Une intéressante novillada
 

11 h – 6 novillos de Robert Margé pour Jesús Enrique Colombo, Adrien Salenc, “Carlos Olsina”

Ciel variable, tendidos à moitié garnis.

Les novillos de Robert Margé sérieux et bien présentés rencontrèrent trois novilleros appliqués. 

Le vénézuélien Jesús Enrique Colombo, évêque et or, reçoit par amples véroniques son premier, un negro entrepalado capirote, n°104, aux cornes de dimensions convenables si ce n’est qu’il présente, dès son entrée en piste, une pointe droite “escobillée”. Cet animal se prêtera à deux très mauvaises piques portées au milieu du dos et abondamment “pompées”. Bronca au picador. Quite d’Adrien Salenc par chicuelinas. Jesús Enrique brille aux banderilles, "brinde" au public.
Après avoir doublé genou ployé en gagnant le centre, il procède par derechazos “templés” très appliqués. Musique. À gauche ça manque de liaison car le novillo ne répète pas. Final par circulaires inversées et luquesinas.

Vilain bajonazo. La présidence résiste à la demande d’oreille de toute manière minoritaire.
Le public provoque la vuelta du novillero et l’accompagne de ses applaudissements.

Le quatrième novillo, n°66, né en février 2014, est un châtain foncé de 464 kg, bien armé.
Colombo le “véronique” genou fléchi.
Une première pique, encore au milieu du dos, assassine, et une deuxième identique, bronca au picador.
Excellentes banderilles.
Brindis à Victor Mendes
La faena débute par de bon doblones mais perdra rapidement de sa qualité car l’utrero se défend, donne de la corne, accroche souvent la muleta de son vis-à-vis et le désarme par deux fois. Colombo prend l’épée pour une demi-lame en metisaca, suivie d’une entière et d’un descabello.
Silence pour le novillero, applaudissements pour le novillo.

Le deuxième, pour Adrien Salenc, ciel et or, est un luisant negro azabacho de 450 kg, n°106, né en janvier 2014.
Il donne de la tête dans la cape qui reste prudente.
L’animal reçoit une première pique dans l’épaule sur laquelle il pousse, puis une seconde mieux placée.
Quite de Carlos Olsina par chicuelinas.
Brindis à Tomas Cerqueira.
Adrien double bien, en gagnant le centre, un animal aux charges courtes et violentes. Il parviendra à s’imposer dans un premier temps à droite mais échouera à gauche et poursuivra par un trasteo confus, se faisant désarmer.
Il conclura difficilement par metisacaatravesadapinchazo, une entière en avant.
Le novillo est applaudi à l’arrastre, le novillero appelé à saluer.

Le cinquième novillo, n°110, est un colorado listón de 435 kg, né en janvier 2014.
Bonnes véroniques et demie.
Deux très bonnes piques de Juan José Esquivel qui sort sous l’ovation.
Adrien “brinde” au public.
Il débute par passes hautes très élégantes puis donne de bonnes séries sur les deux bords. Mais le bicho raccourcit ses charges et se décompose laissant Adrien sans autre option que d’estoquer. Il le fait par une entière en bonne place. Le public demande et obtient l’oreille.

Pour le biterrois Charles Pasquier “Carlos Olsina”, mauve et or, c’était la première novillada piquée. Bien qu’encore très vert, il ne s’en est pas trop mal sorti.
Son premier novillo, le troisième du lot, n°74, est un negro listón de 470 kg, né en avril 2014.
Il arrache d’emblée la cape des mains du jeune homme qui ne parvient pas à le canaliser.
C’est Gabin Rehabi qui le pique très bien et avec beaucoup d’allure par deux fois sous les applaudissements du public.
Brindis à la famille.
Début par doblones et trincheras, suite par séries sur les deux bords. Le novillo est un peu tardo et le travail besogneux. Carlos reste trop marginal et a du mal à tirer les passes jusqu’au bout. Il est souvent accroché mais ne panique pas et essaye manifestement de s’appliquer.
Entière en arrière. Un avis. Un descabello inopérant mais le novillo tombe de lui-même.
Division d’opinion pour le novillo.
Salut au tiers pour le novillero.

Le dernier novillo, n°162 est un joli Colorado de 420 kg, né en mars 2014. Accueilli par de belles véroniques et une revolera, il est piqué par deux fois, première pique dans le dos vite relevée tandis que l’utrero continue de pousser, deuxième pique sur le garrot.
Brindis au public.
Le début est hésitant, puis les premières naturelles déclenchent la musique. L’animal est noble et le novillero s’applique à donner quelques séries limpides, notamment à gauche. Une demi-épée tendue sera, par chance, efficace.
Une oreille.

Carlos Olsina obtiendra aussi le Tastevin d’Argent offert par l’Union Taurine Biterroise.

 

Le naufrage des Miura

 

18 h – Six taureaux de Miura pour Rafael Rubio Luján “Rafaelillo” et Jean-Baptiste Jalabert “Juan Bautista", mano a mano.
Sobresaliente : Jérémy Banti.

Temps couvert, deux tiers d’arènes.

Ces taureaux de Miura lourds et bien dans le type, armés de cornes solides, faisaient brièvement illusion à leur apparition en piste avant de multiplier génuflexions et affalements. Car si les Miura de Céret manquaient de cornes, ceux de Béziers ont manqué de pattes et de forces. Tous étaient faibles. Le deuxième et le troisième, invalides, ont été renvoyés au corral, le quatrième, invalide aussi, aurait dû l’être.

Mais déroulons dans l’ordre car c’est, en fait, neuf taureaux que nous avons vu se succéder:

Le premier sorti, n°46, pour “Rafaelillo”, bleu cobalt et or, est un cárdeno oscuro, né  en décembre 2011. Il est reçu par larga afarolada de rodillas puis “véroniqué” en reculant vers le centre.
Une vilaine pique en arrière sur laquelle, il pousse par à-coups. Une seconde, toujours en arrière, sur laquelle il pousse moins.
Banderilles rapides, assez faciles.
Au troisième tiers, l’animal aura des charges courtes, se retournera vite, surtout à droite, s’avisera, montrera sa faiblesse en s’affaissant sur ses antérieurs par trois fois. “Rafaelillo” le torée par courts assauts sur les deux bords rythmés par de formidables hurlements.
Final par pinchazo suivi de deux tiers d’épée.
Quelques applaudissements à l’arrastre.
Salut au tiers.

Le deuxième taureau, n° 22, de 658 kg, pour “Juan Bautista”, ardoise et argent, révèle une totale invalidité après deux petites piques et est renvoyé au corral.
Il est remplacé par celui qui devait venir en quatrième position, n°12, un negro mulato de 580 kg, né en janvier 2013.
Il est très bien torée de cape par véroniques puis chicuelinas.
Il prend deux petites piques.
Comme il est faible, Jean-Baptiste le torée à mi-hauteur. Les derechazos sont parfaits, les naturelles un peu moins liées. Le tout en musique.
Épée entière un peu tombée, Jean Baptiste renvoie la cuadrilla dans le callejón pour “descabeller” seul en piste et réussit parfaitement son coup.
Une oreille.

Vient, pour “Rafaelillo”, le n°3, un cárdeno oscuro de 648 kg, né le en janvier 2013. Il sort en “perdant les mains” à plusieurs reprises, la protestation sonore s’amplifie sérieusement sur les gradins. L’animal est renvoyé au corral.
Il est remplacé par celui qui devait occuper la cinquième position, le n°20, un negro bragado de 596 kg, né en février2013.
Il est reçu par deux afaroladas de rodilla, suivies de véroniques en se fendant. Et se met à flancher des antérieurs.
Les trois brèves rencontres avec la cavalerie seront, donc, symboliques. Le maestro quite par chicuelinas et revolera.
Brindis au public.
Assez bonne faena sur les deux bords, encore une fois copieusement hurlée.
Pinchazo puis bonne épée entière efficace.
Une oreille.
Arrastre applaudi. Pourquoi ?

Le taureau n°10, un cárdeno oscuro de 660 kg, le plus lourd du lot, né en janvier 2013, se présente maintenant dans la cape de Jean-Baptiste qui l’attire dans de belles et douces véroniques.
Gabin Réhabi lui administre une seule pique dosée de manière homéopathique dont il sort en ployant les antérieurs.
Le tercio de banderilles est réduit à une seule paire ! Une de trop sans doute car le bicho continue à s’affaler. Jean-Baptiste demande en vain son renvoi. Quand il l’aborde pour essayer de doux derechazos, la Présidence, visiblement dépassée, fait donner la musique. Non sans véhémence Jean-Baptiste la fait cesser.
Demi-lame tombée et descabello.

C’en est tristement fini des six Miura.

“Rafaelillo” hérite du premier sobrero un José Luis Pereda (encaste Nuñez-Domecq), n° 161, colorado de 560 kg, aux jolies cornes, né en mars 2012.
Distrait et difficile à fixer à la cape, il prend une première mauvaise pique plusieurs fois replacée, sous les huées du public. Une seconde brève et moins mauvaise.
L’animal toujours distrait et aux trajectoires imprévisibles sera bien difficile à banderiller, au point de semer la panique dans la cuadrilla.
Rafaelillo offre ce taureau à Jean-Baptiste.
Il débute par passes hautes main gauche appuyée sur la barrière. Série de bons derechazos, puis l‘animal réduit ses charges, la faena s’effiloche et perd en intensité.
Fin difficile par pinchazo, un tiers d’épée, trois descabellos, un avis, deux descabellos.

Le deuxième sobrero pour Jean-Baptiste est un Cayetano Muñoz  (encaste J P Domecq), n° 38, noir et armé brocho, de 565 kg, né en octobre 2013.  Mais il boite bas et déclenche sous des sifflets l’apparition du mouchoir vert. Une fois ce taureau renvoyé au corral, plane un long moment d’incertitude, la course est-elle terminée ou subsiste-t-il encore un sobrero non annoncé ? Personne ne bouge. Quel manque de respect pour le public ! Au bout de plusieurs minutes, sans aucune information, ni visuelle par panneau, ni sonore par haut-parleur, sort du toril un mignon petit taureau noir (moins de 500 kg à vue de nez) aux jolies cornes en pointe au début (“escobillées” ensuite), dépourvu de devise et au fer difficile à lire. Mon voisin qui y voit bien mieux que moi décèle, sur le haut de sa hanche droite, le U de la UCTL. Nous saurons après la course qu’il s’agissait d’un pensionnaire de José Cruz (encaste pur Juan Pedro Domecq via Daniel Ruiz Yagüe - Jandilla).
Jean-Baptiste l’entreprend par véroniques en tablier suivies de chicuelinas.
Il prend soin de lui faire administrer une pique unique obtenant l’accord de la présidence qui, dans le contexte, n’a plus rien à refuser.
Après avoir “brindé” au public il va modeler ce torito, un peu insignifiant  au départ,  à sa fantaisie, jusqu’à lui insuffler apparence de force, mobilité et répétition. Le point d’orgue est atteint quand, s’étant débarrassé de ses zapatillas, il demande la musique. Le chef d’orchestre voudrait que le signal vienne de la présidence qui semble inerte, vive gestuelle du torero et, enfin, le président fait donner la musique. Elle accompagne un superbe travail, à la fois puissant et relâché sur les deux bords où s’intercalaient naturelles citées en cartucho de pescadomolinetes à genoux, molinete galliste, changements de main, tres en uno, firmas …
Un recibir raté, suivi d’un tiers de lame et de deux pinchazos réduiront la récompense à une oreille.

Présidence particulièrement difficile mais méritoire de Michel Daudé, assisté de Jean-Marie Bourret et de Michel Bousquet.

 

                                                                 Jean-Jacques Dhomps