PALAVAS 8 mai 2015

 

Le beau triomphe de Juan Bautista

 

Pourquoi, en prenant place sur les tendidos des arènes Manuel Benitez « El Cordobes » à Palavas la chanson de Gilbert Bécaud  « la Corrida » trottinait dans ma tête ? Peut-être parce qu’elle rappelait qu’à une époque, les poètes écrivait des vers et chantaient la tauromachie. Peut-être que les arènes joyeuses du dessinateur Dubout inspirait cette nostalgie. Peut-être aussi que, comme dans la chanson, la Méditerranée toute proche continuait à rouler ses galets :

« Les arènes gonflées d’une foule en délire ; Regorgent de couleurs et d’âpre envie de sang ; Il y a des soupirs et des éclats de rire ; Et des épées pointues comme des cris d’enfants ; On y vend des serments, des enjeux et des âmes ; Des cacahuètes, des jus de fruits et des chapeaux ; Des chapeaux en papier dont se parent les dames ; On y vent de la mort noire comme un taureau. »

Et le refrain : « Celui qui… celui quoi… celui que l’on attend, le matador porté par la lumière ».

Il est jeune et beau dans son costume fuschia et or. Il est Arlésien et, sur ce sable, il a dessiné une parfaite faena au cinquième toro de la corrida de Robert Margé. Et non seulement une faena mais une lidia complète débutée par deux largas qui font monter l’adrénaline des aficionados venus nombreux pour ce rendez-vous cent pour cent français.

Après la pique unique (l’ensemble n’a reçu que 8 piques), Jean-Baptiste prendra les bâtonnets pour poser al violin et au quiebro les banderilles sur l’échine du Margé annoncé avec 515 kg et portant le numéro 158. Puis il offrira le brindis au public et débutera par sept muletazos les deux genoux en terre. Une faena alors dense et équilibrée entre naturelles et derechazos avant de conclure par une estocade a recibir concluante. Madame la présidente ne se fera pas tirer l’oreille pour sortir deux mouchoirs blancs et accorder le tour de piste posthume du Margé. Tour de piste triomphant et fleuri pour le torero avec une belle rose rouge pour sa fille toute heureuse du succès de son papa.

Ses deux précédents opposants (1er et 3e) n’ont pas cassé des planches, ni la baraque ; plutôt faibles même, ne supportant pas la piqure du picador et Jean-Baptiste sans bâcler la tâche, n’a pas non plus appuyer sur l’accélérateur. Salut après la mort du premier et silence au troisième après cinq descabellos.

Sébastien Castellas, portant un costume violette et or, a coupé une oreille au 2e Margé, un castaño faible (1 pique) malgré ses 520 kg après une faena bâtie de beaux et élégants gestes dans ses redondos ou ses manoletinas finals. Le quatrième fut changé pour faiblesse et son remplaçant, un autre castaño meuglant lui a permis d’appliquer son toreo favori : celui près des cornes, entre les cornes pour tout dire. Le biterrois reçut une ovation mais pas d’oreille après estocade et deux descabellos.

Quant au sixième après une « vuelta de campana », cabriole spectaculaire cul par-dessus tête et deux piques, il a manqué de tonus pour tenter de remonter le retard sur l’Arlésien  qui franchit la grande porte devant un public visiblement satisfait de cette corrida franco-française.

 

Paul BOSC