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la promesse

La promesse

 

Dans la maison de mamie, il y avait un grenier fermé à clef, une clef qu’elle gardait précieusement dans son tablier.

Seule, mamie pouvait t’autoriser à monter l’escalier un peu rustique, et à ouvrir la porte des secrets.

A l’intérieur il y avait des poutres qui me paraissaient énormes.

La lumière du jour filtrait par une fenêtre aux vitres encombrées de toiles d’araignées embrasées de soleil.

La poussière, partout ailleurs invisible, flottait ici à l’œil nu, dans les rayons plongeants.

Là, mamie sortait de la poche de son tablier, de grosses clefs, afin d’ouvrir des malles de cuir craquelé dans lesquelles, et dans le silence des lieux, finissaient de vieillir les souvenirs de sa vie.

 

Plus loin, un modèle de carton mâché, comme on en trouvait chez les modistes, par le passé, une robe longue, au col, et aux manches embellis de dentelles graciles.

Elle était si légère, si vieille, si fragile, que le moindre de nos déplacements, semblaient lui donner vie, mais aussi la mettaient en péril.

Elle frémissait au moindre courant d’air, prenait du volume, les dentelles pareilles à des ailes de papillon donnaient de la classe, de la beauté, du mouvement.

Et pourtant il lui fallait si peu pour être en déchirure.

Mamie s’arrêtait alors dans la lumière diaphane, je voyais battre la petite veine bleue de sa tempe, qui lui donnait encore vie.

Dans son immobilité, elle revoyait ce bal qu‘elle avait tant attendu le cœur battant, elle revoyait cet homme qui lui avait tendu la main. Elle se souvenait de son émoi, elle avait rougi, baissé les yeux, sans doute.

Elle s’était sentie emportée par ces bras souples, elle sentait son odeur, sa force d’homme.

Cet homme qui ne la quitterait plus jamais qu’à son dernier souffle.

Voilà ce que mamie voyait en caressant le tissu.

Moi je ne voyais qu’une robe, certes belle, mais désuète, que personne n’oserait plus porter de nos jours.

 

Plus loin deux mannequins de plastiques, nus.

 

Hier, Frascuelo a sans doute donné ses dernières véroniques, pieds serrés, des demi, des choses anciennes, un peu fragile, un peu surannées, mais beau et sincère.

 

Certains y ont vu un grand bal, d’autres comme moi, pour la robe de mamie, n’ont vu qu’un vieil homme tout en retenues et en détails fragiles et beaux.

 

Avec le temps va tout s’en va

Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu

Et l’on se sent glacé dans un lit de hasard

Et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard

Et l’on se sent floué par les années perdues…

 

Hier, il flottait sur Céret comme un air de mélange brassé, toutes époques confondues, Comme pour une promesse tenue, à un vieil ami endormi pour toujours.

 

 

CHF