Source : Toro, Torero y Afición

Julio Fernández Sanz y Juan Villalón González Camino
Departamento de Investigación Veterinaria de la Unión de Criadores de Toros de Lidia (UCTL)

Comme conséquence de l'inquiétude manifestée par divers éleveurs appartenant à l'Union constatant les hémorragies abondantes observées à la suite du tercio de pique lors de la première moitié de la feria de San Isidro. et dans d’autres ferias célébrées dans les débuts de la saison 1998, la  direction de l'U.C.T.L., a chargé son Département de Recherche Vétérinaire d'une étude des lésions produites par les piques au cours de la deuxième partie de la Feria de la San Isidro 1998.
Pour réaliser ladite étude, nous avons disposé de la collaboration spéciale et toujours constructive de quelques vétérinaires des arènes de Las Ventas et, venant de l'U.C.T.L., de D. Cástor Manzanera Guerreiro.
L’étude a porté sur 90  bêtes, combattues dans 13 corrida de toros et une novillada piquée. Il s’en est dégagé 8.197 données, distribuées dans quatre rubriques :

1) SORTIE:  étude des conditions physiques de chaque animal avant d'être piqué (990 données)
2) PIQUES : étude de chacune des entrées au cheval; manière de charger et de se présenter au cheval, manière dont le picador effectue la suerte, durée de la pique, nombre de blessures ayant troué le cuir, réaction et condition physique du taureau à la sortie du cheval (3.940 données)
3) PUYAZOS : étude de chacune des blessures produites, ordre dans lequel elles se sont produites, nombre de trajectoires, profondeur en centimètres de chaque trajectoire, zone anatomique dans laquelle elles se sont produites, etc....  (1.932 données)
4) HÉMATOLOGIE ET ÉVALUATION DE L’HÉMORRAGIE. Étude des déterminations analytiques du sang et du sérum de 89 des 90 taureaux piqués et évaluation de l'hémorragie produite comme conséquence des piques (1.425 données)

Du rôle des piques :
1) Modifier le port de tête du taureau par la RUPTURE des MUSCLES EXTENSEURS OU ÉLÉVATEURS de LA TÊTE pour obtenir que le taureau la baisse la tête et que celle-ci ait des mouvements moins brusques.
2) Amoindrir GRADUELLEMENT la puissance du taureau, en diminuant son impétuosité et force, pour le laisser dans des conditions parfaites pour le travail de la muleta.
3) Contribuer à l'étude de la BRAVOURE ET LA FORCE du taureau.

Il se disait traditionnellement qu’un autre des buts était de décongestionner l'animal puisque le stress du combat provoque une congestion, mais sachant que le volume de sang qu’il perd au cours du premier tercio oscille entre 1,5 et 2,5 litres c'est-à-dire moins de 10 % du volume total de sang circulant, cette opinion ne peut se soutenir.

Localisation des piques
Les conclusions de l'étude révèlent qu’à peine  4,7 % des puyazos ont pu accomplir le première effet, puisque seulement 13 des 276 étudiés ont été appliqués dans la partie finale du morrillo, tous les autres étant postérieurs et tombés. Toutes les Tauromachies et les règlements spécifient que l'endroit où piquer est le morrillo ou cerviguillo (N.D.L.R. : partie dorsale du cou couvrant les sept vertèbres cervicales, musculeuse et très développée chez les bovidés). C’est ainsi précisé dans la Tauromachie de José Delgado (José-Hillo) qui date de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au règlement de 1917 inclusivement, dans lequel il était demandé que la pique se place dans le morrillo. Les règlements suivants et l’actuel omettent d’indiquer où il faut piquer.
42,39 % des puyazos ont été appliqués sur la région de la cruz (garrot), 34,06 % juste au-dessous de ladite région, à la hauteur du cartilage de prolongation de la scapula (omoplate), de 2,53 % dans les épaules et les 16,30 % restants très postérieurs (dans le dos ou au-dessous de celui-ci). Cela veut dire que le morrillo n’a pas été ciblé, mais plutôt  la zone du garrot où se trouvent les muscles et les cartilages qui l’unissent  au tronc et qui n'ont rien à voir avec les muscles extenseurs ou élévateurs de la tête mais intéressent la locomotion du taureau. En conclusion, piquer dans ladite zone a pour effet de diminuer la mobilité du taureau en affectant son appareil locomoteur.
Piquer dans la zone de la cruz ou plus en arrière risque de fracturer les apophyses épineuses des vertèbres thoraciques, ou d’endommager des vaisseaux sanguins qui irriguent des muscles importants pour la locomotion, ou encore de léser ou sectionner les branches dorsales de nerfs spinaux. Ces lésions nerveuses peuvent entraîner des boiteries transitoires ou une perte des appuis antérieurs par inhibition réflexe du plexus brachial qui est le centre nerveux d’où partent les nerfs qui innervent toute l'extrémité antérieure de l’animal (beaucoup de taureaux qui n'ont pas manifesté de signes de faiblesse à leur apparition en piste perdent, juste après être sorti du cheval, un ou les deux appuis de leurs antérieurs par cette lésion nerveuse).
Les puyazos postérieurs ou tombés peuvent arriver à perforer la plèvre et affecter le poumon, puisque la distance entre le cuir et la plèvre est à ce niveau très faible, ils peuvent produire des pneumothorax avec insuffisance respiratoire conséquente.
En résumé, piquer dans le morrillo ne lèse aucun organe vital, ne peut fracturer des vertèbres (puisqu'elles sont très profondes à cet endroit), l’hémorragie est convenable (c'est une zone très vascularisée), des lésions nerveuses ne se produisent pas, seulement les muscles responsables de maintenir la tête haute sont affectés.
D'un point de vue technique le règlement devrait désigner cette zone comme le lieu dans lequel il faut piquer.

Durée des piques
Les rencontres du taureau avec le cheval, ont été très longues, puisque la durée moyenne d’une seule pique (taureau au-dessous du cheval, pique plantée dans sa chair), a été de 30,84 secondes. La première a été plus beaucoup plus longue et beaucoup plus traumatisante que la deuxième, et celle-ci que la troisième quand il y en a eu trois. En conclusion, le châtiment n’a pas été graduellement dosé, mais administré à peu près complètement au cours de la première pique.

La carioca, le vrillage,  le mete y saca 
(N.D.L.R. :  "mete y saca", effet de marteau piqueur, nous disons en France que le picador "pompe")
Les piques "carioquées" volontairement afin de fermer la sortie du taureau (dans 28,93 % des rencontres) ont duré plus longtemps et ont été plus traumatisantes. Les taureaux sont sortis plus amoindris quand la carioca a été effectuée que quand elle ne l’a pas été.
Le "vrillage" ou action de faire tourner la pique sur son axe longitudinal s'est produite dans 8,12 % des cas, avec pour résultat d’augmenter la durée de la pique, la profondeur des blessures, et d’obtenir des taureaux plus "cassés" à sortie du cheval.
Le "mete y saca", observé dans 63 % des cas, augmente de façon évidente la profondeur des blessures.

Importance des blessures
La profondeur moyenne de la somme des trajectoires dans l'échantillon étudié atteint les 61,91 cm par animal ; c'est-à-dire que chaque animal a reçu une série de blessures qui additionnées donnent une longueur de presque 62 cm. Chaque trajectoire explorée avait une profondeur moyenne de 17,49 cm, mais certaines atteignaient une profondeur de plus de 30 cm.
La pique qui mesure 8,7 cm de la pointe de la pyramide au croisillon arrive à provoquer des trajectoires de 4 fois sa longueur. Ce fait, bien entendu, se produit quand la pique s’applique dans des zones molles où elle pénètre avec peu de difficulté. D’autant plus que le picador "vrille" ou effectue l'action de “mete y saca”, uni à la contraction de la musculature du dos de l'animal répétant contre le cheval. Il s’ensuit que, quand le picador retire la pique, la trajectoire produite, une fois la musculature distendue est de longueur très supérieure à la portion de pique qui est entrée sous le cuir du taureau.

La pique
Selon D. Manuel García-Aleas Carrasco,  Secrétaire de l'Union de 1946 à 1985, le sujet des piques était l'un des était l’un des plus importants qui touchaient au combat et cela depuis la création de l'U.C.T.L. en 1905. C’était l’une des raisons qui avaient motivé la création de cette association.
Dans la Tauromachie moderne le contrôle préalable des piques était effectué par l'Union des Éleveurs de Taureaux de Lidia, mais depuis le Règlement de 1992 et celui en vigueur de 1996, le dit contrôle incombe en exclusivité aux Délégués Gouvernementaux (N.D.L.R. : En France, aux délégués aux piques de la C.T.E.M.), autorités peu expertes dans la matière. Sans les connaissances nécessaires et les instruments de contrôle précis peut-on refuser des piques au cours de la reconnaissance préalable en regard de l'imminence de la célébration du spectacle ? Comme l’a déclaré l’un des Délégués Départementaux : "Comment suspendre une course de taureaux pour des piques non conformes devant la difficulté d'en obtenir d’autres immédiatement ?", à plus forte raison dans l’impuissance de justifier l’irrégularité possible faute des instruments de mesure adéquats.
Dans notre étude, nous n'avons pas pu mesurer de manière systématique la conformité des piques qui ont causé les lésions étudiées puisque la responsabilité ne nous en avait pas été confiée, mais nous avons pu en vérifier quelques-unes. Toutes les piques observées étaient creusées, c'est-à-dire avaient les faces des pyramides concaves au lieu des planes. Ce fait rend l'angle de la surface coupante de chaque arête  plus aigu, si bien que la pique devient beaucoup plus traumatisante que si elle avait été réglementaire. Si une pique réglementaire doit avoir chacun des trois angles de sa pyramide égal  à 60º, après qu’elle ait été creusée, cet angle diminue. L'angle de la surface coupante d'un bistouri (n º 20) est de 32º. Plus la pyramide de la pique est évidée, plus le fil de chaque arête s’approche de celui d'un bistouri.

Actuellement, grâce au travail de l'Union, le sujet du contrôle des piques a été soumis à l’étude du Ministère de l'Intérieur.
Nous espérons revenir très bientôt à un contrôle règlementaire a priori et rigoureux pour éviter les fraudes qui amoindrissent des taureaux plus qu’il ne faudrait si l’esprit du règlement était respecté.