Dominique Valmary n'est plus à présenter.

Jeune retraité de l'administration hospitalière, aficionado toulousain d'envergure, Secrétaire Général du Club Taurin de Castres, membre du Club Taurin de Toulouse et du Forum Taurin Marc Roumengou (trois associations fédérées), il est, de plus, cavalier émérite (il a pratiqué le concours et le dressage) et il est déjà intervenu, à ce titre, sur ce site pour nous "Apprendre à regarder les picadors".
Il vient, d'autre part, de participer à une conférence organisée par le Cercle Taurin Nîmois, le 7 février à la bodega Chacha, à Nîmes. Au cours de cette conférence, intitulée "Cheval et tauromachie", il animait un débat entre le rejoneador Freddy Porte, le picador Gabin Rehabi et lui-même.
Voir photo.

Comme il ne manque pas de cordes à son arc et aime la sociologie (voir son texte sur les bruits de l'arène") nous l'avons prié de traiter un sujet de son choix dans le cadres des "Pages de nos invités".

Il  a orienté sa réflexion vers les "foromeurs taurins de l'extrême", heureuse coïncidence au moment où nous ouvrons sur ce site un forum flambant neuf.

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Le masochisme des foromeurs taurins de l'extrème

 

Hors saison le temps disponible permet de surfer sur les nombreux forums dédiés à la tauromachie et au toro-toro. Comme on fait le bilan de la temporada pourquoi ne pas faire une analyse partielle et donc partiale de son propre ressenti.

Pour ma part j’en ressors  avec des impressions plus que mitigées, en réalité un réel malaise. Trop souvent les forums, ces lieux de (trop ?) libre expression, sont  phagocytés par des échanges réservés à deux ou trois acolytes qui soignent leur colite et autres inconforts gastriques en distillant leur fiel. Ils ressassent les sempiternels arguments sur le déclin inéluctable de la corrida, prédisant au fil des lignes sa fin prochaine par autodestruction. Au mieux ils prescrivent les cataplasmes et autres potions irréalistes issus de souvenirs antédiluviens qui nourrissent depuis des lustres la littérature taurine.

Avant d’aller plus loin je tiens ici à dédouaner les gestionnaires des sites ou des blogs qui font un travail essentiel et utile par l’analyse des évolutions de la corrida espagnole et des comportements du mundillo. Ils ne commettent qu’une seule  méprise celle de se confondre inconsciemment dans l’exercice illégal de la médecine d’autant plus que leurs honoraires sont sans conteste non confraternels puisque gratuits.  La persistance du phénomène atteste du bon fonctionnement de la thérapie de groupe puisque les échanges entre ces participants extrémistes durent et qu’ils déroulent inlassablement leurs arguments nostalgiques sans cesse autoalimentés quelque soit le sujet. Ecrire est un remède efficace pour traiter les problèmes existentiels. De plus le recours aux pseudos est un pare-feu à l’autocensure ; il est aussi un encouragement au « pour vivre heureux vivons cachés » véritable négation d’une représentation prospective assumée.

Dans ce contexte la catharsis  opère-t-elle sur les lecteurs ?

Ce type de dialectique  pourrait traduire l’ambition de ces débatteurs de l’extrême de diffuser au-delà du cercle restreint qu’ils circonscrivent jalousement et de convaincre un public. Il est permis de se poser la question si je prends pour exemple cette discussion où est apparu dans des échanges, huilés par l’habitude mais pas diaphanes tant leur expression est vive, un quidam non adoubé qui a osé émettre des opinions argumentées mais différentes ; après l’avoir vertement renvoyé à ses études pour ne pas dire injurié, les acolytes, surpris par son silence, l’on invité à revenir ; ce fut peine perdue, on doit le comprendre.

L’analyse critique des opinions exprimées tourne autour de quelques thèmes « dirimants » comme les qualifierait l’énarque aficionado de service.

C’était mieux avant ; une nostalgie paralysante fondée sur  l’approche comparative avec ce qu’ils ont vécu  (ou cru vivre) conduit à juger  la situation contemporaine  fatalement déclinante et incapable de tutoyer le niveau de qualité  d’antan. Pourtant la littérature taurine fait état de critiques comparables à toutes les époques notamment pour l’appréciation du bétail.

Il n’y a rien à sauver, tout peut être critiqué mais en réalité tout doit être critiqué. Le tableau dressé est très noir et les perspectives d’inflexion du glissement sont sans espoir ; paradoxalement ils continuent à se rendre dans les arènes, certainement en hommage à Sacher Masoch.

Peu ou pas  de propositions de leur part puisque, selon eux, ce n’est pas aux aficionados de proposer des solutions. Une seule arme revendiquée: appeler à la contestation par la bronca dans les gradins ou le port de T-shirts affichant des messages protestataires. Ils se complaisent ainsi dans le rôle habituel du consommateur captif.

A longueur de commentaires sont brocardées les têtes de turc  comme autrefois  à la fête foraine elles constituaient autant d’exutoires toujours remis sur l’étagère et éternellement soumis au tir nourri des balles de tissu. Les cibles ce sont des toreros toujours les mêmes surtout s’ils ont commis l’irréparable en adhérant au G10, des empressas, certains ganaderos, toujours les mêmes…. La rémission n’est jamais envisagée.

L’agressivité et l’injure sont une bonne défense devant l’intrusion d’un contradicteur. Un constat s’impose : la libération de testostérone  conserve si je considère l’antériorité des témoignages qu’ils revendiquent avoir vécus.  Pour eux l’eau s’est arrêtée de couler sous les ponts à une époque que les moins de … ans ne peuvent pas connaître.

Il est vrai que tout ne va pas bien.

L’environnement et les conditions d’exercice de la corrida ont radicalement changé et il est illusoire de penser à un réel retour en arrière. Des évidences s’imposent qu’on le veuille ou non :

L’élevage du taureau de combat a évolué dans un sens posant problème : disparition des grands espaces, manipulations génétiques, maniements du bétail trop fréquents pour des raisons sanitaires acceptables mais aussi pour des soins contestables, pression forte de l’économique, absence de régulation du marché condamnant la diversité des encastes.

La formation des toreros n’est plus la même: disparition des morts-la-faim, meilleure éducation des prétendants, communication par l’image, émergence des écoles à l’enseignement stéréotypé.

Le mundillo n’est doté d’aucun système de concertation et de confrontation des opinions pour bâtir son projet ;  il ne dispose pas non plus d’une structure unique le représentant auprès des institutions.

Une dernière évidence, le rite s’efface de plus en plus devant la performance et le spectacle.

Pourquoi nier les évolutions positives ?

Deux actes majeurs sont intervenus en ce début de siècle. L’inscription de la corrida au patrimoine immatériel et la décision du Conseil Constitutionnel  constituent des ancrages forts dont il est absurde de nier l’impact. Or certains vont jusque là. Comment réfuter ces deux actes  essentiels pour asseoir de manière plus durable notre passion qui, rappelons-le, n’est en France qu’une tolérance ; nous devons  les utiliser pour viser plus loin. Cette stratégie visant à gagner du terrain sur l’adversaire devrait interpeller favorablement les aficionados de verdad.

Il y a plus que des frémissements favorables au retour à  la lidia sincère, citons l’attention portée au tiers de piques qui progresse,  l’appétence pour un taureau plus  combatif qui diffuse, le corps de présidents désormais sur les rails. La FSTF, l’ONCT, nombre de clubs taurins, certains gestionnaires d’arènes travaillent pour valoriser les fondamentaux qui doivent être préservés. Je ne pense pas que ces initiatives relèvent d’une attitude à la « Don Quichotte ». Alors refuser l’évolution qui s’impose c’est nier le progrès ; s’opposer à tout sans discernement est stérile et destructeur. La société change inéluctablement et il faut peser pour soutenir ce qui va dans le bon sens, celui qui nous convient.

Certes on peut toujours se rassurer en pensant que quand les chiens aboient la caravane continue de passer. Toutefois prenons conscience que de tels excès entretiennent le nihilisme taurin ; ils ne sont pas compris des jeunes aficionados de la troisième génération et ils lassent le deuxième sexe si l’on mesure l’absence de participation de la gent féminine à ces débats.  Souhaitons longue vie aux sites et autres blogs qui adhèrent à la corrida vérité et appelons ces toristes extrémistes de la toile à la sagesse et à plus de retenue.