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l'aimer fut mon châtiment

L’aimer fut mon châtiment

 

 

J’avoue allez, je me suis rendue à cette course à reculons, même si…

 

C’est vrai, depuis l’indulto, injuste, coupable, et immérité de Desgarbado à Dax, le nom de Victoriano del Rio me donne de l’urticaire.

Ponce que j’ai aimé à sa grande époque perdait peu à peu du crédit, jusqu’au soir crépusculaire ou il quittait les arènes de Dax vouté, la tête rentrée sous les sifflets, toréant “au pico“ et agitant la tête sans arrêt rendant tout le monde coupable de ses déboires.

Quand à fandiño que je n’avais pas revu depuis son encerona catastrophe de Madrid, je le savais en convalescence.

 

Mais voilà, je suis aficionado, donc, je crois toujours, que le meilleur reste à venir, des toros de légende et des types capables de se sublimer.

 

Soyons clairs, des toros il y en eut deux et demi et je suis généreux, en tous les cas c’était beaucoup mieux que les deux courses d’avant…quand aux épées elles ont pratiquement toutes été loupées.

 

Rembobinons.

 

Fandiño a été chercher le triomphe au péril de son cœur, et de son corps, les larmes de honte bue, sur la deuxième épée ratée, la colère passée, il s’agenouilla là ou il n’y a aucun recours, là ou l’homme est seul, au plein cœur de cet océan de sable de ce théatre ou l’on meurt pour de vrai. Il le sait Ivan, Enrique a été colossal sur son premier, grandiose à son second et très bon à son troisième.

Les armes ne sont pas les mêmes, lui est samourai pas un lyrique. Il combattra sur son terrain, celui de la corne au visage et des passages en force, faire rompre l’animal par sa propre animalité.

Énorme.

 

Quand la musique menée par le chef Cloup, avec classe, entama le thème du film “Mission“ on sentit qu’il allait se passer quelque chose.

Enrique, secoua ses épaules, comme pour faire tomber les restants de cette chape de plomb qui le tient depuis des mois enfermé dans une rigidité coupable.

Soudain, la main gauche se relâcha, et commença alors un voyage étonnant, comme une longue marche initiatique.

De celle qui vous mène de l’Océan au sommet le plus élevé d’une montagne.

Pas à pas, fil à fil, note à note, tous les ors et les esprits des grands poètes qui ont chantés la nuit éternelle sont sortis des limbes, les caveaux se sont ouverts, le matin a succédé à la trop longue nuit, la mort vaincue regardait passer l’humain, sa faux ébréchée tombée au sol.

Mélangées, les deux premières faenas, donnèrent à tous les présents, la raison profonde qui les emmène ici, celle du dernier souffle de la vie qu’un battement de cœur chavire.

Celle qui fait que sont heureux les hommes d’être simplement en vie.

 

Je regardais cet homme qui donnait là tout son savoir, avec son poignet de cristal, et la lenteur hypnotique des plis du tissu qu’un souffle aérien fait osciller, et enfin du dernier changement de main.

Celui qui restera à jamais gravé dans ma mémoire, comme une signature sur un vieux parchemin.

 

Le temps emporte sur son aile

Et le printemps et l’hirondelle,

Et la vie et les jours perdus ;

Tout s’en va comme la fumée,

L’espérance et la renommée,

Et moi qui t’ai tant aimée,

Et toi qui ne t’en souviens plus !

 

Merci, maestro, mon châtiment hier aura été de vous aimer.

 

CHF