À Alès, nous sommes toujours heureux, nous rencontrons des aficionados de bon aloi, des copains, ce qui est déjà bien, mais ne serait pas suffisant si nous n’y rencontrions aussi de véritables taureaux en pointes, pas toujours faciles mais fort intéressants. Par-dessus le marché,  les tripes d'Alès sont délicieuses... Que demander de mieux ?
Que je plains ces végans anti-taurins qui, ce samedi après-midi, s'efforçaient de nous insulter de loin, à effectif plus réduit et à voix moins forte que ces dernières années ! Ils ne goûteront jamais notre art de vivre, les pauvres !

 

Corrida concours du 27 mai

Concha y Sierra, Blohorn, Jalabert, Cuillé, Pagès MailhanCamino de Santiago
pour
Domingo López Chaves, Michelito, Juan Leal

Comme l’année dernière, la présidence technique de ce soir et des deux courses qui suivront demain, est parfaitement assumée, par M. Frédéric Monnet assisté de M. Bernard Maisonave et de M. ?

À 17 heures, le ciel est bleu, le soleil éclatant, l'arène à demi remplie.

Durant le paseillo, Didier Cabanis rend hommage à Philippe Cuillé et fait respecter une minute d’applaudissements à sa mémoire.

1) Un beau Concha y Sierra burraco, né le 15 mai 2012, aux jolies cornes bien en pointes.
Après quelques hésitations, il entre dans la cape de Domingo López Chaves et se prête à des véroniques et chicuelinas bien conduites.


Photo : Michel Lezer

Une courte pique en attaquant vers le haut et donnant de la tête dans un mauvais style.
Une seconde, très bien administrée, sur laquelle il pousse mollement et brièvement.
Il est inconsistant et fade dans la muleta. La faena, sera surtout droitière, très opportunément elle ne s’éternisera pas.
Estocade al encuentro, basse et tendue, qui sera suffisante.
Silence.

2) Le noir Blohorn, né le 12 novembre 2012, très bien présenté, est accueilli par de bonnes véroniques de Michelito.
Il est bien mis en suerte pour une première pique de Gabin Rehabi sur laquelle il pousse avec détermination, placé plus loin pour la deuxième, il y va avec alegria et pousse à nouveau. Encore une troisième de même qualité. Et enfin une quatrième, al regatón selon la demande de Michelito, en partant du centre. Gabin se retire sous l’ovation
À la muleta, ça commence très bien par de bons derechazos mais ça se gâte rapidement, Michelito se faisant accrocher la muleta et capitulant à gauche. Ce taureau méritait bien mieux.
Quatre pinchazos, une demi-lame plate en contournant la corne, un avis, descabello au second essai.
Arrastre très applaudi

3) Le Jalabert, né le 20 avril 2013, colorado capirote, bien présenté, fléchira rapidement sur ses antérieurs et poussera néanmoins sur deux piques. Une petite partie du public, constatant que son handicap va s’aggravant, demandera en vain son changement. L’animal finira par perdre les onglons de ses deux pattes antérieures. Juan Leal s’en débarrassera d’une estocade basse et plate suivie d’un descabello.
Sifflets au taureau, silence pour l’homme.

4) Le noir Cuillé, né le 30 octobre 2012, superbe et bien armé, entre avec violence dans la cape de Domingo López Chaves qui sait le contenir et dominer ses charges.


Photo : Michel Lezer

Sur la première pique, il soulève le cheval et le renverse. Sur la deuxième, il soulève encore le cheval mais le cavalier rétablit la situation et en profite pour “pomper” allègrement. Une troisième rencontre se limitera à une poussée dans le peto sans la pique.


Photo : Michel Lezer

Excellente faena classique avec de bons enchaînements des deux mains, de très jolies naturelles de face, pieds joints, le tout bien dosé et pas trop long, avec terminaison par abanico et discret desplante d’un goût exquis.
Épée profonde, bien placée, efficace.
Mouchoirs à la présidence, blanc pour une oreille et bleu pour la vuelta au taureau.

5) Le Pagès Mailhan, né le 13 mai 2013, est noir et gras. Michelito le fixe dans sa cape en reculant vers le centre. Il le met très bien en suerte pour une première pique en bonne place relativement brève. Suivront deux rencontres en partant du centre dont l’animal sort seul.
Trois bons derechazos pour débuter la faena et c’est à peu près tout, la suite s’effilochant en accrochages de muleta, naturelles approximatives, désarmé, tentative de circulaire inversée peu convaincante.
Deux tiers d’épée tendue.
Applaudissements au taureau, silence pour le jeune homme.

6) Le Camino de Santiago, né le 15 avril 2013, est un noir aux belles cornes, pas très gras mais charpenté.
Rien dans l’impotente cape de Juan Leal. Le bicho part vers une première pique en impactant le peto avec violence. Il en prendra encore deux de plus en partant du centre, toujours avec la même violence.
Faena longue et bien ennuyeuse, complètement décousue. Faire des passes n’est pas toréer. L’animal ne fut jamais dominé et canalisé.
Deux pinchazos, un avis, deux tiers de lames sur le côté.
Ce taureau méritait beaucoup mieux.

Corrida très intéressante grâce à la qualité du bétail qui supporta un total de 17 piques ! Le Cuillé et le Blohorn ont été excellents, le Camino de Santiago très bon, le Pagès Mailhan bon. Bravo aux élevages français !
Bien heureusement le Cuillé rencontra Domingo López Chaves, le seul des trois toreros à la hauteur de l’événement.

Très logiquement, le taureau de Cuillé a remporté le concours, Gabin Rehabi à reçu le prix du meilleur picador et Domingo López Chaves celui du meilleur matador.

 

Dimanche 28 mai, 11 h - Novillada piquée de 4 novillos

Curé de Valverde, Cuillé, Escolar Gil, Puerto de San Lorenzo
pour

Mano Vanegas

 

Toujours le plein soleil, petite moitié d’arène.

Après le paseillo, Manolo Vanegas, très fêté, reçoit un prix et deux cadeaux, le prix du “meilleur novillero dans le sud-est en 2016” décerné par l’Association des Critiques Taurins de France et remis par Patrick Colleoni, le cadeau d’une peña vénézuélienne venue à Alès soutenir son torero, un album photo de ses prestations à Alès remis par l’Union Taurine Alésienne en la personne de son président et photographe, Michel Lezer, assisté de Dominique Valmary, président  de la FSTF.

Cette matinée valut par la solidité des novillos, chacun d’eux prenant deux véritables piques. Le Valverde était très difficile, l’Escolar Gil difficile, le Cuillé sérieux, le Puerto de San Lorenzo respectable mais de bonne compagnie. Elle valut aussi, par l’engagement encore novilleril de celui qui sera fait docteur en tauromachie ce prochain lundi 5 juin à Vic Fezensac.

Le Curé de Valverde, premier sorti, noir, pas très gros, playero, montre dès la cape une tête chercheuse. Il tarde à partir à la pique mais, quand il y est, il pousse fort et longuement au point de manquer de renverser le groupe équestre. Le cavalier doit franchir la ligne pour provoquer la seconde pique mais, une fois de plus, la poussée sera très forte.
Banderilles difficiles.
À la muleta les charges sont désordonnées et le danger omniprésent. Manolo fait face avec courage. Il parvient à tirer quelques passes méritoires avant d’en finir par pinchazo, metisaca, un tiers d’épée et enfin une entière en bonne place. Le puntillero relevant le novillo, il faudra encore “descabeller”.
Cette belle bagarre valut à Manolo un salut au tiers tandis que le novillo reçut de maigres applaudissements à l’arrastre.

Vint le Cuillé, un joli colorado. Très bonnes véroniques conclues par une larga serpentina. Mise en suerte par chicuelinas marchées. Première pique sur laquelle il pousse un peu puis s’endort. Seconde brève pique en arrière vers laquelle il est parti de loin. Banderilles faciles réduites à deux paires.


Photo : Michel Lezer

Bons derechazos, naturelles méritoires. Et puis ça va a menos. La faena se fait brouillonne et n’en finit plus. Fin “incimiste” par luquecinas.
Un pinchazo, une épée profonde et d’effet immédiat.
Une oreille, applaudissements au novillo.

Le José Escolar Gil est cárdeno oscuro, bien typé de cornes, d’allure et de comportement. Il donne des coups de tête dans la cape et se retourne vite.
Il prend deux piques relativement sérieuses.


Photo : Michel Lezer

À la muleta, Manolo ne parviendra pas à dominer laissant, le plus souvent, l'Escolar maître du débat.
Fin par épée profonde, un peu en arrière mais efficace.
Applaudissements au novillo, salut au tiers.

Le Puerto de San Lorenzo est noir et de cornes brochitas. Il montre ses bonnes dispositions en acceptant de belles véroniques et la revolera. Il pousse sur une première pique “carioquée”, est “quité” par chicuelinas, prend une seconde pique en soulevant très brièvement le cheval.
Manolo se charge des banderilles. Première paire de poder a poder, puis un violín, puis, à nouveau, de poder a poder.
Le noble animal se prêta à une faena sur les deux bords, de qualité inégale sur la fin, avec toutefois quelques détails bienvenus comme un joli molinete gallista et une conclusion par manoletinas serrées.
Très bonne épée entière efficace. Deux oreilles.
Manolo a très bien terminé sa carrière de novillero.

 

Dimanche 28 mai, 17 h

Six toros du Curé de Valverde
pour
Francisco Javier Sánchez Vara, Octavio Chacón Garrido, Alberto Lamelas González

 

Deux petits tiers d'arènes.

Corrida se résumant à deux très grands taureaux, les deux premiers sortis, et une faena parfaite d’Octavio Chacón, au deuxième. Le reste à oublier…

Résumons donc :
Six taureaux noirs aux poils luisants, morphologiquement magnifiques et remarquablement armés, tous étant nés en avril 2012 et donc âgés de 5 ans. Les deux premiers crevant l’écran par leur bravoure, leur puissance et leur mobilité, le troisième peu intéressant et difficile, les trois suivants finissant pratiquement amorphes.

Castador, n° 4, est fixé à la cape par Sánchez Vara, vert et or, avec une indigente sobriété. Sur la première pique il pousse avec une formidable puissance, déplaçant le groupe équestre sur une trentaine de mètres. Il supportera deux piques supplémentaires sur lesquelles il poussera encore très fort et sortira de l’épreuve frais comme un gardon, mobile et bouche fermée jusqu’à la fin.
 


Photo : Michel Lezer

Le maestro banderille par sesgos et violín.


Photo : Michel Lezer

Avec la muleta il instrumente correctement et habilement sur les deux bords sans trop forcer son talent.
En dépit d’une estocade tombée, le public demande et obtient l’oreille.
Arrastre très applaudi.

Servicioso, n° 8, se soumet aux classiques et belles véroniques d’Octavio Chacón, gris et or, avant de prendre une première pique en poussant très fort jusqu’à amener le groupe équestre contre les planches avec fracas. Seconde pique à nouveau très sérieuse.
Banderilles faciles, l’animal suivant de bonnes trajectoires.


Photo : Michel Lezer

À la muleta, Octavio administre une leçon. Faena pure et classique, pas trop longue, bien construite des deux mains avec de remarquables naturelles.
Une entière en bonne place en décomposant les temps.
Une oreille (pourquoi pas deux ?).
Encore un arrastre très applaudi.

Le reste ne mérite pas de longs développements.

Épuisons le cas de Sanchez Vara qui hérita d’un quatrième taureau, n°60, sans force  se contentant de deux picotazos.  Assez bonnes banderilles et c’est tout.
Faena droitière et superficielle.
Recibir de très loin avec metisaca. Puis vilain bajonazo.
Silence. Sifflets au taureau.

Chacón reçut le cinquième taureau, n°3, par véronique en tablier et revolera, le conduisit prendre deux piques insignifiantes, dessina ensuite des bonnes chicuelinas.


Photo : Michel Lezer

Il entreprit une faena qu’il eut, cette fois-ci, le grand tort de prolonger jusqu’à l’ennui, le taureau perdant force et charge.
Fin par entière plate.
Palmitas. Sifflets au taureau

Je n’oublie pas le pauvre Alberto Lamelas, très mal servi par le sort :

Le troisième animal qu’il “véronica” assez bien fit un peu illusion sur la première pique, s’échappa de la  seconde.
À la muleta, l’animal de charge incertaine s’avéra dangereux et Manolo s’efforça de relever le défi avec son courage habituel, parvenant à arracher quelques passes risquées. Il s’en défit par une épée entière basse et verticale.
Palmitas. Sifflets au taureau.                                                                                                                                  

Le taureau qui "rompit place" se prêta à quelques véroniques, poussa un peu sur une première pique “pompée” et “carioquée”, poussa moins sur la seconde.
Alberto ne bénéficie pas d’une cuadrilla de grande qualité. Elle paniqua lors d’un tercio de banderilles pitoyablement conduit.
Le bicho arriva au troisième tiers pratiquement arrêté. Il se réfugia rapidement aux planches et Alberto s’efforça en vain de le toréer dans sa querencia. Fin pénible par cinq pinchazos, un tiers d’épée, descabello au dixième essai.
Silence. Sifflets au taureau

Cet après-midi qui avait si bien commencé se termina tristement. Mais que Monsieur Jean-Luc Couturier sache nous fabriquer des toros du genre des deux premiers, nous ne manquerons pas d'accourir à leurs rendez-vous.

A l’an que ven !

                                                                             Jean-Jacques Dhomps