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Le vieil homme et....

Ils se sont arrêtés pour nous saluer.

Victorino Martin Andrès, au bras de son fils Victorino Martin Garcia.

L’aïeul sait bien qu’il nous connaît, il ne se rappelle peut être plus vraiment d’ou, il voit tant de monde, il nous salue enlevant au passage son chapeau d’un geste élégant.

Son fils tout sourire nous donne l’abrazo.

Nous parlons de tout sauf de toros.

En les voyant repartir, le vieil homme à la démarche hésitante, au bras du fils, je me répète cette phrase de Chateaubriand dans les mémoires d’outre tombe : “ la vieillesse est un naufrage“ le coquin, n’est plus vif et “se perd un peu les oies“, par moment.

Mais Qui sait ce qu’il pense de ce qu’il voit aujourd’hui ?

 

Je les distingue dans les gradins, le vieil homme ne quitte pas le sable de l’œil, immobile et attentif, curieux sans doute et probablement fier à la fin de la course.

Les caméras de canal+ Espagne épient le moindre mouvement.

 

Urdiales et Escribano sont tendus, ils se présentent ici pour la première fois, devant lesdites caméras, devant un public montois quelques fois incompréhensible, et face à des toros qui peuvent défaire la carrière d’un torero.

Enfin Aguilar, chef de lidia, pansé à la cheville gauche, une blessure qui ne guérit pas, et a fini par altérer ses envies.

 

Trois toros sur six, c’est le tarif à peu près depuis le début de saison des encastes dites minoritaires ou des toros dits durs.

Les trois autres sont intéressants, mais trois étaient des Victorino de classe, lestes, armés, vifs et se retournant, comme des chats, dangereux, collés au peto des cavaliers poussant sous le fer, mettant les cuadrillas à l’épreuve, et morts mufle fermé.

Une quinzaine de rencontre environ.

 

Escribano, s’embrouille à son premier, son sourire est crispé, puis, à son second, il pose les banderilles avec pour conclure le fameux quiebro aux planches. Ovation méritée.

Tout sourire dehors, Il nous sert une faena dont je ne le croyais pas capable, avec notamment trois séries que Chambas, qui expose au Plumaçon, aurait aimé dessiner sur la toile.

La seconde épée est foudroyante, et pourtant une partie du public conteste l’oreille. Certes “Manolo“ parfois navigue sur la rive, et oublie de se croiser, mais le même public a offert des trophées à des gens moins sérieux et avec du bétail plus facile.

 

Aguilar, je l’ai dit est blessé, il a beau nous faire le coup de la moulinette avec la montera pour nous dire que ce sera pour après, il faut qu’il arrête, il ne fiche rien, ne se croise plus et fait illusion en trépignant et hurlant comme un Rafaellillo au cartel ce soir.

Son crédit s’épuise et il nous ennuie par ses trucs que même un novice verrait.

 

Urdiales a le visage austère et froid de ceux qui ont trop subi.

Ses yeux exorbités, lui donnent un visage d’ascèse.

Lui, c’est le sérieux, qui le distingue, l’homme qui murmure à l’oreille des Victorino.

Ca n’est pas le genre de type dont tu as envie de devenir le copain de façon naturelle.

Alors, il doit prouver.

Il a tracé la circonférence du cercle, pose, pieds, bagages, corps et cœur, et il se croise.

C’est à un voyage court, et dans des limites des eaux territoriales, qu’il nous invite.

Il torèe comme si sa vie en dépendait.

Dans un espace réduit.

Les caméras ?

Les seules douze corridas au compteur ?

Nous voici de nouveau quelques années passées, il torèe comme son parrain d’alternative, Paco Ojeda.

Il se fait accrocher, reste un moment suspendu à la corne, et le toro le rejette, comme une pipa crachée.

Il s’arrime malgré tout, et sort en triomphe.

J'imagine que le vieil homme là bas a un sourire de fierté.

Après le désastre d’hier, une corrida intense, variée, plaisante et réussie.

 

Ce soir les Miuras, les éternels Castaño, Robleño et Rafaellillo.

La presse nous ressert le coup de la légende noire.

La pluie tombe sans discontinuer.

Un signe ?

 

CHF