Zaragoza, Jaen, Nîmes… ces férias annoncent la fin de la temporada européenne et, pour les aficionados, après le temps des pérégrinations, sur les routes de France et d’Espagne ou sur un canapé devant la télé, vient celui où on revit la saison en parlant Toros au sein des Clubs et peñas.

Pour rester fidèle à cette tradition, le Club Taurin de Paris a fait sa rentrée et a déjà organisé 2 réunions avec des professionnels espagnols.

Le mardi 29 octobre, c’est Román qui a accepté, au pied levé, de remplacer Juan José Padilla défaillant. Breton par sa mère, et ancien élève du lycée français de Valencia,  il a aussi accepté de s’exprimer en français et nous avons pu constater que, quoiqu’il en dise, il est parfaitement bilingue.

C‘est avec la même authenticité dans l’engagement et la même sincérité souriante qu’il montre en toréant, qu’il a abordé l’analyse de sa jeune carrière, sa relation aux toros et son approche personnelle du toreo.

  ©Photo Jean-Yves Blouin

Lucide et précis sur son parcours, Roman avance sur le toreo et le métier de matador des analyses et réflexions simples, claires et dénuées de tout pathos. Comment a-t-il vécu la Grande Porte de Madrid ? Arrivé à l’hôtel, surpris de ce succès, il s’est dit que finalement ce n’était pas si compliqué que cela ! Sauf que, la fois suivante, quand il a essayé de le faire de nouveau, il n’a pas réussi ! Sur la récente cornada de Madrid qui lui a arraché la fémorale, il avoue sa peur et dit avoir songé en arrivant à l’infirmerie et en voyant son sang se répandre à flots, que c’était un toro de Iban qui avait tué son ami Fandiño. Et de conclure sur la fémorale déchirée et le sang perdu : « Ceci est du passé ! ».

Revenant sur les conséquences des blessures, Roman souligne que le problème n'est pas tant la blessure elle-même, dès lors qu'elle est bien soignée, mais la perte de forme et la difficulté à s'entraîner qui en résultent. Au sujet de l’estocade, il précise que tout se joue au niveau de la tête. La réussite de cette suerte n’est pas seulement une question de courage ou de technique ; Les deux sont indispensables, mais la réussite du coup d’épée demande avant tout une totale concentration, associant volonté, engagement et certitude de réussir. 

Sa  sincérité, son enthousiasme, sa joie de vivre et son optimisme ont conquis le public

 

Le mardi 21 novembre, l’invité était Justo Hernández, ganadero de Garcigrande-Domingo Hernández.

Pendant plus d’une heure, devant une assistance nombreuse et intéressée, notre invité nous a fait revivre l’histoire de la ganaderia, de sa création au début des années 80 à ses nombreux succès actuels.

 © Photo jean-Yves Blouin

Depuis ses débuts à Valencia en 1992 (en remplacement d’un autre élevage) où Joselito, Ponce et Litri coupèrent 5 oreilles, malgré quelques années sombres après un échec retentissant à Séville en avril 2002, l’énorme travail de l’éleveur pour produire des toros qui plaisent à la fois aux toreros et à tous les publics avec leurs spécificités, a permis à la ganaderia de revenir au 1er plan et d’être, depuis une quinzaine d’années, présente dans les férias les plus importantes et d’y connaître de grands succès.

En se limitant aux deux dernières temporadas, Justo Hernandez garde un souvenir particulier de « Pinturero », toréé par Luis David à Bilbao en août 2019, de "Barquito", toréé par Cayetano, qui a reçu le "Toro de Oro" 2019, au meilleur toro de la feria de Salamanque, de « Corchero », gracié par El Juli à Jerez et, bien sûr de "Orgullito", gracié par El Juli en 2018 à Séville qui, pour l’élevage, est devenu un toro historique. 

 ​ "Pinturero" et Luis David - Bilbao le 22 août 2019 © Photo Graziosa Verdi

Avec une grande modestie, Justo Hernández estime qu’il est au milieu du chemin et qu’il ne doit pas relâcher ses efforts s’il veut réussir à maintenir cette qualité résultant d’un équilibre fragile. Dans cette entreprise,  il demeure un homme du campo qui pense et agit comme un éleveur mais qui observe et analyse comme un torero.