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A L'ATTAQUE

CORRIDA PADILLA DUFAU FANDINO MONT DE MARSAN

 

 

 

A L'attaque !

Le pirate est là, sous son bandeau son œil mort ne voit plus que l'ombre.

Il se jette dans l'eau du sable de l'arène, comme les Maures (de faim) le faisaient sans doute par le passé. Et qu'importe si pour atteindre la soute qui contient le trésor du premier gallion il l'explose au boulet rougi des blessures du passé.

Gueule tordue, il harangue tout ce qui passe, embrasserait la terre entière pour la pourfendre ensuite, le pirate influe, il fait plier public et présidence. On l'aime ce type atypique revenue du seul royaume auquel nous sommes tous confrontés et qui nous effraie tant, alors allons, y faisons voler mouchoirs, soutien-gorge et slip...soyons vulgaires, soyons fous, mais emportons avec nous le souvenir du sourire de ce type qui nous baise, ce que nous savons, mais nous sommes tous des prostituées, alors oreille et oreilles.....

 

L'aspirant Dufau, a cette rigidité des jeunes marins que l'uniforme étreint parfois un peu trop. Il est dans ses terres des landes de Gascogne. Ici, le ciel est bleu et brûlant, ici le sable est gris du passé, ici les pins chantent des lumières comme nulle part ailleurs. Ici, la mer attire les étrangers venus bronzer leur cul rosi par le soleil de plomb. Ici une charrette tirée par deux mules et drivée par un muletier coiffé d'un béret...l'homme est sincère toujours, parfois gauche, il n'a pas appris les langues, ni les encyclopédies, ici l'homme est simple, il répète avec sincérité son savoir, avec humilité. Il tue de deux entières deux exemplaires noblons de Joselito..oreille et oreille

 

L'homme est ferme, sa mâchoire se crispe, il vient de voir passer trophées et trophées, lui, est ailleurs...il mord les planches du burladero, son regard s'est posé sur les rocs rugueux et froids de la rhune. Il est ailleurs, son premier adversaire a été plié, mais triomphe-t-on d'avoir juste plié celui-ci ?

La réponse évidemment est :Non !

Alors, les chants lointains du pays des ancêtres monte dans les gradins...l'homme n'a pas souri, ne décroche pas sa mâchoire crispée..il joue gros il le sait...son deuxième est aussi tordu et retors que le premier..il le traite avec le mépris nécessaire et lui fait baisser la tête, main basse...soudain...venu du fond des terres profondes pleines de mystères de ses terres natales, un souffle, il prend la muleta main gauche.

Il est moine, il est chaman, il est frère...il a mis sa main contre sa hanche, en forme d'assiette prête à recevoir toutes les hosties du monde...et il parle au toro.

Voilà, cela fait mille lustres que je n'ai pas vu faena si profonde, si ample, si sincère et si belle dans sa simplicité...Michel Ange disait : j'ai simplement donné des coups de ciseaux dans le marbre, et il en est sorti un ange...son ange à lui, Fandino c'est une faena belle à couper le souffle...pincher, se replacer de façon sincère, et tomber l'adversaire d'un coup de poing rageur....

Longtemps l'arène va bruisser, la rumeur est ample, on commente l'oeuvre achevée, Fandino sort sur les épaules, les autres ont l'élégance de le laisser au centre des trois.

Il est des oreilles qui n'ont pas le même poids.

CHF