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La tache sur la chemise....

 

 

 

Szabo me regarde par en dessous. Il me connait bien le bougre et se demande ou je veux en venir?

Je lui explique tranquillement que c'est mon maitre en Marketing qui me le disait...“il faut créer l'évènement“, cela veut dire:exister, occuper le terrain en quelques sortes. Alors je lui parle de nouveau de Valence, de l'indulto de la dernière heure, tombé comme pour sauver la feria trés moyenne selon mes sources (et je précise que je n'y étais pas) ...tout le monde s'accorde à dire que ce toro était un peu plus....un peu meilleur....un peu “collaborateur“....bref il sortait du lot insipide de la féria...est-ce pour cela qu'on l'a indulté?

Peut-être !!! C'est ce que j'appelle le syndrome de la tâche de stylo sur la chemise blanche. On peut l'utiliser dans un sens ou dans l'autre....exemple?

Allez on y va, tu mets un lot insipide, fade et triste, ennui total, sans intérêt...et puis, soudain un toro meilleur, bien meilleur que les autres (pas de mal les autres sont d'une telle fâdeur) que soudain ce toro un peu meilleur va paraitre au public énorme...et comme tout est relatif, hop on s'emballe, on applaudit on chante, on joue de la musique...sur le bord les peons...:“palante, y arriba“ hurlent des bieeeeeen et des Olééééé sonores, en réalité le peon de confiance murmure (à mi-hauteur, ne le force pas, prends le sur le passage....et le torero d'avancer le ventre une fois les cornes passées, et de faire tourner en rond devant, derrière, tournez manège...une belle épée...et hop deux oreilles....non, la queue....quoi? Indulto? Voilà, “la tâche noire du stylo sur la chemise blanche“, même infime, on ne voit qu'elle....

Autre exemple? Un lot fort, dur, réfléchi, des toros de castes....et des piques lancées de loin...le toro se fracasse contre un caparaçon sur lequel ses cornes glissent, n'ont aucune prise, le cheval tourne, absorbe la charge, se penche, se couche, se met parralèle...et durant ce temps, ça fouaille, ça creuse, ça galerise, ça occit....mais vas te faire fiche ce toro là s'en fout de claquer sur place, son sang bouillonne d'une rage étalée du morillo au sabot., il revient sans cesse au fer, comme l'océan sur la plage, comme sa mère a failli mourir un jour de tienta et dont le coeur s'est arrêté un moment d'être trop brave..le picador est applaudi, fêté, il sort en marche arrière, c'est “Saumur“ le cadre noir, malheureusement le toro s'éteint au tiers suivant, si il n'en meurt pas....ce toro n'a pas été un grand toro écrit “machin“ le lendemain, la tâche noire sur la chemise blanche (vous voyez le principe...?)

Allez, encore, les Miura à Mont de Marsan, c'est pas moi, c'est Miura qui le dit il y en aura deux, deux et deux (entendez: deux faciles, deux plus compliqués, et deux Miura dont on ne peut rien savoir..) toros tristounets, voire laids pour des miura, un boiteux qu'on ne changera pas, le public debout chante “la boiteuse“ (que les râleurs se taisent), puis Lamelas se fait prendre, le Miura est un Miura (Sorteo malheureux hein?) et voila que tout est oublié Alberto, malgré lui, a créé l'évènement...“la tâche sur la chemise...“ on oublie le reste

Pour suivre: Novillada locale avec novilleros de métier (lequel? on n'est encore sur de rien) fête locale, toros de paille,  fan club, musique et six oreilles (ouf on a échappé à l'indulto) ces six oreilles de triomphe ce sont “la tâche noire sur la chemise blanche...“

Enfin, pour conclure, soudain, juste une pureté, un animal qui vibre, un torero picador, une lutte sans merci, des types inspirés, le toro qui colle, va aux planches, suit...charge, droit, baisse la tête, le maestro avance jambe et bras, tire vers la hanche, vers le bas, ostensiblement, sans tricher, en se livrant....le mufle devient sable, le temps “suspend son vol“ la musique est de silence , le public angoissé, profond, connaisseur devient aficionado. La corne disparait sous l'aisselle, l'épée de son acier meurtrier écrit dans son sang, pour toujours le courage, la caste, la noblesse de l'animal, le courage, la probité et la valeur du torero pour ce rendez-vous unique de mémoire. “Aimer à perdre la raison, aimer à en mourir“...la tâche noire sur la chemise blanche présente, rétine, pupille et mémoire dorée.

Szabo hoche la tête, sourit...il me connait...il y a toujours quelque chose “à voir“ même avec le pire, bon, de là à en faire un évènement...comme disait mon Grand-père: “mille passes, mille toros“ et qu'allons nous chercher aux arènes? Sinon une émotion sincère...dense, inéffaçable comme une tâche d'encre sur une chemise blanche...

CHF