ma première course de toro et les arènes étaient loin d’être pleines… par manque de figuras, mais qu’arrive un Curro Romero, un Rafael de Paula, Un Paquirri et hop, je ne pouvais plus me déplacer dans les gradins…finalement peu de choses ont changées depuis.

Mais les indulto étaient rares, les vuelta aussi d’ailleurs. C’est une mode me dit-on. Parfait ! Mais une mode faite sur mesure, pour servir quelques nantis, pas pour le bien de tous.

Que rapporte à l’aficionado un indulto d’un demi toro mis à part le fameux : “j’y étais“.

 

Que faut-il pour un bon indulto ?

Un toro qui fait les trois tiers, soit un toro qui va aux piques au moins trois fois (certains disent deux) avec Alegria, se colle au Peto, en poussant tête collée….suit les peons aux planches au moment du tercio de banderilles…passe tête baissée, en suivant le leurre sans coups de tête, de chaque côtés, et vient mourir mufle fermé, alors oui, on pourrait l’indulter…

 

Mais quid de la mise à mort, de ce moment suspendu et pourtant définitif, quid d’une grande épée, quid d’un geste ou tous les risques sont pris, et quid de la façon même de mourir du toro ?

 

Soyons surs aussi que le jeu des indulto, n’en déplaise aux entremetteurs qui se proclament princes et grands manitous de la tauromachie, voire qui se mettent maintenant à vouloir la défendre, fait le jeu des anti taurins.

Comment ?

Mais voyons, si un toro n’est pas piqué, (Desgarbado, mais d’autres aussi) avec seulement deux paires de banderilles (tercio inutile la plupart du temps, le toro n’ayant ni la force de pousser (les banderilles permettent de le “décongestionner“) ni n’ayant couru après les péons (banderilles posées quasi à l’arrêt) ce qui est supposer de juger leur bravoure si ils suivent aux planches, et de les faire courir après l’effort violent à la pique, voire leur “redonner du moral“ alors oui les anti-taurins ont raison.

La pique, les banderilles et même la mise à mort n’ont plus de raison d’être, seul la ballade en rond des toros, à cornes éloignées ou passées (voire trafiquées) comptent.

J’appelle cela du dressage de cirque.

Et tous les pas en arrière des toreros qui éloignent le toro de leurs costumes trop brillants ne valent pas cinq passes faites par le bas, à un manso de bandera encasté.

 

Plus de mise à mort nécessaire car “ c’est ce que le public veut……“ disent certains organisateurs qui ne savent plus comment défendre les figuras et leurs choix de Domecq Solis Solis.  

Le public n’aime pas le sang ?

Le public est servi…regardez les cartels actuels..

Mais de quel public parle-t-on ? Du même qui élimine un type à la télévision (taper sur le deux si vous préférez machin à machine, celui des infos stressantes du quotidien)

De quoi parle-t-on ?

A qui parle-t-on ?

Ou sont les fondements de la tauromachie ?
Comme me l’a résumé mon ami Bernard Arsicaud, c’est du “ParisiaNîmes“

Un truc à Bobo, à chemise siglée, à public complaisant.

Verres de champagne et ola à l’appui.

Leur influence est telle sur les empressa, sur les journaux, sur le marché que ces choix sont survendus, et oui, Manzanares remplit les arènes quand celles de St Martin sont à moitié vide..

Saint Martin ne verra pas Manzanares qui ne verra pas, lui, les toros de Saint Martin.

 

Ou sont les aficionados de verdad qui se précipitent à AZPEITIA, nouvelle destination toro toro des Français, quand ils ne viennent pas soutenir leurs propres arènes ?

Quitte à critiquer vertement les défauts reconnus, et en approuver aussi les qualités.

Pour ma part, je constate que lorsque les toros montrent bravoure, piquant et noblesse, le fameux public, retient son souffle, vibre et vit la course.

Gallon, Lautier, Laugier, cura de Valverde nous ont fait vibrer.

Il n’y a pas eu d’indulto, mais je me souviens de tous, comme tous ces toros qui m’ont fait rêver et trembler, ailleurs, au fil de mon aficion.

 

Au contraire de tous ces toritos, indultés par la planète taurine, retouchés, trafiqués, maquillés, préparés, choisis, éduqués.

Même pas mort d’un grand coup d’épée rageur, angoissant, et d’une mort d’une bravoure absolue, mufle fermé contre les planches dernier refuge virtuel d’une vie qui ne les a programmés que pour ce moment suprême, aux pieds de celui qui a osé les défier, chiffon et lame à la main et qui sortent tels des ovins suivant les mansos, de ne pas avoir eu les véritables vertus que l’on attend du toro de combat ?

 

Tout comme je refuse des glaçons dans mon verre de très bon vin, je le dis tout net : “pas d’indulto“ merci, laissez ces toros mourir de dignité.

 

CHF