Le rapport présenté au Président de la République par les abolitionistes

 

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Les corridas espagnoles et portugaises doivent être interdites aux moins de seize ans (21/09/07)

Nous sommes à une époque où les débats sur la corrida prennent de l'ampleur dans tous les pays où elle est pratiquée, portés par de profondes mutations à la fois dans le rapport de l'individu contemporain à la violence et dans la relation entre hommes et animaux.

Nous sommes aussi à une époque où on se préoccupe de façon croissante de la violence dont les jeunes peuvent être témoins, victimes ou auteurs, cela d'autant que les chiffres des violences aux personnes augmentent en France au fil des années.

Le moment est donc venu de prendre en compte l'impact de ce spectacle sur les enfants et les adolescents.

En effet, il y a dans la corrida une violence centrale et une souffrance imposée qui associent certaines caractéristiques fondamentales : - cette violence et cette souffrance sont imposées dans le cadre d'un rapport radicalement inégal, à savoir par des hommes à un animal contraint à être présent ; - cette violence et cette souffrance imposées à l'animal n'ont pas d'utilité concrète, elles ont pour unique raison d'être le plaisir de l'homme ; - cette violence et cette souffrance imposées à l'animal sont constituées en spectacle.

D'une façon générale, il est légitime de redouter chez le jeune spectateur de corridas les conséquences suivantes :

- Des effets traumatiques La réaction normale d'un enfant à la vue d'un animal saignant sous les coups d'un homme est toujours au départ une réaction de rejet, de gêne, et de peur. Certains enfants dans une corrida vont être heurtés par certaines scènes, et pourront d'autant moins en faire part que leur entourage adulte déniera le caractère traumatisant du spectacle en alléguant l'art, la tradition et la culture.

- Une accoutumance à la violence Les adultes qui emmènent des enfants à des corridas les entraînent qu'on le veuille ou non à une forme de violence très crue, réelle et non pas fictive même si elle est circonscrite à l'arène, et pour tout dire la leur enseignent en alléguant l'art, la tradition et la culture.

- Une fragilisation du sens moral On constate abondamment que bien des difficultés dont souffre notre société ont pour racine des incohérences du système de règles de l'individu. Il semble difficile d'apprendre à nos enfants, dans les écoles et dans les familles, que la violence est condamnable et qu'on ne doit pas faire souffrir les autres êtres, mais qu'à côté de cela la violence gratuite peut être légitime voire recommandée et qu'on a le droit de faire souffrir certains êtres en alléguant l'art, la tradition et la culture. L'enfant voit parfaitement que le taureau a été contraint à venir dans l'arène et qu'on lui inflige longuement des blessures puis la mort, sans motif de défense ou de protection. L'enfant apprendra même que l'action de blesser l'animal par les piques durant le premier tercio s'appelle le "châtiment". Cela peut déstabiliser les critères du juste et de l'injuste.

- Une perturbation du sens des valeurs ll n'est pas anodin de présenter à des enfants le spectacle de la souffrance, du sang et de la mort comme pouvant revêtir une valeur esthétique qui primerait donc sur tous les autres aspects. Il n'est pas anodin de présenter à des enfants le spectacle de la souffrance, du sang et de la mort comme pouvant se justifier par une tradition, qui devrait donc l'emporter sur tout autre type de considération. Il n'est pas anodin de présenter à des enfants le spectacle de la souffrance, du sang et de la mort comme inséparables d'une identité culturelle, alors même que l'enfant est en quête de modèles identificatoires. Enfin, il n'est pas anodin de présenter à des enfants le spectacle d'hommes tourmentant, et de plus sans motif, un animal jusqu'à la mort, alors même que notre société est en train de repenser en profondeur nos rapports avec les animaux et avec la nature.

Il va de soi que ces réflexions s'appliquent à plus forte raison à ce qu'on appelle les "écoles taurines", comme il en existe en France à Arles, Nîmes, Béziers ou Hagetmau, où les enfants peuvent être admis à 10 ans voire moins et ne tardent pas à s'exercer sur des veaux dans le cadre de "becerradas" puis de "novilladas".

On ne manquera pas de nous rétorquer que les cahots éducatifs et moraux qui secouent nos sociétés ressortissent à des facteurs causaux bien plus vastes et complexes. Nous en sommes bien entendu conscients, mais ceci ne saurait tenir lieu de réponse à la préoccupation ici exprimée.

En tant que psychiatres et psychologues, nous demandons en conséquence que le spectacle de la corrida ne soit plus autorisé aux moins de seize ans.

D'après la presse, ce rapport serait signé par : "Une trentaine de médecins, psychiatres et psychologues, représentés par le Dr Jean-Paul Richier (Hôpital Paul-Guiraud à Villejuif, Val-de-Marne "