En invitant José Maria Garzón, ce sévillan responsable de la société Lances de Futuro créée en 2006 et dédiée à l’organisation, l’exploitation et la promotion de spectacles taurins, le CTP souhaitait mieux comprendre la dynamique d’une démarche qui avait conduit de la relance de modestes plazas de La Mancha (2007) à l’obtention récente de la gestion d’arènes importantes comme Cordoue (décembre 2019) ou Santander (février 2020) en passant par la création de plusieurs événements marquants comme le retour des retransmissions de corridas par la chaine publique de télévision espagnole (à Mérida en 2013 puis à Caceres en 2015) ou encore comme les prestations exclusives de José Tomas à Algeciras en 2018 puis à Grenade en 2019.

 

A travers le récit de son histoire personnelle et de son cheminement professionnel, José María Garzón a mis en évidence le rôle central de la persévérance dans son afición comme moteur de sa réussite. Sévillan il a hérité de sa famille l’intérêt pour la tauromachie qu’il a développé avec ses trois frères dans d’interminables séances de toreo de salon puis lors de tientas ou becerradas où il pratiquait le toreo non pour devenir torero mais pour mieux en comprendre les secrets. Mais lors d’un retour de tienta, un accident de circulation entraina le décès de ses parents. Ce drame loin de l’en détourner suscita chez lui une réaffirmation de la passion taurine qui le conduisit quelques années plus tard, avec ses frères, à acheter du bétail bravo avec les indemnités versées par les assurances et à monter occasionnellement quelques spectacles mineurs afin de pouvoir y participer aux cotés de professionnels. Après son mariage, il décida de se consacrer exclusivement aux activités taurines.

 

Réussites et échecs, dont il sut tirer rapidement les enseignements, vont lui permettre de construire un style de gestion personnel associant la prise en compte des spécificités locales (calendriers, attentes du public, traditions…) et les indispensables innovations dans l’information et l’animation autour des corridas elles-mêmes, en particulier en direction du public potentiel qu’est la jeunesse. Cette démarche le conduit, pour l’heure, à souhaiter demeurer indépendant dans le paysage complexe et mouvant des sociétés se consacrant au négoce taurin où empresas et apoderados font se succéder associations et séparations. Dans ces jeux, l’afición est loin d’être au centre et la corrida apparaît ainsi comme un spectacle unique et exceptionnel mais géré de façon catastrophique (à l’inverse du football, spectacle fort inégal mais remarquablement géré). Dans un environnement culturel et social souvent difficile et parfois hostile, José María Garzón veut apporter quelque chose à cette Fiesta brava qui est au cœur de son aventure personnelle. C’est très probablement cet engagement profond qui lui vaut d’être directement sollicité par des hommes comme José Tomas ou Paco Ureña qui accordent une valeur toute particulière à l’authenticité d’une démarche.

 

En insistant sur le fait que l’organisateur de spectacle (empresa) doit d’abord se comporter comme « l’apoderado de l’aficionado », José María Garzón montre combien son action pour le futur de l’organisation taurine est fondamentalement animée par l’afición et pour l’afición.